ACTE n, SCÈNE V
Mais non : dans ce dessein je laurois devancée ' ; L'amour m'en eût d abord inspiré la pensée : C'est moi, prince, c'est moi, dont l'utile secours Vous eût du labyrinthe enseigné les détours. Que de soins m'eût coûtés cette tête charmante ? \ Un fil n'eût point assez rassuré votre amante : Compagne du péril qu'il vous falloit chercher 3, Moi-même devant vous j'aurois voulu marcher; Et Phèdre au labyrinthe avec vous descendue Se seroit avec vous retrçuvée ou perdue 4.
HIPPOLYTE
Dieux! qu'est-ce que j'entends? Madame, oubliez-vous Que Thésée est mon père , et qu'il est votre époux?
' Cette fin an couplet n est imitée de personne : c'est la passion
portée à son comble, c'est Tivresse de Tamour, peinte avec les couleurs les plus brillantes, les plus vives, et les plus vraies. « Quelle « fécondité d*idées, de sentiments, et d'images! » s*écrieici M. Le
Franc de Pompignan , dans sa lettre à Louis Bacine. « Rien n'é- « cbappe à Pbèdre amoureuse ; ce que l'amour lui représente , elle « croit le voir; et tout ce qu'elle voit, elle le rend visible au spec-
« tatenr. . (L. B.)
> Cette épitbète, qui ne s'applique point à un homme dans le
style noble, est ici justifiée et ennoblie par l'excès de la passion.
Dans Bajazet, arle I, se. i, Acomat dit à Osmin, en parlant de la
sultane :
Je plaignis Bajaxet, je loi vantai ses chamiet. (G.)
5 Compagne du péril y pour votre eompayie dans le péril ^ est une de ces finesses de diction qui la rendent poétique. Nous ne les faisons remarquer si rarement dans Racine que parcequ'elles s'offrent à tout moment. (L.)
^ Phèflre ne finit pas ici, comme dans Sénêqne, par un areu formel de son amour, et par un mouvement qui en est la plus humiliante expression. L'égarement est porté à son comble , et son
Sgo PHÈDRE.
PHÈDRE
Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire, Prince? Aurois-je perdu tout le soin de ma gloire?
• HIPPOLYTB.
Madame, pardonnez : j'avoue, en rougissant, Que j accusois à tortun discours innocent. Ma honte ne peut plus soutenir votre vue; Et je vais...
PHÈDRE
Ah, cruel 1 tu m'^ trop entendue!
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur. Hé bien! connois donc Phèdre et toute sa fureur: J'aime. ISe pense pas cju'au moment que je t'aime, Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même; Ni que du fol amour qui trouble ma raison Ma lâche complaisance ait nourri le poison; Objet infortuné des vengeances célestes.
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes- Les dieux m'en sont témoins , ces dieux qui dans mon flanr Ont allumé le feu fatal à tout mon sang; Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle De séduire le cœur d'une foible mortelle. Toi-même en ton esprit rappelle le passé: C'est peu de t'a voir fui, cruel, je t'ai chassé; J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine; Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine. De quoi m'ont profité mes inutiles soins?
secret qui lui échappe n'est que le dernier degré du délire àt la passion. On diroit que toutes les fois que Bacine se sert de ce qu uo autre a fait, c'est pour montrer commeDt il falloit faire. (L)