‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 280 sur 328 · ACTE V, SCÈNE VIL 45i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIL 45i

Tout semble s'élever contre mon injustice; L'éclat de mon nom même augmente mon supplice : Moins connu des mortels» je me caclierois mieux. Je hais jusques aux soins dont m'honorent les dieux; Et je m'en vais pleurer leurs &veurs meurtrières , Sans plus les fatiguer d'inutiles prières. Quoi qu'ils fissent pour moi» leur fioneste bonté Ne me sauroijt payer de ce qu'ils m'ont ôté.

PHÈDRE

Non , Thésée , il faut rompre un injuste silence ; Il faut à votre fils rendre son innocence : Il n'étoit point coupable ' .

THÉSÉB.

Ah 1 père infortuné ! * Et c'est sur votre foi que je l'ai condamné > !

' Racine s etoit proposé d'inspirer pins de pitié pour Phèdre coapable que pour Hippolyte innocent, et il en est venu À bout. Pourquoi? Ed voici, je crois » les raisons : Cest que Phèdre est à plaindre pendant toute la pièce, par sa passion» ses remords, ec ses combats, et qu*HippoIyte n'est à plaindre que par sa mort; jusque-là , tout calomnié, tout proscrit qu*il est par son père, il a pour lui le tânoi^age de sa conscience et ramour d'Aricie. Phèdre au contraire est malbearease p^r son CGenr^ malheureuse par son crime, et par conséquent malheureuse sans consolation et^ns remède; en sorte qu'il n*y a personne qui, dans le fond de son arae, ne préférât le sort d*Hippolyte au sien, et d'autant plus que l'un parolt toujours cadme , et Tantre toujours tourmentée. Cest un tableau dèji malheurs du crime et de ceux de la vertu , et le peintre a mis au bas : Choisissez. (L.)

« Thésée prononce lui-même son arrêt : quel père condamne son fils sur la foi d'une belle-mère ? Mais ce n'est pas même sur la foi de Phèdre qu'il a condamné Uippolyte ; c'est sur la foi d*OEnone , sur la foi d'une confidente ! (G.)

452 PHÈDRE

Cruelle! pensez-vous être assez excusée...

PHÈDRE

Les moments me sont chers; écoutez-moi, Thésée: C'est moi qui , sur ce fils chaste et respectueux , Osai jeter un œil profane, incestueux.

Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste : La détestable Œnone a conduit tout le reste. Elle a craint qu^Hippolyte, instruit de ma (tireur. Ne découvrit un feu qui lui faisoit horreur : La perfide , abusant de ma fbiblesse extrême. S'est hâtée à vos yeux de laccuser lui-même. Elle s'en est punie, et, fuyant mon courroux, A cherché dans les flots un supplice trop doux. Le fer aurait déjà tranché ma destinée; Mais je laissois gémir la vertu soupçonnée: J ai voulu, devant vous exposant mes remords , Par un chemin plus lent descendre chez les morts. J'ai pris, j'ai fisiit couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médée apporta dans Athènes. Déjà jusqu'à mon cœur le venin parvenu Dans ce cœur expirant jette un froid inconnu; Déjà je ne vois plus qu'à travers un nuage Et let;iel et l'époux que ma présence outrage ; Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté, Bend au jour qu'ils souilloient toute sa pureté > .

' Chez Sénèque, Phèdre Tient aussi s accuser elle-même, et mourir sur le théâtre. Mais ce qui met une grande différence entre les deux scènes , c'est que la Phèdre du poëte latin n*est point monrame ; elle n*est ni affoiblie par le poison , ni accablée par les remords ; elle tient en main une épéc , probablement celle dliippo-

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