SCENE V
PHÈDRE, QENONE.
OENONE
Madame, je cessois de vous presser de vivre;
Déjà même au tombeau je songeois à vous suivre;
Pour vous eu détourner je n'avois plus de voix;
Mais ce nouveau malheur vous prescrit d autres lois.
Votre fortune change et prend une autre fece :
Le roi n est plus, madame; il faut prendre sa place.
Sa mort vous laisse un fils à qui vous vous devez;
Esclave s'il vous perd, et roi si vous vivez.
Sur qui, dans son malheur, voulez- vous qu il s^appnie?
Ses larmes n auront plus de main qui les essuie;
Et ses cris innocents, portés jusques aux dieux,
Iront contre sa mère irriter ses aïeux.
Vivez ; vous n'avez plus de reproche à vous faire :
Votre flamme devient une flamme ordinaire ' ;
Thésée en expirant vient de rompre Ics^ nœuds
Qui faisoient tout le crimer et Thorreur de vos feux.
Hippolyte pour vous devient moins redoutable ;
' Od seat qu'il n y a que l'esclave OEnone qui puisse risquer une proposition si révoltante. Il n'y a icr dans l'amour de Phèdre que l'adultère de moins ; mais il n'est ni ordinaire y ni honnête, ni permis nulle part à une veuve d'épouser le fils de son mari : cela répugne à la nature. Aussi Phèdre ne donne pas la moindre marque d'assentiment à cette idée de sa nourrice , et ne consent à vivre que par amour pour son fils. (L.)