‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 266 sur 328 · HIPPOLYTE, ARICIE, ISMÈNE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE, ARICIE, ISMÈNE

ARIGIE.

Quoi ! vous pouvez vous taire en ce péril extrême? Vous laissez dans Terrear un père qui vous aime? Cruel, si, de mes pleurs méprisant le pouvoir, Vous consentez sans peine à ne me plus revoir, Partez ; séparez-vous de la triste Aricie ; Mais du moins en partant assurez votre vie, Défendez votre honneur d'un reproche honteux. Et forcez votre père à révoquer ses vœux : Il en est temps encor. Pourquoi, par quel caprice, Laissez-vous le champ libre à votre accusatrice? Édaircissez Thésée.

HIPPOLYTE

Hé! que n ai-je point dit!

Aî-je dû mettre au jour l'opprobre de son lit >? Devois-je, en lui jfaisant un récit trop sincère , D^une indigne rougeur couvrir le front d'un père? Vous seule avez percé ce mystère odieux.

' Dans la première édition , Ismène ne fait pas partie des per« sonnages de cette scène.

* jfl^e dàf devoiâ-ie, egt une légère négligence de style. (O.)

434 PHÈDRE

Me puis-je avec honneur dérober avec vous*?

Je sais que , sans blesser Thonneur le plus sévère,

Je me puis afipranchir des mains de votre père :

Ce n est point m'arracher du sein de mes parents;

Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans.

Mais vous m'aimez, seigneur; et ma gloire alarmée...

HIPPOLYTE

Mon, non, j'ai trop de soin de votre renommée. Un plus noble dessein m'amène devant vous : Fuyez vos ennemis, et suivez votre époux. Libres dans nos malheurs, puisque le ciel Tordonne, Le don de notre foi ne dépend de personne. L'hymen n'est point toujours entouré de flambeaux. Aux portes de Trézéne, et parmi ces tombeaux, Des princes de ma race antiques sépultures, Est un temple sacré formidable aux parjures. C'est là que les mortels n'osent jurer en vain : Le perfide y reçoit un châtiment soudain; Et, craignant d'y trouver la mort inévitable. Le mensonge n'a point de frein plus redoutable. Là, si vous m'en croyez, d'un amour éternel Nous irons confirmei^serment solennel; Nous prendrons à témoin le dieu qu'on y révère; Nous le prierons tous deux de nous servir de père. Des dieux les plus sacrés j'attesterai le nom. Et la chaste Diane, et l'auguste Junon, Et tous les dieux enfin, témbins de mes tendresses,

' Me d/rober pour m'enfuir, n'est pas exact : on ne dit pas , àanM un sens absolu , se dérober y comme on dit s'enfuir; mais il me semble qu'on peut accorder aux poètes cette licence. (G.)

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