‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 184 sur 328 · L^ESCLAVE · texte numérisé non relu

L^ESCLAVE

Vous savez tout. Iphigénie doit être sacrifiée à Diane par son père.

■ Ici commence la scène Y de Racine, acte III.

. ACTE IV, SCÈNE III. 3o3

CLYTEMNÊ&TRE.

Et pourquoi feindre ce mariage?

Pour vous euç^er, par cet appât trompeur, à lui en- Toyer votre fille.

CLVTEHNE8TRE.

O ma fille , tu es venue à la mort, et ta mère aussi !

l'esêlave.

Votre situation est horrible ! Agamemnon a formé un dessein bien indigne d'un père.

clttemnestre. •

Je suis perdue ! Les pleurs malgré moi inondent mon . visage.*

l'esclave.

' Fut-il jamais un sujet de larmes plus juste et plus douloureux * ?

CLTTEMNESTRE.

O vieillard, d'où sais-tu cette affreuse nouvelle?

l'esclave.

tPétois chargé de .vous porter une seconde lettre, différente cïe celle que vous aviez reçue auparavant. clytemnestre.

Êtoit-ce pour empêcher ou pour hâter le départ de ma fille?

l'esclave.

Pour l'empêcher. Votre époux étoit alors revenu k de sages conseils.

clttemnestre.

Mais pourquoi , chargé de cette lettre , ne me l'as-tu pas remise?

' On bien : Qui pourrait blâmer Us larmes <tune mère à laquelle on ortwche ses et^anU? C'est le scn» qu'Érasme a préfère , fondé sur ce «{ue Clytemnestre dit, dans le vers précédent, ({u'elle fait un effort pour cacher «es larmes. ( G.)

3o4 IPHIGÉNIEe

L*£SCLAVE.

Mënâas me Fa arrachée par la force : c'est lui qui est Fauteur de tous vos maux.

CLTTEMNÈSTRE. •

Fils de Thétis y vous l'entendez !

ACHILLE

Oui , j'entends <{ne vous êtes malheureuse , et que je suis cruellement outragé.

CLTTEMNESTRE.

Ils vont égorger ma fille, après Tavoir trompée par l'espoir d'être à vous.

ACHILLE. •

La conduite de votre époux enflamme mon indignation. Cet affront ne restera jpas impuni.

CLYTEMNESTRE

Je ne rougirai point de tomber à ¥os genoux. Mortelle, je puis m'abaisser devant le fils d'une déesse. Qu'ai-je à faire d'une gloire importune? Est-il pour moi quelque chose de plus cher au monde que le salut de ma fille? Fils de Thétis , secourez une mère au d^cspoir ; secourez une fille qui a porté le nom de votre épouse, bien en vain, il est ^rai. Cependant c'est pour vous que je l'ai couronnée; c'est à vous que je l'amenoîs; et maintenant je la conduis à la mort! Ne sera-ce pas pour vous une honte de l'avoir abandonnée ? Si ma malheureuse fille n'a pas eu le bonheur d'être unie avec vous, on vous a du moins appelé son époux. Par cette main que je baigne de mes larmes, par votre illustre mère, je vous en conjuré, ayez pitié de nous. C'est votre nom qui nous a perdues : c'est un devoir pour vous de nous défendre. Je n'ai plus d'autres autels cpie vos genoux; je suis ici sans amis; vous entendez les projets barbares et sanguinaires d'Agamem non; vous voyez une fenmie au milieu d'un camp séditieux ,

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