‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 156 sur 328 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

joie et la dôaleur sont votre partagée : ainsi Tont voulu les dieux, et leur volonté s'accomplira malg;ré vous'. Dans quel désordre aves-vous passé la nuit? Je vous ai vu allumer une lampe , écrire une lettre et Teffacer ausêktéty y imprimer le cachet et le rompre, jeter de dépit ros tablettes, et répandre un torrent de larmes: enfin, tout annonçoit en vous l'égarement et le délire. La voilà encore entre vos mains cette lettre fatale. Quel chagrin, quelle douleur vous possède! Que vous est-il donc arrivé, 6 mon roi? Que se passe-t-il de nouveau? Confiezmoi vos chagrins, épanchez en secret votre douleur dans le sein d'un serviteur fidèle. Vous savez queXyndare, lorsqu'il vous unit avec Clytemnestre , me plaça auprès de votre épouse et m'attacha particulièrement à son service \

AOAMEMNON.

Léda, fille de Thesdus, eut trois filles: Phœbé, Clytemnestre, et Hélène. Les jeunes princes les plus distingués de la Grèce s'enflammèrent d'amour pour Hélène. Ces fiers rivaux se faisoient les plus sanglantes menaces; ils se préparoient à disputer cette conquête les armes à la* main;* le sang étoit sur le point de couler: Tyndare alarmé , en proie aux plus cruelles inquiétudes , ne savoit si, pour prévenir tant de malheurs, il falloit accorder Hélène à l'un de ses amants, ou la refuser à tous : il lui vint enfin dans l'esprit de les réunir dana la solennité d'un sacrifice , de les faire jurer tous^ur les autels , en se donaant la main , qu'ils respecteroient les droits de celui que le père dHélène auroit choisi pour son gendre ; que si quelque téméraire lui ravissoit son épouse, ils s'arme*

' Voyes Racine, act. I, se. i.

" Les grands, en mariant lears fiUes, mettoieot auprès d'elles un esclave de t:oDfiaoce , pour avoir soin de leurs intérêts : cet esclave fiiisoit partie delà dot. (G.)

26a IPHIGÉNIE.

roient tous pour le venger; qu'ils arracheroient Héléoe des mains du ravisseur, quel qu'il fut, Grec ou barbare, et qu'ils dëtruiroient sa capitale '. Après les avoir liés par ce serment, Tyndare sut avec adresse se dérober à leurs importunités , en laissant à sa fille la liberté de choisir pour époux celui vers lequel son cœur se sentiroit entraîné par un doux penchant : son choix , pour mon malheur, tomba sur Ménélas. Mais bientôt le Phrygien , juge des trois déesses, si Ton en croit les bruits populaires , arriva dans Lacédémone, tout éclatant d^or, étalant une parure efféminée, et toute la magnificence du luxe des barbares. Hélène en fut séduite, et lui-même ne résista point aux charmes d'Hélène. Les deux amants s'enfuirent; et Paris conduisit dans les vallées du mont Ida l'épouse de Ménélas. Furieux de cet outrage, mon frère parcourt seul toute la Grèce, attestant les anciens serments prêtés a Tyndare par ses rivaux ; il réclame la foi de leurs promesses, et demande vengeance. Les Grecs courent aux armes : ils se réunissent dans le port de FAulide; une flotte chargée de guerriers, de chevaux, de chars, est prête à mettre à la voile; toute la Grèce me choisit pour chef de cette expédition , comme frère de Ménélas. Et plût au ciel qu'on eût fait à un autre que moi cet honneur funeste! Cependant toute l'armée réunie attend en vain pour paitir un vent favorable. Le devin Calchas, après avoir long-temps balancé, déclare enfin quHl faut que j'immole Iphigénie, ma fille, mon propre sang, à Diane, divinité tutélaire de ces lieux: a C'est, dit-il, à ce sacrifice qu'est attachée une heureuse u navigation et la ruine de Troie : sans cela on ne peut u rien entreprendre. » A peine ai-je entendu cet oracle cruel, que j'ordonne à Thaltibius^ de proclamer haute-

' Voy. Racine, act. I, se. m. — ' Nom d'an litfniat ffAgamemnon. (G.)

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