ACTE V, SCÈNE VI
De nos cris douloureux la plaine retentit. Leur fougue impétueuse enfin se ralentit: Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques Où des rois ses aïeux sont les froides reliques '. J'y cours en soupirant, et sa garde me suit : De son généreux sang la trace nous conduit; Les rochers en sont teints; les ronces dégouttantes Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes. J'arrive, je lappelle; et, me tendant la main, Il ouvre un œil mourant, qu'il referme soudain : «c Le ciel , dit-il , m'arrache une innocente vie. « Prends soin après ma mort de la triste Aricie. « Cher ami , si mon père un jour désabusé « Plaint le malheur d'un fils faussement accusé, « Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive, « Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive; « Qu'il lui rende... » A ce mot, ce héros expiré > N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré : Triste objet où des dieux triomphe la colère,
' Nous aTODs eu occasion de remarquer, dans Bajazet, que reliques est le relUfuiœ des Latins, qui, chez eux, signifioit les restes de quelque chose de grand. Employé seul dans notre langue , ce mot ne se dit que des choses saintes ; mais , joint à une ëpithète , il conserve la signification latine. Cependant Voltaire a remarqué que dans ce dernier sens ce mot a vieilli.
* On reproche à Racine le héros expiré. Quelle misérable vétille de grammaire ! Pourquoi ne pas dire ce héros expiré, comme on dit t7 est expiré y il a expiré? Il faut remercier Racine d'avoir enrichi la langue, à laquelle il a donné tant de charmes, en ne disant jamais que ce qu'il doit , lorsque les autres disent tout ce qulls peuvent. (Voit.)
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Et que méconnoitroit Foeil même de son père>.
O mon fibl dier espoir que je me suis ravi ! Inexorables dieux, qui m'avez trop servi! A quels mortels regrets ma vie est réservée!
THÉRAMÉNE.
La timide Aride est alors arivée :
Elle venoit, seigneur, fuyant votre courroux,
A la face des dieux laccepter pour époux.
Elle approche; elle voit Therbe rouge et fumante;
Elle voit ( quel objet pour les yeux d une amante! )
Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur.
' La description du monstre, dans Ovide, semble avoir fourni à Racine quelques traits qu*il a fort embeltis':
« Jamque CorÎDtkiaci carpebun littora poAti,
m Cùm mare torreut, cnmnlntqae iosmanic aqturam
• In mentis tpeciem currart, et crescere , vinu, « Et dare mogttnt» summoque cacnmine findi.
■ Corniger hinc taurus mptis ezpcUimr ondis, , « Pectoribnsqae tenus molles erectns in auras,
m Naribus et patolo partem maris eromit ore.
« Corda pavent comitmn, milii mens interriu mansii,
« Exsiliis contenta suis : cùm ccdla féroces ^
• Ad fréu convertont, arrectisqne anribns , horrent « Quadrupèdes; monstriqne metn turbantur, et aitts « Pnecipitant cnrram scopniit. Ego dncere Taoâ
« Frena manu , spumit albentibos oblita , Inctor ; •• Et rétro lentas tendo resnpinus habenaa..
• Nec vires tamen bas rabies superasset equorum,
■ Ni rotâ , perpetuom quâ circQmvertiiur aum,
" Stipitis occursn fracta ac disjecta fnisset. *
« Ezcutior curm , lorisque tenentibus arms ,
« Viscera vtra trabi, nervos in stirpe teneri,
m Membra rapi partira , partira reprensa relinqni ,
•• Ossa gravera dare (racta sonnm, fessamqae videre»