‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 221 sur 328 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ; Je pressai son exil ; et mes cris^éternels L'arrachèrent du sein et des bras paternels. Je respirois, QEnone; et, depuis son absence. Mes jours moins agités couloient dans Finnocence : Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis , De son fatal hymen je cultivois les fruits. Vaines précautions! Cruelle destinée!

Par mon époux lui-même à Trézéne amenée, J'ai revu l'ennemi que j'avois éloigné : Ma blessure trop vive aussitôt a saigne. Ce n est plus une ardeur dans mes veines cachée : C'est Vénus tout entière à sa proie attachée. J'ai conçu pour mon crime une juste terreur : J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur; Je voulois en mourant prendre soin de ma gloire. Et dérober au jour une flamme si noire : Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats; Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas , Pourvu que, de ma mort respectant les approches, Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches , Et que tes vains secours cessent de rappeler Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler ' .

' On conyient universellement avec Voltaire que le rôle de Phèdre e*t le plas trafique qu*on ait jamais mi«t en scène. Mais, eomme il n est point d'ouvrage qui puisse tout réunir, la supërioritë même de ce personnage de Phèdre, unique au théâtre, jette quelque ombre sur tous les antres , qui sont, il est vrai, à peu près ce qu'ils pouvoient ^tre, mais qui, par eux-mêmes, et par la nature du sujet, sont «Fun effet médiocre, et le paroissent encore davantage à côte de Phèdre, qui heureusement suffit pour soutenir

368 PHÈDRE

Page 1