‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 228 sur 328 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Phèdre en vain s'honoroit des soupirs de Thésée : Pour moi, je suis plus fière, et fuis la gloire aisée D'arracher un hommage à mille autres offert, Et d'entrer dans un cœur de toutes parts ouvert. Mais de faire fléchir un courage inflexible S De porter la douleur dans une ame insensible ^ D'enchaîner un captif de ses fers étonné, Contre un joug qui lui platt vainement mutiné; C'est là ce que je veux , c'est là ce qui m'irrite. Hercule à désarmer coûtoit moins qu'Hippolyte; Et vaincu plus souvent, et plus tôt surmonté, Préparoit moins de gloire aux yeux qui l'ont dompté. Mais, chère Isméne, hélas! quelle est mon imprudence! On ne m'opposera que trop de résistance : Tu m'entendras peut-être, humble dans mon ennui , Gémir du même orgueil que j'admire aujourd'hui. Hippolyte aimeroit! Par quel bonheur extrême Aurois-je pu fléchir...

ISMÉNE.

Vous l'entendrez lui-même :

Il vient à vous.

' L'auteur dit avec élégance fléchir un courage inflexible ; et , daos Athalie, réparer un outrage irréparable; et cependant, sui- ▼ant la remarque de Louis Racine, on a ri du vers de Longepierre, dans son Electre :

MaiB on n efîace point des traits ineffaçables.

Cest que les vers de Racine renferment une grande idée, rendue plus frappante par l'opposition des deux «pressions , tandis que le vers de Longepierre n'offre qu'une idée puérile, ou, si l'on veut^ un jeu de mots.

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