‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 218 sur 328 · ACTE I, SCÈNE III. 3Sg · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. 3Sg

Où laissé-je égarer mes vœux et mon esprit? Je Tai perdu : les dieux m'en ont ravi Tusage. QEnone , la rougeur me couvre le visage : Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs; Et mes yeux, malgré moi^se remplissent de pleurs.

OENONE

Ah! s'il vous faut rougir, rougissez d'un silence Qui de vos maux encore aigrit la violence. Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours, Voulez- vous, sans pitié, laisser finir vos jours? Quelle fureur les borne au milieu de leur course? Quel charme ou quel poison en a tari la source? Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux Depuis que le sommeil n'est entré dans vos yeux; Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure Depuis que votre corps languit sans nourriture. A quel affreux dessein vous laissez-vous tenter < ? De quel droit sur vous-même osez- vous attenter? Vous offensez les dieux auteurs de votre vie; Vous trahissez l'époux à qui la foi vous lie; Vous trahissez enfin vos enfants malheureux , Que vous précipitez sous un joug rigoureux. Songez qu'un même jour leur ravira leur mère,

' Corneille a, dit, dans Héraclius:

Impatient dëja de se laisser séduire Aa |»remier imposceur, etc.

Voltaire fait obseryer avec raison que se laisser séduire à quel- «lu un est une faute. I/expression de Racine ne nous parole pas plus admissible. On ne peut pas dire se laisser tenter h une chose , comme on dit se laisser entraîner, emporter à.

36o PHÈDRE.

Et rendm lespérance au fils de rétrangcrcj

A ce fier ennemi de vous, de votre sang,

Ce fils qu une Amazone a porté dans son flanc »

CetHippolyte..,

PHÈDnF.

Ah, dieux 1

Ce reproche vou& touche?

PIIÉORE.

Malheureuse î quel nom est sorti de ta bouche l

OEKONE.

Hc bien I votre colère éclate avec raison : J'aime à vous voir frémir à ce funeste Dom, Vivez donc i que l'amour, le devoir, vous excite ; Vivez , ne souffres pas que le fils d'une Scythe ^ Accïiblant vos enfants d'un empire odieux, Commande au plus beau sang de la Grèce et dos dieux. Mais ne difl'érez point; chaque moment vous tue : Iléparez promptemcnt votre force abattue j Tandis que de vos jours, prêts à se consumer, Le flambeau dure encore , et peut se rallumer.

PHÉDBE-

J'en ai trop prolongé la coupable durée*

OEKONE.

Quoi ! de quelques remords étes-vous déchirée? Quel crime a pu produire un trouble si pressant? Vos mains n ont point trempé dans le sang innocent.

PHÈDRE

Grâces au ciel, mes mains ne sont point criminelles. Plut aux dieux que mon cœiu' fût iuoocent comme elles!

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