ACTE V, SCÈNE III. ii
la main de ton père, et non celle de Calchas; qui Ta déchirer ton sein ! Tel est le gage d'amitié qu'il laisse à sa famille. Mes filles et moi nous ne te survivrons pàs-lengtemps; le moindre prétexte suffira à ce barbare pour nous traiter comme il te traite aujourd'hui. Au nom des dieux, Agamemnon, ne vous obstinez pas dans cet affreux projet! Ayez pitié de votre malheureuse épouse ; ne la réduisez pas à la nécessité de ne plus voir en vous qu'un ennemi cruel. Vous allez sacrifier votre fille : hé bien! dans ce sacrifice, quelles prières adresserez-vous aux dieux? Que leur demanderez- vous en répandant votre propre sang? N'en attendez qu'un retour chez vous ', aussi funeste que votre départ. Mon devoir, sans doute, est de former des vœux pour votre bonheur ; ms^is n'est-ce pas insulter la justice des dieux , n'est-ce pas les accuser de folie, que de les implorer pour des assassins? Revenu dans Argos, irez-vous vous jeter dans les bras de vos enfants? A votre aspect ils reculeront dliorreur; ils détourneront les yeux, pour ne pas voir le meurtrier tout couvert du sang de leur sœur. Comment n'avez-vous pas déjà songé que vous n'êtes pas le seul roi, le seul général qu'il y ait dans la Grèce? Ne deviez-vous pas dire aux chefs assemblés : « Vous voulez aborder aux rivages des Phrygiens : «eh bien! tirons au sort à qui sacrifiera sa fille?}) L'équité prescrivoit que le danger fût égal pour tous: et pourquoi faut-il que vous seul ayez l'affreux privilège de fournir la victime, et d'immoler votre fille à la cause commune? Ou plutôt n'étoit-il pas plus convenable que Ménélas, le seul personnellement intéressé dans cette guerre, sacrifiât Hermione pour recouvrer Hélène? Quoi ! je perdrai ma chère Iphigénie, moi, fidèle épouse, attachée à ma maison; et la coupable amante de Paris, de retour à
' AttiMÎoD aa tort d'Açamemnon , (|ui fut astasainë à ton retour Ho Troie. (G.)
3i8 IPHIGÉNIE.
Sparte, embrassera son Herioione, et jouira du bonheur réservé à la vertu? Répondez : prouvez-moi que je me trompe; ou, si la force de la vérité vous réduit au silence , épargnez votre fille et la miienne ; rendez-vous à la raison et à la nature.
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Agamemnon , laissez-vous fléchir. Le devoir et la gloire des époux est de veiller ensemble au salut de leurs enfants: c'est la loi générale de l'humanité. Quel mortel ose» roit la violer?
Mon père, si favois la àouce mélodie d'Orphée; si, comme lui , je pouvois par mes accents émouvoir les rochers, et attendrir h mon grêles êtres les plus 'durs, je fierois sur votre cœur Fessai d'un charme si puissant; mais toute mon éloquence est dans mes larmes, je n'ai que ma douleur pour vous toucher. Suppliante, j'embrasse vos genoux ; vous voyez à vos pieds cette fille qui vous fut chère; ne m'arrachez pas une vieque je commence à peioe à goûter. Il est doux de voir la lumière du jour : ne me précipitez pas, avant le temps, dans Téternelle nnit« Cest moi qui, la première, vous ai donné le nom de père; c'est moi que vous avez appelée la première du nom de fille. Assise sur vos genoux , je vous ai souri la première ; vous avez reçu mes innocentes caresses; vous me les avez rendues. Combien de fois ne m'avez-vous pas dit: «O ma » fille, quand te verrai-je, brillante et fortunée , dans la u maison d'un épomt illustre et digne de moi ! 9 Et moi j qui suis maintenant prosternée à vos pieds, alors suspendue à votre cou , je vous répondois : « Quel bonheur pour il moi, ô mon père, de vous recevoir dans ma maison, (( d'être l'appjii et la consolation de votre vieillesse, de M payer à vos dernières années les soins que vous ave« u pris de mon enfancel » Ces entretiens si doux sont en^»