‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 276 sur 328 · ACTE V, SCÈNE VL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VL

Son fitmt large est armé de oomes menaçantes ■ ; Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes ; Indomptable taureau, dragon impétueux, Sa croupe se recourbe en replis tortueux; Ses longs mugissements font trembler le rivage. Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage; La terre s en émeut, lair en est infecté; Le flot qui lapporta recule épouvanté.

Tout fuit; et, sans s'armer d'un courage inutile, Dans le temple voisin chacun cherche un asile. Hippolyte lui seul, digne 61s d'un héros, Arrête ses coursiers , saisit ses javelots ',

> Ces huit vera ne pou'voient-ils pas se réduire à quatre? Les écailles jaunissantes ne font rien à la chose, non pFus que les cornes menaçantes f puisque \e monstre est taureau, ni la terre qui s* en émeut. On ne peut trop vite aller an fait.

Set longs mogissements font trembler le rivage ; Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage. lodMnptable taureau, dragon impétueux, Sa croupe se recourbe en replis tortueux. Tout fuit, etc.

Il me semble que de cette manière te monstre étoit suffisamment dépeint (car il falloit le dépeindre, quoi qu'en aient dit les critiques ) ; et alors la description ne ralentissoit plus la narration. (L.)

* firamoy reproche aigrement à Racine d'avoir fait des lâches des compa^^nons d'Hippolyte ; mais ce n'est pas des compagnons d'Hippolyte qu'il s'agit ici. Il s'agit de montrer dans ce dernier moment le fils d'un héros, le fils de Thésée, celui qui se plaignoit de n'avoir point encore dompté de monstres. Tout fuit, et lui seul est intrépide ; il fait au monstre une large blessure; il n'est pas vaincu; c'est l'épouvante de ses chevaux qui le lait périr, et son malheur excite d'autant plus de pitié qu'on admire plus son courage. Ce

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Pousse au monstre , et d'un dard lancé d'une main sûre «

Il lui fait dans le flanc une large blessure.

De rage et de douleur le monstre bondissant

Vient aux pieds des chevaux tomber en mu^ssant.

Se roule , et leur présente une gueule enflammée

Qui les couvre de feu, de sang, et de fumée.

La frayeur les emporte; et, sourds à cette fois.

Ils ne oonnoissent plus ni le frein ni la voix;

En efforts impuissants leur maître se consume;

Ils rougissent le mors d une sanglante écume.

On dit qu on a vu même, en ce désordre affreux.

Un dieu qui d'aiguillons pressoit leur flanc poudreux.

A travers les rochers la peur les précipite;

L'essieu crie et se rompt* : Fintrépide Hippolyte

Voit voler en éclats tout son char fracassé;

Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

Excusez ma douleur : cette image cruelle

Sera pour moi de pleurs une source étemelle.

J'ai vu, seigneur, j'ai vu votre malheureux fils

Traîné par les chevaux que sa main a nourris.

Il veut les rappeler, et sa voix les effraie;

Ils courent: tout son corps n'est bientôt qu'un<e plaie.

combat d*Hippolyte est de Tinvention de Racine, et il faat lai en savoir grë. Elle lui a fourni un tableau de plus, celui de la chute du monstre. (L.)

' On a souvent rappelé Tharmonie imitative de cet hëmistidke. On ne s*attend pas sans doute que nous relevions tontes les beautés de ce style descriptif. On sait asses que ce morceau en est, dans notre langue , un des modèles les plus accomplis que nons puissions opposer aux anciens. (L.)

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