‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 212 sur 328 · ACTE I, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE L

Dans mes lâches soupirs d'autant plus méprisable, Qu un long amas d'honneurs rend Thésée excusable , Qtt aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui > , Ke m'ont acquis le droit de faillir comme lui! Quand même ma fierté pourroit s'être adoucie, Aurois-je pour vainqueur dû choisir Aricie? Ne souviendroit-il plus à mes sens égarés De l'obstacle éternel qui nous a séparés? Mon père la réprouve; et, par des lois sévères, Il défend de donner des neveux à ses frères : D'une tige coupable il craint un rejeton; Il veut avec leur sœur ensevelir leur nom ; Et que, jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle, Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle. Dois-je épouser ses droits contre un père irrité? Donnerai-je l'exemple à la témérité?

Et, dans un fol amour ma jeunesse embarquée ^.. .

THÉRAMÉNE.

Ah, seigneur! si votre heure est une fois marquée ^^

' Aucun s'employoit autrefois au pluriel avec la négation. Ou en trouve des exemples dafis Corneille, La Fontaine, J.-B. Rousseau, etc. Aujourd'hui on ne met plus ce mot au pluriel, si ce n*est dans le style roarotique. D'Olive t en a fait une règle fondée sur Fusage^ et même sur la raison. £n effet , aucun signifiant pas Un y on ne voit pas comment le pluriA pourroit convenir à cette expression.

* Une jeunesse embarquée dans un amour: Boileau, satire lU, et Molière, acte V ^ Amphitryon^ offrent des exemples de l'emploi de cette locution ; mais elle est trop familière pour entrer dans It style tragiique.

' n y a soixante ans que Voltaire a condamné , avec tous les bons juges, les leçons deThéramène contenues dans ce couplet, 3. a3

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Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer. Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer; Et sa haine, irritant une flamme rebelle, Prête à son ennemie une grâce nouvelle. « Enfin, d un chaste amour pourquoi vous effirayer? S'il a quelque douceur, n osez-vous l'essayer? En croirez-vous toujours un farouche scrupule? Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule? Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés? Vous-même où seriez- vous, vous qui la combattez >, Si toujours Antiope à ses lois opposée D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée? Mais que sert d'affecter un superbe discours? Avouez-le, tout change : et, depuis quelques jours, On vous voit moins souvent, orgueilleux et sauvage, Tantôt faire voler un char sur le rivage, Tantôt, savant dans l'art par Neptune inventé, Rendre docile au frein un coursier indompté; Les forêts de nos cris moins souvent retentissent; Chargés d'un feu secret, vos yeux s'appesantissent. Il n'en faut point douter: vous aimez, vous brûlez; Vous périssez d'un mal que vous dissimulez.

doublement rëpréhensibles , comme au-dessous de la grarit^ tragique , et peu séantes dan^Li bouche d'un gouverneur. Cest le seul exemple de disconvenance qui s*offre dans cette pièce, et il étonne dans Racine, qui probablement n*y a été entraîné que par trop d'envie de justiKer Famour d'Hippolyte , comme ix>nis Racine , qui justifie cette disconvenance , a été entraîné par trop de complaisance pour son père. (L.)

' Cet argument de Théramène est loin d'être tragique ; il semble que Racine l'ait emprunte des Femmes savantes^ acte I , se. i. (G-)

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