‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 296 sur 328 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

LA NOURRICE

O ma fiUe, vos mains ne se sont point trempées dans le sang!

PHÈDRE.'

Mes mains sont pures : mon cœur seul est souîHé.

LA NOURRICE

Un perfide ennemi n'exerceroit-il point sur vous sa vengeance par quelque maléfice?

PHiURE.

Ah ! c'est plutôt un ami qui , sans le vouloir, m'entraîne au tombeau!

LA NOURRICE

Quoi! Thésée, seroit^il coupable de quelque infidélité envers vous?

PHEDRE

Plaise au ciel qu'on ne m'en reproche jamais aucune envers lui !

LA NOURRICE

Quel est donc ce terrible malheur qui vous force à mourir?

PHÈDRE

Que t'importe mon crime? ce n'est pas envers toi que je suis criminelle.

LA NOURRICE

Je veux le connoitre : je mourrai près de vous plutôt que de vous abandonner.

PHÈDRE

Que fais-tu? Pourquoi Rattacher à ma main? quelle est oette violence?

LA NOURRICE

J^embrasse vos genoux, je ne les quitterai point.

IPHÈDRE.

Malheur k toi si je te fais cette horrible confidence !

49^ HIPPOLYTE

LA NOURRICE

Est-il un plus grand malheur pour moi/que celui de vous perdre?

PHiDRE.

Tu me perdras; mais je sauverai mon honneur.

LA NOURRICE

Et pourquoi me cacher ce qui vous fait honneur? Gest pour votre intérêt que je vous presse de parler >.

Mais, si je parle, l'honneur sVvanouit et ae change en opprobre.

LA NOURRltE.

Votre confiance en vos amis ne sera-t-elle pa» pour vous plus honorable qu'un pareil silence?

PHÈDRE

Ah! retire-toi. Au nom des dieux, laisse ma main!

LA NOURRICE

Non, puisque vousne m'avez pas fait le don que j'attends.

PHÈDRE

Eh bien! je vais te satisfaire. Je respecte ta main suppliante.

LA NOURRICE

Je me tais donc : c'est à vous maintenant de parler.

PHÈDRE

O ma mère! de quel fatal amour ne fûtes^vous pas la victime!

LA NOURRICE

Pourquoi rappeler cette passion insensée '? .

' Cette méprUe de la noarrice n'est qu'une froide subtilité sur le moi honneur. Phèdre veut dire qu'elle tauvera son lionneur en emponam arec elle son secret dans le tombeau ; ia nourrice feini de ne pas l'entciMirc, Il en résulte quelque embarras et quelque ojwcuritë dans le texte. (6.)

' Le teste dit littéralement t Parlez^-vùus du Vamour queUe mtt pour «m taureau; ou tjwe vculex^'vous dire? (G.)

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