ACTE IV, SCÈNE VI. aiy
Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux ■ ? Depuis quand pense-t-on qu inutile à moi-même Je me laisse ravir une épouse que j'aime? Seul, d'un honteux affront votre frère blessé A-t-il droit de venger son amour offensé? Votre fille me plut, je prétendis lui plaire; Elle est de mes serments seule dépositaire : Content de son hymen, vaisseaux, armes , soldats, Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas. Qu'il poursuive, s'il veut, son épouse enlevée; Qu'il cherche une victoire à mon sang réservée : Je ne connois Priam, Hélène, ni Paris; Je voulais votre fille, et ne pars qu'à ce prix.
AGAHEMNON.
Fuyez donc : retournez dans votre Thessalie >.
' Achille dit de même ati neuvième livre de V Iliade: « Et pour-
■ quoi les Grecs font-ils la guerre aux Troyens? Pourquoi le fils
■ d'Atrëe a-t-il conduit une armée en ces lieux? N'est-ce pas pour m rendre Hëlênè à son époux? Eh bien l les Atrides sont-ils les seuls
■ des mortels qui chérissent leurs femmes? » Virgile, au livre IX de V Enéide, fait aussi dire à Turnus, au sujet de Lavinie qu*Ênéc
lui enlève :
« Nec solot tangit Atridas • Utedolor. •
« Les Atrides ne sont pas seuls sensibles à cet outrage..» M. de La Harpe pense avec raison qu ici Virgile et Racine lui-lnéme sont fort au-dessous d'Homère; mais il ajoute que c'est la seule fois que Bacioe ait ce désavantage. (6.)
* Nouvelle inutation d'Homère ; Agamemnon dit , dans Y Iliade :
• Fuis donc , si c*e4t ton envie. Je ne te presse point de rester ici
• pour moi: assex d'autres guerriers me resteront fidèles, et ren-
■ dront les respects dus à ma dignité; Jupiter, sur-tout, Jupiter n tontiendnt l'honneur du chef suprême qui le représente. De toii«
Moi-même je vous rends le serment qui vous lie* Assez d*autres viendront, à mes ordres soumis, Se couvrir des lauriers qui vous furent promis; Et, par d'heureux exploits forçant la destinée. Trouveront d'ilion la fatale journée.
J'entrevois vos mépris , et juge , à vos discours , Combien j'achéterois vos superbes secours. De la Grèce déjà vous vous rendez l'arbitre : Ses rois , à vous ouïr, m'ont paré d'un vain titre. Fier de votre valeur, tout, si je vous en crois. Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous vos lois. Un bienfait reproché tint toujours lieu d'offense : Je veux moins de valeur, et plus d'obéissance. Fuyez. Je ne crains point votre impuissant courroux ; Et je romps tous les nœuds qui m'attachent à vous.
ACHILLE
• Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère : D'Iphigénie encor je respecte le père '. Peut-être, sans ce nom, le chef de tant de rois M'auroit osé braver pour la dernière fois.
« les rois qui combattent sous mes auspices, tu es le plus odieux « à mes yeux : je te vois toujours ami de la discorde , toujours a avide de querelles et de combats. Si tu l'emportes sur les antres « en force et en valeur, au lieu d'abuser de ces avantages , rends ' M grâces aux dieux à qui tu les dois. Va , pars avec tes vaisseaux et « tes soldats, va régner sur tes Myrmidons, je n ai pas besoin de « tes services, et je brave ton courroux, etc. » (6.)
' Dans les Phéniciennes d*£uripide, acte 11, Étëode répond à Polynice : « Rendez grâce à la foi publique ; sans elle j*aurois déjà « puni de mort votre arrogante ^erlé. • Cette pensée paroit empruntée à Homère, qui, Iliade y livre I, représente Acbille portant