‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 157 sur 328 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

ment que je congédie Tannée, ne pouvant consentir a forger ma fille. Mais mon frère, épuisant toute son éloquence, n'épar^e ni prières, ni raisonnements, pour résoudre un père à cet affreux sacrifice. Vaincu par ses instances, j'écris alors à Clytemnestre de m'envoyer sa fille, sous le prétexte de la marier avec Achille. Je lui fais valoir le nom et la dignité de ce jeune guerrier, et j'ajoute qu'il refuse de partir avec les Grecs s'il n'emporte le titre d'époux d'Iphigénie '. Ce faux espoir d^un mariage aussi brillant pour sa fille me suffisoit pour tromper une mère. Calchas , Ulysse et Ménélas étoient mes seuls complices. Mais bientôt j'ai frémi d'un dessein si barbare^ et je veux en jprévenir l'effet. Cette lettre, que tu m'as vu cette nuit ouvrir et fermer tour-à-tour, contient un ordre bien différent du premier. Reçois-la de ma main : hâtetoi de la porter à Argos; et, pour que mon épouse et toute ma famille ajoutent plus de confiance à tes discours, je vais te découvrir les secrets déposés sous le cachet de cette lettre....

LE VIEILLARD, P interrompant.

Instruisez-moi bien de tout ce qui en est l'objet, afin que ma bouche soit parfaitement d'accord avec votre écriL AGAMEMNON, Usont la lettre.

« O fille de Léda ! je dépêche vers vous ce second mes- Asaçe. N'envoyez point votre fille dans l'Aulide. Nous «choisirons, pour célébrer son hymen, un temps plus « favorable ^. »

LE VIEILLARO.

Mais Achille, frustré de l'alliance qu'il désire, ne s'em-^ portera-t-il pas contre vous et contre votre épouse 3?

AGAMEMNOM.

Achille, sans le savoir, prête son nom à cette ruse : il

' Vojet Racine, act.I, se. i. — ■ Ibid.— ' Ibid.

ne songfle point à s^unîr à Iphi^jénîe; il ignare que je le promets pour gendre à Clytewincstre.

LE VIEILLARD

Vous aviez formé, ô Agamemnon! une entreprise bien dangereuse. Quoi ! vous empruntiez le nom du fils d^one déesse pour' conduire h la mort votre fille! Achille toust servôit de prétexte pour amener aux Grecs leur victime!

AGAMEMNON

Hélas! j'étois hors de moi. Malheureux! à quelle ex*» trémité suis-je réduit! Mais hâte -toi: cours, oublie ta vieillesse.

ftE VIEILLARD,

O roi I comptez sur ma diligence.

AOAMEMNON.

Ne te repose poiiit à l'ombre des bois, au bord des fontaines; ne te laisse point séduire par la douceur du sommeil.

LE Vieillard.

Aux dieux ne plaise !

AGAMEMNON

Observe sur-tout les endroits où les chajnins se croisent ; prends garde que le char de ma fille n'échappe à ta vigilance, et ne la conduise au camp des Grecs ■. LE vieillard.

Vous serez obéi*

agamemnon.

Hâte-toi donc de franchir l'enceinte du camp; et si tu rencontres le cortège d'Iphi génie, prends toi-même les rênes des chevaux, et fais-les retourner vers les murs bâtis par les Gyclopes \

' Voyes Racine, aci. I, se. l. •

* Les deux villes d'Argos et de Mycènes «voient ëtë bâties par les Cy.-

dopes. Ces Cycbpes n étoient pas les forgerons cTe Volcain : c'ëtoit nne

troupe d'ouvriers venus de ULycie : on les appeloit en grec >«iCT^s;t*'P*c «

Page 1