SCENE III
PHÈDRE, QENONE.
OENONE
n faut d'un vain amour étoufFer la pensée , Madame; rappelez votre vertu passée :
Le roi, qu'on a cru mort, va paraître à^os yeux; Thésée est arrivé, Thésée est en ces lieux ' . Le peuple pour le voir court et se précipite. . Je sortois par votre ordre, et cherchois Hippolyte, Lorsque jusques au ciel mille cris élancés....
PHÈDRE
Mon époux est vivant , OEnone ; c'est assez. J'ai fait l'indigne aveu d'un amour qui l'outrage; Il vit : je ne veux pas en savoir davantage.
OENONE
Quoi?
Je te l'ai prédit ; mais tu n'as pas voulu ^ :
s Observez qu il n*y a dans toute la pièce d'aatres ressorts d'intrigue pour soutenir, graduer, et varier Faction, que le double incident de la mort de Tkesëe faussement annoncée, et de sou retour inopiné, et qu*il n'en a p^ fallu davantage au poète pour «ne machine de cinq actes. Cependant Faction ne languit nulle part. Cest cette riche simplicité qui est un des caractères du grand ulent. (L.)
* 11 y a dans cette phrase , qui n'est point achevée , Je te rai prédit; mais tu n* as pas voulu ^ une espèce d'ellipse famiUère , qui est d'une singulière vérité. Tout le monde supplée aisément : tu n'as
4oa PHÈDRE.
Sur mes justes remords tes pleurs ont prévalu. Je mourois ce matin digne d être pleurée; J'ai suivi tes conseils Je meurs déshonorée.
OENONE
Vous mourez?
PHÈDRE
Juste ciel! qu'ai-je fait aujourd'hui!
Mon époux va paraître, et son fils avec lui! Je verrai le témom de ma flamme adultère Observer de quel front j ose aborder son père, Le cœur gros de soupirs qu'il n'a point écoutés ', L œil humide de pleurs par Tingrat rebutés! Penses-tu que, sensible à l'honneur de Thésée, Il lui cache l'ardeur dont je suis embrasée? Laissera-t-il trahir et son père et son roi? Pourra-t-il contenir Thorreur qu'il a pour moi? Il se tairoit en vain : je sais mes perfidies, OEnone , et ne suis point de ces fenmies hardies Qui, goûtant dans le crime une tranquille paix, Ont su se faire un front qui ne rougit jamais. Je connois mes fureurs, je les rappelle toutes: Il me semble déjà que ces murs, que ces voûtes Vont prendre la parole, et, prêts à m'accuser,
pas voulu me croire, tu ntis pas voulu me laisser mourir; mais s'en tenir à cette phrase de la conversation ordinaire, tu n as pas voulu, est une manière de peindre le désordre et la vivacité du Sentiment qui préoccupe l'ame, cl cette manière est propre à l'auteur. (L.) Comme ce vers et le suivant sont pleins de tristesse ! £e ccnir gros est une phrase familière ; mais que ne reléveroient pas les soupirs quil na point écoutés? Cest ainsi que l'on tire parti, en poésie, de tontes les sortes de lanjjagc. (L.)