‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 32 sur 328 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Chacun à ce fardeau veut dérober sa tête'. Le grand nom de Pompée assure sa conquête ^ : C'est Telfifroî de F Asie; et, loin de Ty chercher, C est à Rome, mes fils, que je prétends marcher^. Ce dessein vous surprend; et vous croyez peut-être Que le seul désespoir aujourd'hui le fait naitre. J'excuse votre erreur; et, pour être approuvés, De semblables projets veulent être achevés. Ne vous figurez point que de cette contrée. Par d'étemels remparts Rome soit séparée : Je sais tous les chemins par où je dofs passer; Et si la mort bientôt ne me vient traverser. Sans reculer plus loin leffet de ma parole. Je vous rends dans trois mois au pied du Capitole. Doutez-vous que FEuxin ne me porte en deux jours

' Une amitié qui pèse à des amis; dérober sa tête au fardeau de tamitié; tout cela est excellent ; ce morceau ofFre un si grand nombre de métaphores hardies, de tours poétiques , d^expressions admirables, qu*il fandroit s'arrêtera chaque vers. Mais ce qu'il importe le plus de remarquer, c'est que la plupart de ces tours étoient neufs an moment où Racine les employoit.

* Vab. Le setd nom de Pompée assure sa conquête.

^ Ce Ters, qui est la révélation d'un grand dessein , produit sur les interlocuteurs et sur les spectateurs un effet théâtral f cette politique sublime, ce projet héroi'que étonne, élève l'ame , excite l'admiration, et répand sur les amours de Alithridate, sur ses chagrins domestiques, cet éclat, cette dignité, qui convient à la tragédie. On aau dans la préface avec quel soin Racine rassemble toutes les autorités qui peuvent prpuver que cette idée de passer en Italie n'est point une chimère romanesque , une supposition brillante du poète, mais que Mithridate forma réellement cette audacieuse tntrepriae. (G.)

Aux lieux où le Danube y vient finir son cours ■? •

(^e du Scythe avec moi Falliance jurée

De l'Europe en ces lieux ne me livre l'entrée?

Recueilli dans leurs ports , accru de leurs soldats ,

Nous verrons notre camp grossir à chaque pas.

' Les passions sont croules ; on se flatte aisément du succès de ce qu'on désire. Mithridate s*imagine que tous les autres peuples haïssent comme lui les Romains , et le regardent comme leur libë- * rateur. Il é'imagine que , dans ritalie même , il trouvera encore plus qu'ailleurs Fhorreur du nom romain ; enfin il s'imaçine que ses soldats, pleins de la même haine, voleront à Rome , et feront cinq ou six cents lieues en trois mois. Cest doncjane ridicule critique que celte de Fabbë Dubos, qui a étalé son érudition pour relever ici ce qu'il croit une grande erreur de géographie. Selon lui, ce vers.

Je vous rends dans trois mois au pied du Capitolc , révolte tous ceux qui ont quelque connoissance de la distance des lieux. Le poëte avoit cette connoissance ; il 'savoit consulter une carte de géographie» et il n eût plus révolté Tabbé Dubtps s'il eût dit,

Je vous rends dans six mois au pied du Cspitole; mais il a voulu peindre l'aveuglement d'un homme qu'emporte sa passion. Mithridate pouvoit dire encore :

Doutei-Tous que l'Euxin ne me porte en dix jours , etc. Il n'en met que deux; et par cette interrogatioa,

Doutez-yons que TEuxin ne me porte en deux joniy, etc., il fait entendre qu'on n'en doit point douter, parceque dans ce moment , ou il n'en doute pas lui-même, ou il veut persuader ses fils que cette marche qu'il va entreprendre n'est ni longue ni difficile. hét confiance avec laquelle il parle dans toute cette scène est la preuve de la violente passion qu'il a montrée lorsqu'il a^t d'abord :

A mes nobles projets je vois tout conspirer. Loin d'y conspirer, tout s'y oppose, puisqu'il vient d'essuyer une très grande défaite, qu'il est fugitif et voisin du naufrage, et qu'il i^'a plus d'amis, comme il l'avoue encore; mab n'importe, il veut se persuader que tout conspire à son projet, de même qu'il veut

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