SCÈNE L
AGAMËMNON, UN VIEILLARD.
AGAMEHNON.
Vieillard, sors de cette tente, et viens ici.
L£ VIEILLARD
Me voilà. Que méditez -vous donc de nouveau, 6 roi Agamemnon ■ ?
AGAMEMNOM.
Ta vas l'apprendre.
LE VIEILLARD
J'accours: le sommeil n'appesantit point ma vieillesse; mon œil est encore vif et perçant.
AGAMEMNON
Hë bien ! nomme-moi donc l'astre qui dans ce moment passe sur nos tètes.
< Badne , habile ^ s'approprier les beautés des anciens, a nommé Agamemnon dès le premier vers. Le P. Brumoy , en traduisant Euripide , a remplacé Agamemnon par seigneur,
258 IPHIGÉNIE
LE VIEILLARD
Ah ! c'est le Sirius, qui n'est encore qu'au milieu de sa course! Voilà, tout auprès, les sept étoiles de la Pléiade.
AGAMEMNON
Hélas! on n'entend ni le chant des oiseaux , ni le brait de la mer; les vents se taisent; le silence ré|^e sur l'Euripe ' !
LE VIEILLARD
Pourquoi donc sortez-vous de votre tente, 6 roi Açamemnon ! lorsque autour de nous tout est assoupi dans un calme profond , lorsqu'on n'a point encore relevé la garde qui veille sar les remparts? Allons, sei^èur, ren* hrons.
AGAMEMNON
Heureux vieillard ! heureux le mortel obscur qui , sans gloire et sans danger, achève sa paisible carrière! Que les grands sont à plaindre avec leurs honneurs >!
LE VIEILLARD
Gomment! n'est-ce pas dans les grandeurs qu'est toat l'éclat et le bonheur de la vie?
AOAMBMNON.
Oui; mais cet éclat est dangereux, ce bonheiir est fragile. S'il est doux d'aspirer aux honneurs, onse vepent souvent de les avoir obtenus. Tantôt la moindre négli* gence dans le cultç des dieux enflamme leur courroux et renverse notre fortune; tantôt les caprices d'un peuple inconstant et les intrigues des m; vieux suffisent pour nous perdre. ^
LE VIEILLARD
Est-ce donc là le langage d'un grand roi tel que voos? Atrée vous a-t-il donné le jour pour gbûter eonstam* ment tous les biens de la vie? Vous êtes né mortel; la
' Voyei Racine, act. 1, se. i. — ' Ibid.