ACTE IV, SCÈNE III. 3o
toujours ardent pour le crime ^ Notre sort est entre vos mains; osez nous protéger, et nous sommes sauvées.
LE CHŒUR
De quoi la tendresse maternelle n*est-«lle pas capable ? Que ne fait pas une mère pour ses enfants !
ACHILLE
Mon cœur s'irrite et se soulève : je sais supporter avec modération la prospérité; mais l'aspect de Finiïoccnt opprimé m'émeut et me transporte ^.
LE CHŒUR
Cest le caractère du sage : voilà les sentiments qui doivent régler le cours de notre vie.
ACHILLE
D est permis de s'écarter quelquefois des lois d'une austère sagesse; mais il est des occasions où l'on ne peut être trop sage. Élevé auprès de Chiron , le plus vertueux des hommes, j'ai puisé dans ses leçons la simplicité et la franchise : j'obéirai aux Âtrides tant 'qu'ils seront dignes de commander. S'ils abusent de leur pouvoir, je saurai ré^ sister à des ordres injustes. Ici, comme à Troie, indépendant et libre , je combattrai pour le devoir et pour l'honneur, je tâcherai d'unir la vertu à la gloire. Pour vous ,
' Le texte ajoute : mais utile quand il veut titre. Euripide craignoit de d^iaire ans Greca, en parlant aioii de l'année sans correctif; nuis pour noua le correctif est glacial. (G.)
* Je donne ici au texte une légère teinte moderne. Euripide fait dire à son Achille : Mon cœur magnanime s'élance en avant; il sait s'indigner des mattXg et se réjouir médiocrement des bwns: voilà les mots dans l'exactitode littérale b plus rigoureuse. Quelques commentateurs, appliquant aux deux |wniea de la phrase l'adverbe /«f<rpM»f , qui signifie modérément , ont prétendu qa*Âchille disoit : Je m'afflige des maux, et je me réjouis des biens avec la mime modêraUon; mais la manière dont l'adverbe est placé prouve évidemment qu'il ne doit se rapporter qu'à la seconde partie de la phrase ; et d'ailleurs Topinion de ces commentateurs est en contradiction avec le premier vers, où Achille dit que son coeur s'irrite et se soulève. (G.) 3. ao
3o6 IPHI6ÉNIE.
ô femme si indignement traitée par ce que vous avez dé plus cher, comptez sur les secours d'un jeune guerrier tî* vement touché de vos malheurs l Votre fille ne sera point immolée par son père, puisqu'elle a été appelée mon épouse. Je ne souffrirai point que votre époux me prenne pour l'instrument de sa perfidie: sa main auroit levé le fer sur la victime , mab ce seroit mon nom qui Tauroit immolée. Agamemnon seroit coupable; mais serois-je innocent , si je lui avois fourni le prétexte et les moyens du crime? Quoi! cette vierge douce et modeste, après avoir éprouvé ce que l'humiliation et la douleur ont de plus insupportable et de plus cruel , seroit arrachée à la vie pour avoir espéré de s'unir à moi ! Ah ! je serois le plus lâche des Grecs, je serois le dernier des hommes, en un. mot un Ménélas^, et non pas le fils de Pelée, si je sooffrois que mon nom servit à commettre un meurtre. Non, j'en jure par le père de celle qui m'a donné.le jour, par Nérée, nourri au sein des flots, Agamemnon ne touchera pas votre fille : sa main ne se portera pas même à l'extrémité de son voile. Ou Sipyle ^, ville obscuxe et [barbare, deviendra la patrie des héros , et Phthie, ma terre natale , n'aura plus aucun nom ; ou le devin Calchas remportera ses funestes libations et son eau lustrale. Et qu'est-ce qu'un devin ? Un homme qui dit peu de vérités et beaiieonp de
' Le texte ajoute : né <f un mauvais génie. (G.)
* Ou Sipylum, ville de l'Asie mineure » et capitale de la Méonie, seloa Pline, lequel ajoute qv'aupararant on la nommoic Tantalis, parceqne Tantale y avoit étaUi son séjour. C'est sur cette tradition que certains commentateurs ont préjenda qu' Agamemnon et Ménëbs ëtoient ortginnirc* de Sipyle ; et qu'Achille a ▼ouln rinsinoer, lorsqu'il a dît iromquement q«e Sipyle, patrie des généraux de l'armée, deviendroit ittnstrc. Je n*ai point suivi ce sens , que le texte n'indique pas : un guerrier aussi jeune qn'AchîUe pouvoit bien ignorer qu' Agamemnon et M énébs fussent originaires ée S»pyle; mais Sipyle étoit passé en proverbe ponr désigner une viOe mi" diocre et obscure. (G.)