‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 313 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE V. 5a · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. 5a

H^rPOLTTE.

Mon père^ je frémis à l'aspect du courroux qui vous en* fiamine; votre ame est dans Fagitation la plus violente , et se laisse séduire par les apparences, qui semblent me condamner; mais la réflexion et l'examen me seront peut-être plus favorables. J^ignore l'art de parler devant la multitude^ je m'exprime plus aisément avec un petit nombre de jeunes gens de mon âge. Les plus sages ne sont pas ceux qui savent le mieux tromper la foule par de vaines paroles; mais le malbeur de ma situation me force à rompre le silence, et je commence par le crime que vous m'avez d'abord reproché , et dont vous croyez m'avoir convaincu. Voyez , seigneur, ce jour qui nous éclaire, il n'est pas plus pur que le fond de mon cœur; voyez ce vaste univers, j'ose vous assurer que vous n'y trouverez pas un lioinme plus chaste que moi. Cest une vérité que vous repoussez en vain. J'honore les dieux; je cultive l'anttié; j'ai des amis fidèles qui, comme moi, cfaàrissent la pudeur ; l'innocence régne dans mes discours et dans mes actions; j'abhorre la malignité et la satire ; je respecte mes amis absents comme s'ils étoient présents ; je fuis sur-tout le crime dont vous me jugez coupable. Mon corps, jusqu'à ce jdur, est sans tache : je ne connois l'amour qu'en paroles ou en peinture; et mon ame virginale fuit naturellement les conversations et les spectacles dont la volupté est l'objet. Si ma pudeur ne peut vous convaincre de mon innocence, dites-moi donc ce qui a pu m'entrainer dans le crime? La beauté de la reine étoit-elle supérieure à cé\e de toutes les autres femmes? Ne pouvoit-on résister à ses charmes? Ai-je pu me flatter de pouvoir habiter votre palais en m'emparant de votre lit? J'aurois donc entièrement perdu la raison. Enfin, en séduisant votre épouse, ai-je eu l'espoir d'usurper votre tr^ne ? Le trône n'a point d'attrails pour les sages ; la

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royauté ne plait qu'aux cœurs qu^Ue a corrompus. Il me seroit doux, il est vrai , d*étre le premier dans les jeux de la Grèce; mais mon bonheur est de vivre au second rang, dans le sein de ma ville , avec des amis vertueux. Cest ainsi qu'on coule des jours tranquilles ; et cette sécurité donne plus de plaisir que tout Féclat d'une puissance que le danger environne. Voilk tout ce que je puis dire pour ma défense. Il est un mot que je dois m'interdire. Si je pouvois produire un témoin de mon innocence, si la reine voyoit encore le jour, ma seule présence la confondroit; et, pour connoitre le coupable, il ne vous manqueroit que de le vouloir. Mais j'atteste devant vous Jupiter qui préside aux serments , j'atteste cette terre qui m'a vu naitre , que je n'ai jamais attenté à l'honneur de votre lit, et que je n'en ai jamais eu ni la pensée ni le désir. Si je mens, si le crime h'abite dans mon cœur, que je périsse sans nom, sans gloire, sans patrie, fugitif, errant, en horreur à tout le monde! Que la mer et la terre repoussent mon cadavre ! Si la reine a terminé sa vie dans la crainte d'exposer son honneur, je l'ignore, et je ne dois pas en dire davantage. Ne pouvant être sage , elle a du moins acquis une réputation de sagesse: et moi, qui suis véritablement sage, je ne puis réussir à le paroitre. LE CHOEUR, à Hippolyte, Vous avez assez prouvé votre innocence par le^ serments les plus respectables , en attestant le nom redoutable des dieux.

THÉSÉE

Le fourbe compte sans doute sur le secours des enchantements et des prestiges, si , après m'avoir déshonoré ^ il se flatte d'apaiser ma colère, et de m'en imposer par de frivoles serments.

HIPPOLYTE

J'ose dire, ô mon père! que votre conduite m'étoone.

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