MITHRIDATE, MONIME
Madame, enfin le ciel près de vous me rappelle,
Et, secondant du moins mes plus tendres souhaits,
Vous rend à mon amour plus belle que jamais '.
Je ne m'attendois pas que de notre byménée
Je 'dusse voir si tard arriver la journée;
Mi qu en vous retrouvant, mon funeste retour
Fit voir mon infortune , et non pas mon amour >.
C'est pourtant cet amour, qui, de tant de retraites,
Ne me laisse choisir que les heux où vous êtes;
Et les plus grands malheurs pourront me sembler doux,
Si ma présence ici n'en est point un pour vous 3.
C'est vous en dire assez, si vous voule^pn'entendre.
Vous deve%à ce jour dès long-temps vous attendre ;
Et vous portez , madame , un gage de ma foi
Qui vous dit tous les jours que vous êtes à moi.
Voilà rîQCOiiYémeDt de ces amours qui sont par eux-mêmes ^ au-dessous du genre et du personnage. Il 8*agit bien ici du plus ou du moins de beauté. Gela ne convient qu'à la comëdie. (L.) * Var. Ni qa en vous revoyant, mon funeste retour
Marquât mon infortune , et non pas mon amour. ^
' Ce trait de défiance et de jalousie est adroit et théâtral par l'cmotion qu'il doit causer à Monime. Tout ce discours, si Ton excepte les premiers vers , n*est pas d'un amant , mais d'un maître. La fin est pleine d'art et de noblesse : on y voit un roi qui sait allier l'amour et la gloire, et qui est grand jusque dans sa foiblesse. (G.)