‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 128 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse? Où sont-ils, ces combats que vous avez rendus? Quels flots de sang pour elle avez-vous répandus? Quel débris parle ici de votre résistance? Quel champ couvert de morts me condamne au silence? Voilà par quels témoins il lalloit me prouver. Cruel! que votre amour a voulu la sauver. Un oracle &tal ordonne qu'elle expire ! Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire? Le ciel, le juste ciel, par le meurtre honoré. Du sang de Finnocence est-il donc altéré? Si du crime d'Hélène on punit sa famille. Faites chercher à Sparte Hermione sa fille < : Laissez à Ménélas racheter d'un tel prix Sa coupable moitié, dont il est tfop épris. Mais vous, quelles fureurs vous fendent sa victime? Pourquoi Vous imposer la peine de son crime? Pourquoi , moi-même enfin me déchirant le flanc. Payer sa folle amour du plus pur de mon sang? Que dis-je? Cet objet de tant de^aloiisie, Cette Hélène, qui trouble et l'Europe et l'Asie, Vous semble-t-ellé un prix digne de vos exploits ? Combien nos fronts pour elle on^ils rougi de fois !

' Voltaire blâme cette idée de Clytemnestre , quoique ce soit une des plus raisonnables de tout son discours ; il blâme la férocité de la reine d'Argos , qui , selon lui , demande le sang de sa nièce. Clytemnestre ne demande point la mort d'Hermione : elle dit flenlement que si le crime d*Hëlène doit être expié par sa fajnille, c'est sa fille Hermione qu'il faut prendre pour i^ictime, et non pas sa nièce Iphigénie. (6.)

220 IPHIGÉME.

Avant qu un nœud fatal lunit à votre firère,

Thésée avoit osé 1 enlever à son père :

Vous savez, et Calckas mille fois vous Fa dit %

Qu'un hymen clandestin mit ce prince en son lit;

Et qu il en eut pour gage une jeune princesse

Que sa mère a cachée au reste de la Grèce.

Mais non; Tamour d un frère et son honneur blessé

Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé :

Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre,

L'orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre.

Tous les droits de Tempire en vos mains confiés ,

Cruel ! c'est à ces dieux que vous sacrifiez ;

Et, loin de repousser le coup qu'on vous prépare ,

Vous voulez vous en faire un mérite barbare :

Trop jaloux d'un pouvoir qu'on peut vous envier,

De votre propre sang vous courez le payer ;

' LVpisode de renlèvement d'Hëlène, dit La Harpe, au milieu. •d*une tirade si véhëmente, est la seule imperfection de ce morceaa , par-tout ailleurs si pathétique. Mal{];rë Tautoritë d*un si grand cri- • tique, nous ne pouvons adopter cette opinion. Ce rëcit, qui n'a que six vers, est bien placé , puisque c*est un moyen de sauver Iphigënie , et que l'amour maternel ne peut en oublier aucun. Après avoir accabld le roi des rois des outrages les plus sanglants, Clytemnestre couvre de mépris cette Hélène pour laquelle il veut immoler sa fille. Cette idée semble la calmer un moment, parcequ*elle flatte ses espérances. C'est un repos qui étoit nécessaire au milieu d'une tirade si longue et si vive, et qui donne encore plus de vëbémence aux transports que d^s le moment même Clytemnestre va faire éclater. Remarquez que dans ce récit elle passe rapidement de la fureur au raisonnement, et du raisonnement au pathétique. Elle veut effrayer , convaincre , et toucher ; et Ton sent que tout cela doit se présenter à-la-fois dans le cœur maternel.

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