‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 275 sur 328 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Il soivoit tout pensif le chemin de Mycènes; Sa main sur les chevaux laissoit flotter les rênes;

tenr dont on paisse dire qu'il est trop bean. Quant à la critique de TabW d'Oliret sur le prêtent défini apporta y qui ne doit pas, du moins en prose, se dired*un événement du jour, c'est ici un véritable purisme. S*il n*étoit pas permis en vers de dire qui rapporta pour qui tavoit apporté; si , dans cent occasions pareilles , on ne ponvoit pas mettre le prétérit pour le plus-que-parfait, il ne faudroit pas faire de vers dans notre langue , ou il faudroit la débarrasser de ses détestables auxiliaires qui la font marcher si lentement. (L.) Plusieurs hommes de goût, et entre autres Tauteur du TélémaquCy ont regardé comme une amplification le récit de la mort dHippolyte. Les longs récits étoient à la mode alors. La Tanité d'un acteur veut se faire écouter. On avoit pour eux cette complaisance ; elle a été fort blâmée. L*archevéque de Cambrai prétend que Théramêne ne devoit pas, après la catastrophe d'Hippolyte, avoir la force de parler si long-temps; qu'il se plaît trop à décrire Us cornes menaçantes du monstre , et ses écailles jaunissantes y et sa croupe qui se recourbe; qu'il devoit dire, d'une voix entrecoupée: Hippolyie est mort; un monstre Ca fait périr; je l'ai vu. Je ne prétends point défendre les écailles jaunissantes y et la croupe qui se recourbe; mais, en général, cette critique souvent répétée me paroit injuste. On veut que Théramêne dise seulement Hippolyte est mort y je Vai vu y c'en est fait. C'est précisément ce qu'il dit en moins de mots encore... Hippblyte nest plus. Le père s'écrie ; Théramêne ne reprend ses sens que pout dire :

. . . J*ai TU des mortek périr le plus aimable ; et il ajoute ce vers si nécessaire, si touchant, si désespérant pour Thésée:

Et j ose dire encor, seigneur, le moins conpable. La gradation est pleinement observée , les nuances se font sentir l'une après l'autre. Le père attendri demande quel dieu lui a ravi sonfilsy quelle foudre soudaine?... Et il n'a pas le courage d'achever; il reste muet dans sa douleur; il attend ce récit fatal ; le public l'attend de même. Théramêne doit répondre , on lui de-

Ses superbes coursiers, qu'on voyoit autrefois ' Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix, L œil morne malhtenant, et la tête baissée, Sembloient se conformer à sa triste pensée. Un effroyable cri , sorti du fond des flots, Des airs en ce moment a troublé le repos ; Et , du sein de la terre , une voix formidable Répond en gémissant à ce cri redoutable. Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s est glacé; Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé. Cependant, sur le dos de la plaine liquide, S'élève à gros bouillcms une montagne humide; L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux, Parmi des flots d'écume, un monstre furieux.

mande des détails, il doit en donner. Quel est le spectateur qui voudroit ne le pas entendre , ne pas jouir du plaisir doaloareui d'écouter'les circonstances de la mort d*Rippolyte?QuiTODdroit même qu'on en retranchât quatre vers ? Ce n est pas là une vaine description d*ttne tempête , inutile à la pièce ; ce n'est pas là une amplification mal écrite ; c'est la diction la plus pure et la plus touchante : enfin c'est Racine. (Volt.)

' Ces quatre vers me paroissent une lon^eur, et ont même iiim> sorte de recherche. Les précédents sont à leur place, parceqae Théramène a dû être frappé de cette espèce de calme métancolique et profond qui accompagne le départ de son mattre dans I^J premiers moments , et qui est troublé tout-à-coup par un accident si épouyantable. Ce contraste a dû être saisi ; mais aller jusqu'à s'occuper d'un rapport de con/onntf^ entre la tristesse des chevaox et la pensée d'Hippolyte, c'est passer les bornes, et ce n'étoit pas là le moment d'imiter Homère et Virgile quand ils font pleurer les chevaux. L'idée de ces quatre beaux vers n'est pas fausse ; elle est déplacée , et d'autant plus que Thésée est pressé d'entendre le fait, et que Théramène doit l'être d'y venir. (L.)

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