ACTE II, SCÈNE II
1er cbercher des fontaines? Du .sein du rocher de là citadelle sVnfuit un clair ruisseau qui peut vous fournir une onde salutaire.
PHÂDRE*.
O Diane, toi qui présides à la plaine sacrée de Limna, où s'exercent les coursiers rapides, que ne suis -je dans cette arène occupée à dompter un cheval fou(jueux » ?
LA NOURRICE
Quelle est donc cette nouvelle fantaisie? Vous étiez tout-à-1'heure sur la montafjne, ardente à poursuivre les hôtes des forets, et maintenant vous voilà éprise de la poussière du gymnase et des exercices des chevaux! Il faut envoyer consulter To racle; il faut savoir quel dieu vous agite et trouhle vos esprits.
PHÈDRE
Qu'ai-je fait, malheureuse? où mes sens se sont-ils égarés? Hélas! j^ai perdu la raison : un dieu cruel m'en a ravi l'usage! O infortunée! Chère nourrice, rends-moi mon voile, couvre-moi la tête: je rougis des discours insensés qui me sont échappés. Cache-moi : les larmes inondent mon visage, et la honte m'empêche de lever les yeux. Que le retour à la raison est douloureux! L'égarement de l'esprit est sans doute un malheur; mais, quand il faut périr, ne vaut-il pas mieux suhir son sort sans le connoitre? LA NOURRICE, /m* remettant son voile»
Je vous ohéis: je couvre votre tête. Quand la mort viendra-t-elle étendre un voile sur la mienne^? {à part.) J'ai l'expérience d'une longue vie : je crois que les foi)>le$
' Le texte dit : etfuos venetos domaus , • domptant des chevaux vcni- » tiens. » Les Vénitiens , ou Hénétes , habitoient lu Pnphlagonte ; ils cxcelloient à élever et h dresser les cbcvanx. Après la guerre de Troie » ils s'emparèrent, sous la conduite d'Anténor, de cette partie de l'Italie où esc aujourd'hui située Venise. (G.)
' Allusion à l'usage de jeter an voile sur ceux qui venoient d'expirer.
mortels ne sont pas faits pour se lier si étroitement les uns aux autres. Il ne faut pa$ que leurs affections péné* trent jusqu^au fond de Famé : maîtres de leurs sentiments^ ils doivent pouvoir les détruire, les modérer, les augmenter à leur QTé, II est bien cruel de souffrir pour deux : telle est cependant ma situation auprès de Phèdre. Un attachement trop fort cause, dit -on, plus de peine que de plaisir*, il est plus nuisible qu'utile au repos de la vie : l'excès de la sensibilité est une source de douleur. Rien de trop, c'est ma maxime et celle des sages.
( Pbédre voilée reste couchée , an^Antie par l'excèt de ses sonffranees s le choeur la contemple avec le plus vif intérêt ; la nourrice immobile paroit plongée dans la douleur. )
LE CHOEUR, après quelqtfes instants de silence. O vous, sage dépositaire des secrets de PUédre, et sa nourrice fidèle, nous voyons les maux de la reine; mais nous en ignorons la nature, et c'est de vous que nous dédirons de l'apprendre.
LA NOURRICE
liélas! je l'ignore moi-même. Je cherche en vain à U découvrir : la reine s'obstine au silence.
LE CHOEUR
Et l'origine de cette maladie funeste?
LA NOURRICE
Je ne le sais pa^ davantage : sur ses maux Phèdre se tSL\$,
LE CUOKUR.
Comme elle est foible et languissante! comme son corps est desséché T
LA NOURRICE
Comment pe le seroit-il pas? depuis trois jours elle n'a pris aucune nourriture.
Est-ce la maladie qui la force à rejeter tout aliment? est*ce un dessein formé de mourir? . .