ACTE II, SCÈNE II
PBÂDRB.
Et toi, soet^ infortunée, épouse de Bacchus !
LA NOURRICE
Que dites^TOQS, Ina fille? Écartez des souvenirs injurieux à votre illustre famille.
PHÂDRE.
Et moi, la troisième et la plus malheureuse, comment Tais-je terminer mes jours?
• LA NOURRICE
Je tremble. Où doit aboutir ce discours?
PHEDRE
Ma mort aura la même cause : l'origine de nos maux n'est pas nouvelle.
LA NOPRRICE.
Je n'en suis pas plus instruite de ce que je veux savoir.
p^ispRE.
Hélas I que ne peux-tu me dire toi-même ce qu'il faut que je dise ■ !
LA NOURRICE
Je ne possède pas l'art de deviner.
Pl^éDRB.
Dis-moi : quel est ce sentiment que l'on nomme amour?
LA NOURRICE
Ah! c'est le plus doux, et souvent le plus douloureux qu'on puisse éprouver.
PMéDRE.
Hé bien! je n'en ai éprouvé que les douleurs.
' Aristophane, daiM la comédie des Chevaliers, parodie ce vers d'Eu- .ripide. Il introdait Dëmosthènes et Nicias, travestis en esclaves qui veulent s'enfuir de la maison de leur mattre , et n'osent s'expliquer sur un article aussi déUcat; Démosihènes dit : > Que ne peua-tu me prévenir, et « dire toi-même ce qu'il faut que je dise? ■ Nicias répond: • Je voudrois « pouvoir le dire finement, et à la manière d'Euripide. (G.)
494 HIPPOLYTE
LA NOURRICE
Que dites-vous, ma fille? Vous aimes ' ! •
PHÈDRE
Quel est celui qu'on appelle le fils de l'Amazone?
LA NOURRICF.
Hippolyte?
PHÈDRE
C*est toi qui l'as nomme !
LA NOURRICE
Hélas ! qu'ai-je entendu? c'est fait de moi , 6 femmes de Trézéne! Gomment soutenir une pareille confidence? Je ne survivrai pas à ce jour funeste. La lumière m^est odieuse, je suis perdue, je me meurs! Adieu, chères coni* pagnes; la vie m'abandonne. Ainsi la sagesse et la vertu viennent échouer contre une passion fatale! O Vénas, quelle est ta puissance? Tu es donc plus qu'une déesse^ puisque tu causes en un moment la perte de Phèdre et la mienne, et celle de toute sa famille!
Vous venez d'entendre l'horrible aveu d'un mal qu'on devoit toujours ignorer. Ah ! je voudrois être morte avant que la reine eut perdu la raisop ! O malheureuse! je succombe h ma douleur! O chagrin, éternel aliment de notre foible nature! Princesse infortunée, que vas-tu devenir! Tes maux sont dévoilés: il ne te reste qu'à périr. Ce palais va être témoin de quelque désastre nouveau^ la colère de Vénus va se signaler par de terribles ravages. O triste rejeton du sang des rois de Crète !
PHÈDRE
O femmes de Trézéne! vous qui habitez cette extrénrité de la terre de Pélops, souvent, dans mes longues in'^ somnies j'ai réfléchi sur les sources des foiblesses et dès
' Le texte dit : Fous aimtt un lionan». (G.)