‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 219 sur 328 · ACTE I, SCÈNE III. 36ï · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. 36ï

OENONE

Et quel affreux projet avez-vous enfanté Dont votre cœur encor doive être épouvanté?

PHÈDRE

Je t'en ai dit assez : épargne-moi le reste.

Je meurs, pour ne point faire un aveu si funeste.

ŒNONE

Mourez donc, et gardez un silence inhumain ; Mais pour fermer vos yeux cherchez une autre main. Quoiqu'il vous reste à peine une foible lumière , Mon ame chez les morts descendra la première; Mille chemins ouverts y conduisent toujours, Et ma juste douleur choisira les plus courts. Cruelle ! quand ma foi vous a-t-elle déçue? Songez-vous qu'en naissant mes bras vous ont reçue ■ ? Mon pays, mes enfanta, pour vous j'ai tout quitté. Réserviez-vous ce prix à ma fidélité?

Quel fruit espères-tu de tant de violence? Tu frémiras d'horreur si je romps le silence.

OENONE

Et que me direz-vôus qui ne cède, grands dieux, A l'horreur de vous voir expirer à mes yeux?

PHÈDRE

Quand tu sauras mon crime, et le sort qui m'accable,

' Le gérondif en naitsant se rapporte par le sens k Phèdre , et par la construction à OEnone. Cest une faute de grammaire , excusable en faveur de la clarté et de la précision du vers , mais qu'il ne faudroit se permettre qu'avec la plus grande réserve, et avec les mêmes excDset bien avérées. Racine se l'est très rarement permise. (L.)

362 PHÈDRE

Je n en mourrai pas moins : j'en mourrai plus coupable.

OENONE

Madame, au nom des pleurs que pour vous j'ai versés, Par vos foibles genoux que je tiens embrasses, Délivrez mon esprit de ce funeste doute.

PHÈDRE

Tu le veux : léve-toi.

OEWONE.

Parlez : je vous écoute.

PHÈDRE

Ciel! que lui vais-je dire? et par où commencer?

OENONE

Par de vaines frayeurs cessez de m'offen^r.

O haine de Vénus ! O fatale colère!

Dans quels égarements lamour jeta ma mère!

OENONE

Oublions-les, madame;. et qu'à tout Tavenir Un silence éternel cache ce souvenir.

PHÈDRE

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée ' Vous mourûtes aux bords où vous fiâtes laissée!

(»:none.

Que faites-vous, madame? et quel mortel ennui Contre tout votre sang vous anime aujourd'hui?

PHÈDRE

Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable

» La mort d'Ariane n'eat point une fiction da poëte, comme le prétend M. de La I^arpe, îl'après Lttneao : c est une des nombreuses traditions mytiiologiques dont cette fiUe de Minos a été Tobjet. (G.)

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