‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 281 sur 328 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

PANOPE

Elle expire, seigneur!

D'une action si noire Que ne peut avec elle expirer la mémoii^e!

Ijte. Elle ose encore braver son époux; elle fiit éclater devant lui aa pastion pour Hippolyte, avec d*autant plus de force et d'audace, qu'elle a sous les yeux le cadavre de ce jeune homme, et qa*elle est décidée à mourir. Ses discours, pleius d'extravagances et de déclamations, étincellent pourum de quelques beautés. (G.) Elle s'écrie :

• Hippolyte , taies intnor vnkat tnoi ;

• Taletqne feci !

m Heo me ! qa6 tuas fugit décor, « Ocoliqae , nostnun sidus? Exanimit jaces? « Ades pamnper, verbaque eiaadi mea :

■ Nil uvpe loquimor. Hac manu pœnat tibi

• Solvam , et neiando pectori ferrom inseram ,

m Anioiâque Phaedraro paritcr ac sceleie cxuam ;

• Et te per nodas, perque Tarureot beat,

« Per Scyga , per amnes igneot amens sequar. « Placemna mnfara*. Capitit exttviat cape ,

• Laceraeqne frontis accipe abscissam comam. " Non licuit animos jungere. At certè licet

«■ Jmixicse fau. Morere, si casia es, Tire ;

• Si iocetta amori. ... « «Oinors,amoris nna sedamenmali, ^

« 0 mors, pudoris maximam l«si dccus , m Confngimns ad te ! Pande pbcato* sUius. « Andtte, Athene; tuque ftinestâ pater " Pejor novercâ : falsa memoravi; et nefas , « Qood ipsa démens pectore iosano haateram , • % Mentita finxi. Falsa punisti pater ;

• Jnveniique castus criaaae inceste jacei , « Padicus, insotts. Recîpe jam mores taos ;

• Mncrone pcctus impinm justo palet, « Cmorque sancto solvet ioferias vîro.

454 PHÈDRE

Allons, de mon erreur, hélas! trop édairdss Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils! Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste,

•• Qoid £icere rapto debeat nato parens^ m Disce ei novrl'c : condere Acherontis pU((it. • (Sbrbc. Hippofyt, act. V. )

"O Hippolyte! est-ce toi? Voilà donc Vêtait où je t*ai ràlait'. Malheureuse! qu'est devenue sa beau^? Gomment a pu se ternir Téclat de ses yeux? Hippolyte, tu n'es plus! Ah! reviens i la vie! Ne crains pas d'entendre ma voix; je ne forme plus des vœux criminels. Ma main saura bien me punir ; je vais percer ce cœur coupable, et en arracher à-la-fois et le crime et la vie. Hippolyte, attends-moi. Je vais te suivre à travers le Styx , à travers les eaux du Tan are et. ses fleuves de feu. Mais, pour apaiser ton ondire, reçois cette chevelure, inutile ornement de mon front déchire. Nos cœurs n'ont pu s'unir, unissons du moins nos destinées. Meurs , Phèdre ! Si tu es chaste , meurs pour ton époux ; si tu es criminelle, meurs pour ton amant... O mort ! dernier soulagement d'un amour malheureux ! seule gloire qui reste à la pudeur outragée ! sois mon refuge; ouvre-moi ton sein paisible. O Athènes! écoute-moi; écoute-moi, père dénaturé, plus funeste à ton 61s qu'une marâtre. Oui , je vous ai trompés ! J'ai calomnié Hunocence, je Tai accusée d'un crime dont mon cœur en délire étoit seul coupable. O père! tu n'as puni qu'un forfait imaginaire. Ton fils, chaste, pudique, vertueux, est tombé victime du mensonge. Hippolyte, reprends ta renommée! que ce fer te venge, qu'il perce ce cœur impie; c'est à mon sang d'expier mon offense. Et toi, Thésée, apprends d'une marâtre le devoir d'un père qui a perdu son fils. Viens cacher ta douleur dans les abinles du Tartare. •

' Geoffroy pense que lé mot éclatreis ne devroit pas être au pluriel. Cependant on peut supposer, sans s'écarter de la vérité^ que Thésée s'adresse ici à Théramène et à Panope; et, dans ce cas , il n'y auroit point de faute. Cest comme si Racine avoit dit :

Allons , de mon erreur tous trots trop éclaircit , Mêler nos pleurs an sang de mon malbeurem fih.

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