‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 143 sur 328 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

Quoi, madame! est-ce ainsi que vous me secondez? Ce n est que par des pleurs que vous me l'épondez ! Vous fiez-vous encore à de si foibles armes? Hâtons-nous : votre père a déjà vu vos larmes.

1PRIGÉNIE.

Je le sais-bien, seigneur: aussi tout mon espoir N^est plus qu'au coup mortel que je vais recevoir >.

ACHILLE

Vous, mourir! Ah ! cessez de tenir ce langage. Songez-vous quel serment vous et moi nous engage? Songez- vous, pour trancher d'inutiles discours, Que le bonheur d'Achille est fondé sur vos jours?

IPHiGÉNIE.

Le del n'a point aux jours de cette infortunée ^ Attaché le bonheur de votre destinée.

Notre amour nous trompoit; et les arrêts du sort Veulent que ce bonheur soit un fruit de ma mort. Songez , seigneur, songez à ces moissons de gloire Qu'à vos vaillantes mains présente la victoire :

grande scèi^ de Taotie précédent. Cest Taccent que dévoient aToir famour et la nature combattant contre les dieux, et leur dispu*

.tant une Victime. Mais quelle force de sentiment et de diction ne fallott-il ]»as pour le saisir! (L.)

' Au coup pour dans le coup : il faut accorder aux poètes ces li-

' bertéa favorables à la précision et à la rapidité du style. (G.)

* Les scènes d' Achille avec Ipbigénie offrent d!un côté les transports de fenthousiasme et d'une aveugle fureur, de Tautre la vertu héroïque d*nne jeune fille de quinze ans : tout son discours est un modèle d^élégance et de sensibilité : notre langue et notre poésie D*OBt sien de plus enchanteur dans le pathétique doux et tendre. (G.)

a38 IPHI6ÉNIE.

Ce champ si glorieux où vous aspirez tous 9 Si mon sang ne Varrose , est stérile pour tous. Telle est la loi des dieux à mon père dictée. En vain, sourd à Galclîas, il Favoit rejetée: Par la bouche des Grecs contre moi conjurés Leurs ordres éternels se sont trop déclarés. Partez ; à vos honneurs j apporte trop d obstacles ; Vous-même , dégagez la foi de vos oracles ; Signalez ce héros à la Grèce promis; Tournez votre douleur contre ses ennemis. Déjà Priam pâht; déjà Troie en alarmes Redoute mon bûcher, et firémtt de vos larmes. Allez; et, dans ses murs vid^ de citoyens. Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens. Je meurs, dans cet espoir, satisfaite et tranquille. Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille» J'espère que du moins un heureux avenir A vos faits immortels joindra mon souvenir; Et qu un jour mon trépas, source de votre gloire» Ouvrira le récit d'une si belle histoire. Adieu, prince; vivez, digne race des dieux.

ACHILLE

Non, je ne reçois point vos funestes adieux. En vain , par ce discours, votre cruelle adresse Veut servir votre père, et tromper ma tendresse. En vain vous prétendez , obstinée à mouiir, Intéresser ma gloire à vous laisser périr: Ces moissons de lauriers, ces honneurs, ces conquêtes, Ma main, en vous servant, les trouve toutes prêtes. Et qui de ma faveur se voudroit honorer

' ACTE V, SCÈNE IL aSg

Si mon hymen prochain ne peut vous assurer ■ ? Ma gloire, mon amour, vous ordonnent de vivre : Venez, madame; il faut les en croire, et me suivre.^

IPHIGÉNIE

Qui? moi? que, contre un père osant me révolter.

Je mérite la mort que j'irois éviter?

Où serait le respect et ce devoir suprême...

Vous suivrez un époux avoué par lui-même. C est un titre qu'en vain il prétend me voler > : Ne feit'il des serments que pour les violer? Vous-même, que retient un devoir si sévère, Quand il vous donne à moi, n est-il point votre père? Suivez->vous seulement ses ordres absolus Quand il cesse de Tétre, et ne vous connott plus? Enfin, c'est trop tarder, ma princesse; et ma crainte...

IPRIOÉNIE.

Quoi, seigneur! vous Iriez jusques à la contrainte? D'un coupable transport écoutant la chaleur,^ Vous pourriez ajouter ce comble à mon malheur? Ma gloire vous seroit moins chère que ma vie? Ah, seigneur! épargnez la triste Iphigénie. Asservie à des lois que j ai dû respecter, C est déjà trop pour moi que de vous écouter :

' Le mot tusurerne signifie mettre en sûreté que dans ce sens, assurer une placé y un pays y une province, Dq temps de Racine, son acception ëtoit peat-étre pins étendue.

' Racine a jugé sans doute que voler ëtoit un terme assez noble,

pnisqu il Ta déjà employé au commencement de la pièce, acte 1,

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