DE SÉNÈQUE IMITÉS PAR RACINE
Racine a suivi la marche de Sénéque beaucoup pkis que cette d'Euripide, plus étrangère à nos mœurs. Chez lui y comme chez le poëte latin, Phèdre fait elle-même sa déclaration, s'abandonne à tous les transports d'une passion insensée, et finit par une mort volontaire, après avoir confessé son crime et rendu témoignage à Finnocence. Racine a recueilli, avec un discernement exquis, tout ce qu'il y avoit de bon dans ce fatras de Sénéque. Le plus heureux emprunt que le poëte françois lui ait fait, c'est celui de la déclaration de Phèdre. (G.) Pour mettre le lecteur en état de décider entre l'original et la copie , nous traduisons ici la scène entière de Sénéque :
* PHÈDRE, HIPPOLYTE, la nourrice, esclaves.
PHÈDRE
Qui me rend à ma douleur? qui rallume dans mon sein ces flammes dévorantes? Heureuse ! j'avois perdu le sen-
*PHiEDRA, HIPPOLYTUS, wutrix, famuli.
PHADRA.
Quifl me dolori reddit , atque sstus graves Reponit animo ? Quam benè excideram mihi !
timent de mes maux. Mais pourquoi repousd^er le doux présent de la vie qui m'est rendue? Phèdre, rassure-toi , essaie de le fiéchir , exécute ce que ton cœur a résolu , parle avec assurance; c'est la timidité de la prière qui fait naître les refus. Déjà la plus ^ande partie de mon crime est consommée; il est trop tard pour se repentir. J'ai brûlé d'une flamme incestueuse; mais, si mes vœux s'accomplissent, l'hymen peut effacer la honte de mon amour: il est des crimes que le succès justifie.... Je le vois, ne tardons plus. Hippolyte , daignez m'accorder un entretien secret. Que votre suite s'éloigne.
HIPPOLTTE.
Reine, vous le voyez, il n'y a plus ici de témoins importuns.