‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 152 sur 328 · ACTE V, SCÈNE VL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VL

Par d austères conseils ai fait couler vos larmes; Et qui viens , puisque enfin le ciel est apaisé , Réparer tout Tennui que je vous ai causé ■ .

CLTTEMNESrnE.

Ma fille! Ah, prince! O ciel! Je demeure éperdue. Quel miracle , seigneur, quel dieu me Ta rendue?

ULYSSE

Vous m'en voyez moi-même , en cet heureux moment,

Saisi d'horreur, de joie , et de ravissement.

Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce.

Déjà de tout le camp la discorde maîtresse

A voit sur tous les yeux mis son bandeau fatal.

Et donné du combat le funeste signal.

De ce spectacle affreux votre fille alarmée

Voyoit pour elle Achille, et contre elle l'armée ;

Mais, quoique seul pour elle, Achille furieux

Épouvantoit l'armée, et partageoit les dieux 3.

Déjà de traits en l'air s'élevoit un nuage ;

Déjà couloit le sang, prémices du carnage :

Entre les deux partis Calchas s'est avancé,

L'oeil farouche, l'air sombre, et le poil hérissé ^,

Terrible, et plein du dieu qui l'a^toit sans doute:

' Nous avons déjà remarqué que le mot ennui a beaucoup perdu de sou aucieDoe énerve. Racine Ta employé cinq fois dans Iphigénie, et l'emploi n*en a pas toujours été heureux.

* Voilà le dernier coup de pinceau qui achève ce beau tableau de l'Achille firançois , modelé sur l'Achille grec Homère et Coroeille n*ont rien de plus grand qae ces trois vers pour la pensée et l'eipression. (L.)

^ Sans la réunion de ces traits, fctil farouche , Vair sombre, et ce mot pittoresque, hérissé, qui finit le vers, le mot poil, désa-

25o IPHIGÉNIE.

« Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs, qu on m'écoute.

« Le dieu qui maintenant vous parle par ma voix

« M explique son oracle, et m'instruit de son choix.

« Un autre sang d'Hélène, une autre Iphigénie

« Sur ce bord immolée y doit laisser sa vie.

« Thésée avec Hélène uni secrètement

« Fit succéder Thymen à son enlèvement:

« Une fille en sortit, que sa mère a celée;

« Du nom d'Iphigénie elle fut appelée.

« Je vis moi*même alors ce fruit de leurs amours :

« D'un sinistre avenir je menaçai ses jours.

« Sous un nom emprunté sa noire destinée

« Et ses propres fureurs ici Font amenée.

ft Elle me voit, m'entend, elle est devant vos yeux;

« Et c'est elle, en un mot, que demandent les dieux. >

Ainsi parle Calchas. Tout le camp immobile

L'écoute avec frayeur, et regarde Ériphile.

Elle étoit à Tautel; et peut-être en son cœur

Du fatal sacrifice accusoit la lenteur.

Elle-même tantôt, d'une course subite,

Étoit venue aux Grecs annoncer votre fuite.

On admire en secret sa naissance et son sort.

Mais, puisque Troie enfin est le prix de sa mort,

L'armée à haute voix se déclare contre elle,

Et prononce à Calchas sa sentence mortelle.

Déjà pour la saisir Calchas lève le bras :

« Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas ».

gréable en yers, n'auroit pu passer: il passe ici, comme laisant partie d*ua tableau d'effroi. (L.)

Le caractère fier, énergique d'Ériphile se soutient josqu à la

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