‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 294 sur 328 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

1er cbercher des fontaines? Du .sein du rocher de là citadelle sVnfuit un clair ruisseau qui peut vous fournir une onde salutaire.

PHÂDRE*.

O Diane, toi qui présides à la plaine sacrée de Limna, où s'exercent les coursiers rapides, que ne suis -je dans cette arène occupée à dompter un cheval fou(jueux » ?

LA NOURRICE

Quelle est donc cette nouvelle fantaisie? Vous étiez tout-à-1'heure sur la montafjne, ardente à poursuivre les hôtes des forets, et maintenant vous voilà éprise de la poussière du gymnase et des exercices des chevaux! Il faut envoyer consulter To racle; il faut savoir quel dieu vous agite et trouhle vos esprits.

PHÈDRE

Qu'ai-je fait, malheureuse? où mes sens se sont-ils égarés? Hélas! j^ai perdu la raison : un dieu cruel m'en a ravi l'usage! O infortunée! Chère nourrice, rends-moi mon voile, couvre-moi la tête: je rougis des discours insensés qui me sont échappés. Cache-moi : les larmes inondent mon visage, et la honte m'empêche de lever les yeux. Que le retour à la raison est douloureux! L'égarement de l'esprit est sans doute un malheur; mais, quand il faut périr, ne vaut-il pas mieux suhir son sort sans le connoitre? LA NOURRICE, /m* remettant son voile»

Je vous ohéis: je couvre votre tête. Quand la mort viendra-t-elle étendre un voile sur la mienne^? {à part.) J'ai l'expérience d'une longue vie : je crois que les foi)>le$

' Le texte dit : etfuos venetos domaus , • domptant des chevaux vcni- » tiens. » Les Vénitiens , ou Hénétes , habitoient lu Pnphlagonte ; ils cxcelloient à élever et h dresser les cbcvanx. Après la guerre de Troie » ils s'emparèrent, sous la conduite d'Anténor, de cette partie de l'Italie où esc aujourd'hui située Venise. (G.)

' Allusion à l'usage de jeter an voile sur ceux qui venoient d'expirer.

mortels ne sont pas faits pour se lier si étroitement les uns aux autres. Il ne faut pa$ que leurs affections péné* trent jusqu^au fond de Famé : maîtres de leurs sentiments^ ils doivent pouvoir les détruire, les modérer, les augmenter à leur QTé, II est bien cruel de souffrir pour deux : telle est cependant ma situation auprès de Phèdre. Un attachement trop fort cause, dit -on, plus de peine que de plaisir*, il est plus nuisible qu'utile au repos de la vie : l'excès de la sensibilité est une source de douleur. Rien de trop, c'est ma maxime et celle des sages.

( Pbédre voilée reste couchée , an^Antie par l'excèt de ses sonffranees s le choeur la contemple avec le plus vif intérêt ; la nourrice immobile paroit plongée dans la douleur. )

LE CHOEUR, après quelqtfes instants de silence. O vous, sage dépositaire des secrets de PUédre, et sa nourrice fidèle, nous voyons les maux de la reine; mais nous en ignorons la nature, et c'est de vous que nous dédirons de l'apprendre.

LA NOURRICE

liélas! je l'ignore moi-même. Je cherche en vain à U découvrir : la reine s'obstine au silence.

LE CHOEUR

Et l'origine de cette maladie funeste?

LA NOURRICE

Je ne le sais pa^ davantage : sur ses maux Phèdre se tSL\$,

LE CUOKUR.

Comme elle est foible et languissante! comme son corps est desséché T

LA NOURRICE

Comment pe le seroit-il pas? depuis trois jours elle n'a pris aucune nourriture.

Est-ce la maladie qui la force à rejeter tout aliment? est*ce un dessein formé de mourir? . .

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