ACTE I, SCÈNE I
L£ VIEILLABD.
Mais si votre épouse et votre fille refusent d'ajouter foi à mes discours?
▲ GAMEMNON.
Tiens, voilà Panneau dont l'empreinte est sur cette lettre : un tel gage te répond de leur confiance. Pars : déjà Téclat de l'aurore fait pâlir la lumière de cette lampe ; le char du soleil lance ses premiers feux. J'attends de toi quelque soulagement à mes maux. Ah S je le sens, il n'est point de mortel constamment heureux jusqu'au tombeau : nous devons un tribut k la douleur ■ !
aaD qoi rignific ventre et mom, parceqa'ib gagnoîent leur vie du travail de leurs nuiiu. Earipide et Racine, pdur^ëtifper les étau d'Agamemnon, se serrent indifféremment de ces deux villes, qui n'ëtoient qa*â trois lieues de distance. (G.)
■ Cet acte n'a tju'nne scène , mais cette scène est un chef-d'œuvre d'exposition , d'autant plus admirable dans Euripide , que ce poète commence presque toutes ses tragédies par des prologues dëtaehés et hors-d'œuvre. Racine » ce grand maître dans l'art des expositions , n'a pu rien faire de mieux que cTimiftr et même de copier reiq>ositioa de la tragédie grecque : il eu a élagué les traits simples et naïfs qui ne sont pas de notre goût. (G. )
FIN nu PREMIER ACTE.
INTERMÈDE DU PREMIER ACTE
LE CHCMELUR».
STROPHE t.
J'ai quitté Chalcis ma patrie, Ghalcis qu'arrose l'Arethuse voisine de la mer ^ Â travers les flots resserrés de FËuripe, je suis venue sur le rivage d'Aulis, pour voir la flotte des Grecs, et cette armée de demi-dieux que la rame va faire voler sur les eaux. Mille vaisseaux chargés
' Le chœur est l'origine de b tragédie : ce poème , dont on admire le plan et l'ordonnance , est ué au milieu des orgies badùqaes et des chan* xoos grossières des vignerons. Lorsque la tragédie se perfactioona, on con* serra le chœur conune un monument de ce qu'elle avoit été dans ton enfance. D'après la constitution que les Grecs ont donnée k leur théâtre, l'action tragique se passe toujours en public ; elle est accompagnée de chants et de danses, et par conséquent elle a hesoio d'un chœur, c'est-àdire d'un certain nombre de' personnages qui assistent ï raction , non comme simples specuteurs, mais comme témoins intéressés : c'est ce qui donne au\ anciennes tragédies la forme de nos opéra modernes.
Dans le dialogue , le chœur remplit son rôle par le ministère d'an coryphée, qui tantôt parle en son nom, et tient alors la place de nos confidents , tantôt n'est que l'organe des sentimeuu de tous eeux qu'il représente. Dans les entr'acies, le chœur occupe seul la scène : il y exécute des marches, des évolutions et des danses gravas, en chantant des odes rda» ti>es au sujet de la pièce. Les noms qu'on a donnés aux différentes parties fie ces odes désignent les différentes évolutions du cfaœnr : on appelle strophe le tour qu'il faisoit de la droite à b gauche , et antistropke son retour de la gauche à ^la droite. Après ces deux tours , le chœur s'arrêioit au milieu du théâtre , et ce qu'il chantoit dans cette position s'appeloit épode. On a prétendu que ces évolutions du chœur marqnoiem les mon^ vemcnts des corps célestes, et que son repos étoit l'image de b stabilité de b terre. Quoi qu'il en soit, les anciens poètes lyriques oitt conservé à leurs odes ces nom» de strophe , d'antistrophe , et d'épode. Convenons
IISTERMÈDE. 265
de nos braves ëpoux suivent à Troie le blond Mdnclas et Tillustre Agamemnon , qui vont arracher Hélène à son ravisseur. Ce sera en vain que le berger Paris aura dérobé aux rives de l'Eurotas cette jeune beauté dont Vénus lui avoit fait présent, lorsque, rivale de Junon et de Pallas^ elle leur disputa le prix , le prix de la beauté.
ANTI-STaOPHE I.
Après avoir passé le bois sacré oii le sang de tant de victimes coule sur les autels de Diane, je me suis arrêtée à rentrée du camp : honteuse et tremblante, une rougeur soudaine a coloré mes joues ; mais , entraînée par un désir curieux plus fort que la pudeur et la crainte, j'ai voulu voir les armes et les tentes de nos guerriers, entendre les
que dc« morceanx de poësie , des chœurs bien eiéentéB , remplissoient micax rintcrvaUe des entractes que nos symphonies. Un des avanuges dn dbœor étoit aussi de donner à b tragédie pins de majesté, d'appareil, et de pompe; cPobligcr les poëtes à une extrême régularité , de leur interdire la multiplicité des événements, et les intrigues compliquées. ( G.)
* Chaids : ville de l'Eubée ^^ séparée d'Âulis et de l'Aulide par l'ICnripe , anjourcThni le détroit de Négrcpont. Ce sont les femmes de Chalcis cpii conq[MMent le ^lœur : ce qui prouve que Chalcis étoit une ville plus considérable qn'Aulis, qui étoit k peu près déserte, puisqu'ir n'est point quns* tioD des femmes de cette dernière viOe dans la composition du choeur. Le poète suppose que b curiosité amène à Aulis les femmes de Chalcis qui ont Icars maris sur b flotte, et, dans le ravissement que leur cause un si magnifique spectacle , elles chantent cet intermède , dont Euripide parott STCW* puisé l'idée dans le dénombrement de l'armée et de b flotte grecque^ an second livre de YlUade. Le poëte épique , dont l'objet étoit de faire un dénombrement , a dû y mettre de l'exactiiude ; le poëte tragique , qui n'a voulu iaire qu'une ode , ne s'est pas asservi à b même fidélité : iî ne se fait point un scrupule de changer et de contredire plusieurs circonstances essentielles du récit d'Homère. Ce dénombrement est jin cadre poétique qfe fioventenr ne s'est pas donné b peine d'embeUir; Euripide, en l'imilanc, n'a pas essayé d'y jeter des beautés nouvelles; Virgile a relevé par les omemems les plus riches b simplicité d'Homère ; Le Tasse et Fénélon ont imité Virgile , et en ont beaucoup approché. (G.)
liennissemeots des chevaux. J'ai tu les deujt Ajax, amis iuséparables; le fils d'Oilée, et le fils de Télamon, l'orne* ment de Saiamine: assis avec Protésilas, ils s'amusoîent à de paisibles jeux ■• J^ai remarqué Palaméde , petit-fils de Neptune, Dioméde, qui lançoit le disque d'nni>ras vigoureux, ec près de lui, Mérion, ce rejeton de Mars , dont faspect inspire Tadmiration, le fils de Laërte, parti du sommet des rochers qui bordent son tie. Mes regards se sont portés avec complaisance sur Nirée, le plus beau desGrecs.*
JBPOOB I.
Xat vu le jeune Achille, rival des vents à la course, Achille, fils de Thétis , âéve de Chiron , je !'« vu courant tout armé sur le bord de la mer, et disputant la palme de la vitesse à un char attelé de quatre chevaux, tandis* que leur conducteur, Eumélns, roi de Phérès, ;les animoit par de grands cris, et les pressoit de Faiguillon. La beauté de ces coursiers m'a frappé; ils mordent un frein d'or; For éclate sur leurs rênes : ceux du milieu , attachés au timon, se distinguent par des taches blanches : les deux autres, dociles à la main qui les guide, se font remarquer par une couleur fauve, une peau tigrée, et la rare perfection de leurs formes. Le fils de Pelée, couvert d'armes pesantes, bondissoit l^rement autour des roues.
STROPHE II
Quel magnifique spectacle que celui d'une flotte si nombreuse ! Mes yeux ne pouvoient s'en rassasier ; j'en suis encore dans l'enchantement. A droite, les légions des Phthiotes et desMyrmidons remplissent cinquante vaisseaux ; sur les poupes s'élèvent les statues, d'or des Néréides : c'est Femblème de l'armée d'Achille.
' n s'agit dans le teitc d'une espèce de jeu de des. Les &ces de ces dés ««oient ornées de diverses figures de divinités. (G.)
DD PREMIER ACTE. 267
# ANTI8TR0PHE II
Près de là, le fils de Mécistée, le d%ne descendant de- Talaiis, et Sthénelos, fik de Gapanée, commandent un pareil nombre de vaisseaux^ On âéocmvre ensuite les soixante vaisseaux que Ménesthëe, fils de Pétéus >, a conduits de l'Attique. Us portent potir symbole la fière Pallas^ qui, snr un char trainé par des cheyaux ailés, offre aux matelots im frésaQe de la victoire.
STROPHE III
J'ai vu aussi ce monument de la gloire et de la force des Béotiens, cinquante vaisseaux ornés de statues; sur la proue, Cadmus paroit tenant -en main un serpent; la * flotte est sous les ordres du général béotien Léitus. Derrière lai , les guerriers de Locres et de la Phocide montent cinquante vaisseaux ; et , pour marcher à leur tète, le> fils d'Oïlée a quitté la célèbre ville de Tfaronias.
AMTISTROPHE III.
Cent vaisseaux sont partis de Mycènes, par les ordres . du fils d^Atrée ; Agamemnon a mis à leur tête ^on ami. Adraste: ardent à défendre les intérêts de la Grèce, ce guerrier s'apprête à faire repentir de son audace le ravisseur d'Hélène. J'ai vu le vieux roi de Pylos, le vénérable Nestor, dont les vaisseaux sont embellis par la statue de l'Alphée, sous la forme d'un taureau',
' Le texie dit : lefib de Thésée. CeM probablement une erreur d'En-, ripide , on plutôt une errenr des éditeurs. An reste, j'avertis ici que la toomare aadacieuse el pins que lyrique , le style entortillé de ces chœurs , met le traducteur dans b nécessité de prendre de grandes libertés, et quelquefois d'iniiter et de par^hraser plutôt que de traduire , s'il veut se rendre intelligible : ce serott se tourmenter en pure perte , que de prétendre à une euctitnde littérale dont il ne pourroit résulter en François que des périodes gothiques. (G.)— * Le texte dit, avec def pieds de taureau. (G.)
EPODE II.
Les OEnicns ont fourni à la cause commune douze vaisseaux commandes par leur roi Gunéus. Â côté d'eux ^ on distingue les princes de FÉlide que le peuple appelle les Épéens ' ; Eurytus est à leur tête. Les vaisseaux de» Taphiens, remarquables par la blancheur des rames, sont sous les ordres de Mégès,«fils de Phylée: il arrive des iles Échinades, inacce^ibles aux matelots. Le nourrisson de Salamine, le vaillant Ajax, unit l'aile droite à Taile gauche, et ferme la flotte avec douze vaisseaux qui ont la réputation d'être les plus légers et les plus rapides de toute l'armée. J'ai vu leurs braves» rameurs : si quelque général barbare ose leur opposer ses lourdes machines , il ne reverra jamais sa patrie.
Je te salue, Aulis, oii j'ai vu^ où j'ai entendu tant de merveilles! J'entendrai encore répéter dans ma maison ces récits agréables; et l'image de cette brillante réunion d'hommes et de vaisseaux sera toujours présente à ma pensée.
' Parcegue Épéus , fiU d'Ëndyaiion et dHyp^ripné , âToit régné en
l'Hde. (G.)