‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 153 sur 328 · ACTE V, SCÈNE VL aSi · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VL aSi

« Le sang de ces héros dont ta me fiûs descendre « Sans tes profanes mains saura bien se répandre, n Furieuse, elle vole, et, sur Fautel prochain, Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein. A peine son. sang coule et fait rougir la terre , Les dieux font sur Fautel entendre le tonnerre ; Les vents agitent Tair d'heureux frémissements >, Et la mer leur répond par des mugissements ; La rive au loin gémit, blanchissante d'écume ; La flamme du bûcher d'elle-même s'allume; Le ciel brille d'éclairs, s'entr'ouvre, et parmi nous Jette une sainte horreur qui nous rassure tous \ Le soldat étonné dit que dans une nue Jusque sur le bûcher Diane est descendue; Et croit que, s'élevant au travers de ses feux, • Elle portoit au ciel notre encens et nos vœux. Tout s'empresse, tout part. La seule Iphigénie

fin. Ce trait est imite du rëcit de la mort de Polixine, dans VHécube d*Earipide, act. III, se. i ; la jeune princesse dit à ceux qui vonloient s'approcher pour la saisir : n O Grecs , destructeurs de ■ ma patrie, je meurs volontairement : que pecsonne ne porte sur • moi une main profane, je saurai tendre courageusement la tête. » (G.)

' Racine prodigue, dans ce rëcit, les trésors de la poësie ëpique. U faut remarquer snr-tout :

Let venu agitent Pair d'heureux frémiuemenu.... La rive au loin gëmit, blanchissante d'ëcnme.

Vers très harmonieux, très pittoresques, et d*une facture antique. (G.)

' Cette iainle horreur tfui rassure est Texpression singulièrement heureuse d*un sentiment religieux, et semble n*aToir pu être trouvée que par un poëte aussi chrétien que Racine. (L.)

252 IPHI6ÉNIE.

Dans ce commun bonheur pleure son ennemie '. Des mains d'Agamemnon venez la recevoir; Venez : Achille et lui , brûlant de vous revoir, Madame y et désormais tous deux d'intelligence, Sont prêts à confirmer leur auguste alliance.

CLTTEMNESTRE.

Par quel prix, quel encens , ô ciel, puis-je jaçiais Récompenser Achille^ et payer tes bienfaits > !

> Dernier trait da plas aimable et dn plus iotëi^ssaot caractère déjeune princesse qu on ait jamais mis au thëàtre, sans en excepter Zaïre,, trace'e sur son modèle, mais qui lui est bien inférieure. Ce récit d'Ulysse est d'autant plus beau, qu*il finit un acte plein d'art et d'intérêt, et forme le plus heureux dénoûment (G.)

' Voltaire a écrit que s'il falloit donner le prix de la tragédie, il seroi^ difficile de le refuser à Iphigénie en AuHde. 11 y trouve tous les genres de beauté : l'intérêt du sujet, la force des situations, la variété et la vérité des caractères; le pathétique violent dans Clytemnestre, le pathétique doux dans Iphigénie, les combats de la nature et du rang suprême danê Agamemnon , et enfin le plan le plus irréprochal^le et la contextare dramatique la plus parfaite ; l'incertitude, la crainte, l'espérance, la pitié, la terreur, étant soutenues, graduées, et variées, sans un seul moment de relâche, depuis le premier vers jusqu'à la dernière scène. Il ne dit rien du style : c'est celui de Racine daf|8 toute sa perfection. Il ne mêle aucun reproche à ses louanges. S'il eût trouvé l'épisode d'Ériphile répréhensible, sans doute il en auroit fait mention : son silence sur cet objet important doit faire penser qu'il n'étoit pas de Taris des censeurs de ce rôle,* et qu'il n'a pas même cm leur opinion assez appuyée pour y faire attention. Racine s'estimoit très heureux d'avoir trouvé cette fable d'Ériphile, d'une autre Iphigénie, dans des traditions anciennes; il a su la lier à son sujet si essentiellement, que l'unité n'en paroit jamais rompue; en un mot, elle est parfaite, et conforme aux principes de l'art. L'invention de ce r6le me paroit, ainsi que l'exécution, un trait de génie, puisque cet

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