PHÈDRE, LA NOURRICE, LE CHOEUR
LA NOURRICE
O triste condition des mortels ! Que de maux accablent l'humanité ! Que faire pour vous soulager ? Vous voyez le jour, vous respirez l'air; j'ai fait apporter ici votre lit. Vous vouliez sortir du palais, peut-être voudrez-vous bientôt rentrer dans votre appartement : car vos vœux sont toujours flottants. Rien ne peut vous satisfaire. Ce que vous avez cesse de vous plaire ; vous desirez ce que vous n'avet pas. Le malade est encore moins à plaindre que ce}ui qui le sert: le malade n'a que son mal à souf- • frir ; celui qui le sert a l'inquiétude de l'esprit et la fatigue . du corps. Tous les jours de l'homme sont tissus par la douleur; il n'a ni repos ni trêve à ses peines. Une épaisse obscurité dérobe à ses yeux un état et un séjour meilleur
' Voyes b tcènt troisième du pemi«r acte de la Phèdre de Racine,
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que le nôtre. Amants malheureux de cette lumière que nous voyons briller sur la terre, nous ne connoissons point d^autre bien, nous ne pouvons découvrir ce qui se passe dans un autre uniyers, et nous nous laissons bercer par les fables des poètes.
Soutenez mon corps, levez ma tête: mes membres rompus se désunissent, 6 mes amies! Mes bras et mes mains tombent sans force l Que ces voiles pèsent sur ma tête ! Délivrez-moi de ce fardeau f laissez flotter mes cheveux.
LA NOURRICE
Courag^e, ma chère enfant! N'a^tez pas votre corps : la tranquillité et la patience adoucissent les maux; souffrir est le partage de Thumanité..
PHÈDRE
O dieux ! que ne puis-je me désaltérer dans Feau pure d'une claire fontaine! que ne suis-je étendue à Fombre des peupliers d'une verte prairie ! ^
LA NOURRICE
Que dites -vous, ma fille? ^e parlez pas ainsi devant un si grand nombre de témoins : vos discours feroient croire que votre raison est égarée.
PHÈDRE
Oh, conduisez -moi sur la montagne! Je veux aUer dans les forêts de pins, où les chiens poursuivent avec ardeur les animaux sauvages, et s'élancent sur les traces du cerf: je veux les animer de la voix,* et lancer le dard thessalien >.
LA NOURRICE
Hé de quoi vous occupez-vous donc, 6 ma fille! laissez là la chasse et les chasseurs. Qu'avez-vous besoin d'al-
' Le texte «joute, en levant la main auprès de ta tèU ornée de blonds cheveux, pour exprimer lattilude de celui qui lance le dard : les Thcssali«ns «toient tr^s habiles dans cet exercice. (G.)