‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 239 sur 328 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE

THÉRAMÉNE.

Est-ce Phèdre qui fuit, ou plutôt qu'on entraine? Pourquoi, seigneur, pourquoi ces marques de douleur? Je vous vois sans épée, interdit, sans couleur!

HIPPOLYTE

Théraméne, fuyons. Ma surprise est extrême. Je ne puis sans horreur me regarder moi-même. Phèdre... Mais non, grands dieux ! qu'en un profond oubli Cet horrible secret demeure enseveU > !

THÉRAMÉNE.

Si VOUS voulez partir, la voile est préparée. Mais Athènes, seigneur, s'est déjà déclarée; Ses chefs ont pris les voix de toutes ses tribus : Votre frère Femporte, et phèdre a le dessus.

' Cette réserve dans jin pareil moment , ce silence absolu , est Qoe beantë morale qui appartient entièrement à Racine. Il n^est pas besoin de dire combien cette discrétion est supérieure aux déclamations forcenées et froides de Sénèque et d'Euripide dans la même situation, et combien elle répand d*iytérêt sur Hippolyte. Mais on ne peut refuser au poète françois cet éloge , que seul iha connu et saisi, en cet endroit, le vrai caractère de la vertu, dont le poëte grec et le poëte latin ne se sont pas doutés. (L.)

394 PHÈDRE

HIPPOLYTE

Phédrç?

THÉRAMÉNE.

Un héraut chargé des volontés d'Athènes De letat en ses mains vient remettre les rênes. Son fils est roi, seigneur.

HIPPOLYTE

Dieux, qui la connoissez, Est-ce donc sa vertu que vous récompensez?

THÉRAMÉNE.

Cependant un bruit sourd veut que' le roi respire:

On prétend que Thésée a paru dans TÉpire.

Mais moi, qui Yj cherchai, seigneur, je sais trop bien...

HIPPOLYTE

N'importe; écoutons tout, et ne négligeons rien. Examinons ce bruit, remontons à sa source: S'il ne mérite pas d'interrompre ma course, Partons; et, quelque prix qu'il en puisse coûter, Mettons le sceptre aux mains dignes de le porter ^

* Luneau de Boi«j ermain trouve ce second acte un peu vue ato Hon, tout en convenant qu'une scène comme celle de la déclaration de Phèdre suffit pour faire valoir un acte. J'ajouterai qu'elle suffit pour le remplir. Voltaire disoit qu'il falloit regarder les cinq actes d'une tragédie comme cinq provinces^ dont chacune devait avoir sa capitale. En adoptant cette figure^ il me semble que la capitale de ce second acte en vaut bien une autre, et vaut même toute une province. (L.)

f FIN DU SECOND ACTE.

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