ACTE II, SCÈNE II
LA NOURRICE
Oui, de mourir: c'est pour terminer sa vie qu'elle refuse tout ce qui peut la prolonger.
LE CHOEUR
Ce discours m'étonne. Mais Thésée, son époux, comment est-il affecté d'une pareille situation?
Lk nOURRICE.
Elle s'efforce de la lui cacher ; elle proteste que sa santé n'est point altérée.
tE CHOEUR.
Mais ne suffit-il pas à Thésée de la regarder pour connottre la vérité?
' LA NOURIUCE.
Dans ce moment il est absent.
LE CHOEUR
Et vous , pourquoi n'employez-vous pas tous les moyens qui sont en votre pouvoir pour la forcer h vous confier le seeret de ses douleurs et de son égarement?
LA NOURRICE
J'ai mis tout en œuvre, sans recueillir aucun fruit de mes efforts; mais je ne me rebute pas. Je continuerai à la presser avec une ardeur toujours nouvelle; et vous serez vous-mêmes témoins du zèle qui m'enflamme pour mes maîtres quand ils sont malheureux. {Elle se tourne ven Phèdre.) Ma chère enfant, oublions tout ce qui s'est dit jusqu'à présent; montrez -vous plus sensible à nos prières; éclaircissez ce front chargé d'ennuis; prenez des sentiments plus doux ; excusez les reproches qui peuvent être échappés à l'excès de ma douleur. Je vais vous parler avec plus de modération et de prudence. Si votre mal est de la nature de ceux dont notre sexe doit dérober la connoissance aux hommes, ces femmes sont prêtes à vous secourir. Si votre maladie n'exige point lé secret, ayez recours à l'art des médecins. Vous vous taisez... Mais il ne
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faut point ici se taire : il faut me prouver que je me trompe, ou faire ce que je dis si j^ai raison. Hé bien, pariez... Tournez du moins vers moi les yeux... Elle s'obstine daiB ce fatal silence. Quel est donc mon malheur? Vains efforts ! ( au chœur. ) Vous le voyez, je ne puis rien sur son esprit. J'ai beau redoubler chaque jour mes instances, je n'ai pas fait jusqu'ici le moindre progrès: toujours la même insensibilité à mes prières et à mes larmes. (à Phèdre.) Eh bien, cruelle, plus sourde à mes vœux que les flots de la mer, mourez, puisque telle est votre envie; mais sachez que votre mort entraîne la ruine de vos enfants! bientôt ils seront chassés de la maison paternelle; ils céderont la place au fils de l'étrangère. Vous connoissez ce superbe ennemi de notre sexe , cet orgueilleux jeune homme à qui une Amazone a donné le jour^ et dont la fierté convient si peu à sa naissance illégitime, cet Hippolyte...
PHÈDRE
Ah dieux !
LA NOURRICE
Ce reproche vous touche.
PHEDRE
Ah ! dans quel trouble tu m'as jetée ! Que jamais, je t'en conjure par tous les dieux, ce funeste nom ne soit prononcé devant moi !
LA NOURRICE
Oui, sans doute, ce nom doit vous être odieux : votre haine est juste. Mais réglez votre conduite sur vos sentiments: vivez pour sauver vos enfants; votre mort 1^, livre à leur ennemi.
PHEDRE
J'aime mes* enfants, je voudrois vivre pour eux ; mais mon cruel destin veut aujourd'hui que je meure.