SCENE L
MITHRIDATE, PHARNACE, XIPHARÊS.
Approchez, mes enfants. Enfin Theiire est venue ■ Qu il faut que mon secret éclate à votre vue : A mes nobles projets je vois tout conspirer > ; Il ne me reste plus qu'à vous les déclarer.
' Var. Tenez , princes, Tenez. Enfin Theare est Tenae.
On a trouve surprenant que Mithridate confie ses projets i Pharnace , comme si cette confidence du projet d'une expédition qui va fl*exëcater dans le moment , ëtoit dangereuse i faire à Phamace , dont Mithridate est bien résolu de 8*assurer; comme si cette confiance apparente n*étoit pas, ainsi qu'on le voit dans la suite de la scène, un piège tendu à Phamace pour pénétrer ses yues, er juger de ses desseins sur MonXne par la résistance qu'il opposera au mariage qui va lui être proposé. Le plan de cette scène est un des plus beaux qu'il y ait an théâtre : il est fait pour développer Mithridate tout entier : la scène réunit l'éclat et la profondeur, l'héf oisme et la dissimulation ; elle étale tout le contraste de la méchanceté de Phamace et des vertus de son frère ; enfin, elle a le mérite propre à un troisième acte ; elle noue l'intrigue et angmentele danger, en l^évoilant à Mithridate le secret des amours de Monime et de Xipharès. Cest un tableau complel, sublime par l'ordonnance et par les couleurs , et sans contredit ce qu'il y a de plus beau dans la pièce. (L.)
* VA a. A mes justes desseins je vois tout conspirer.
Je fuis : ainsi le veut la fortune ennemie.
Mais vous savez trop bien l'histoire de ma vie
Pour croire que long-temps, soigneux de me cacher,
J'attende en ces déserts qu'on me vienne chercher. *
La guerre a ses faveurs , ainsi que ses disgrâces :
Déjà plus d'une fois, retournant sur mes traces ',
Tandis que l'ennemi, par ma fuite trompé,
Tenoit après son char un vain peuple occupé,
Et , gravant en airain ses frêles avantages , ^
De mes états conquis enchatnoit les images ^,
Le Bosphore m'a»vu, par de nouveaux apprêts,
Ramener la terreur du fond de ses. marais.
Et, chassant les Romains de l'Asie étonnée,
Renverser en un jour l'ouvrage d'une année.
D'autres temps, d'autres soins. L'Orienl^accahlé
Ne peut plus soutenir leur effort redouhlé :
Il voit, plus que jamais, ses campagnes couvertes
De Romains que la guerre enrichit de nos pertes.
Des hiens des nations ravisseurs altérés.
Le bruit de nos trésors les a tous attirés :
Ils y courent en foule; et, jaloux l'un de l'autre.
Désertent leur pays pour inonder le nôtre.
Moi seul je leur résiste : ou lassés, ou soumis.
Ma fkneste amitié pèse à tous mes amis ;
' Ces vers sont conformes à Thistolre. Voici ce que dit Plutarque : « Mitnridates ëtoit bien mal aise à chasser et prendre par • armes, et plus difficile à vaincre quand il fuyoit que quand il^ « combattoit. » ( Fie de Pompée^ chap. XI.)
' Ce que dit Cicdron dans le chapitre III de son discours pour la loi Manilia , a peut-être fourni à Racine Tidëe de ces beaux vers. Nous avons traduit ce passage; on le trouvera à la fin de la scène.