‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 49 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène. Je vous crains pour vous-même; et je viens à genoux Vous prier, ma princesse, et vous fléchir pour vous. Vous dépendez ici d'une main violente, Que le sang le plus cher rarement épouvante; Et je n ose vous dire à quelle cruauté Mithridate jaloux s'est souvent emporté.

Peut-être c'est moi seul que sa fureur menace ; Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce : Daignez, au nom des dieux , daignez en profiter; Par de nouveaux refus n'allez point l'irriter. Moins vous l'aimez, et plus tachez de lui complaire; Feignez, efforcez-vous : songez qu'il est mon père. Vivez; et permettez que dans tous mes malheurs Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.

MONIME

Ah! je vous ai perdu!

XIPHABÈS.

, Généreuse Monime, Ne vous imputez point le malheur-qui m'opprime. Votre seule bonté n'est pomt ce qui me nuit : Je suis un malheureux que le destin poursuit; C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père, Qui le fit mon rival, qui révolta ma mère. Et vient de susciter, dans ce moment affreux, Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

do temps dé Racine elles étoieDt reçues , et c'est une des variation» que l'usage a introduites dans la langue. Ce cher intérêt, du vers SQÎT.'Uit , est une locution trop familière.

BfONIME.

Hé quoi ! cet ennemi vous Tignorez encore?

XIPHARÈS

Pouf surcroît de douleur, madame, je Tignore. Heureux si je pou vois, avant que m'immoler*, Percer le traître cœur qui m'a pu déceler!

MONIME

Hé bien ! seigneur, il feut vous le fiairé connaître. Ne cherchez point ailleurs cet ennemi , ce traître; Frappez : aucun respect ne vous doit retenir'. J ai tout fait : et c'est moi que vous devez punir.

XIPHARÈS

Vous!

MONIlhE.

Ah! si vous saviez, prince, avec quelle adresse Le cruel est venu surprendre ma tendresse! Quelle amitié sincère il affectoit pour vous! Conteift, s'il vous voyoit devenir mon époux! Qui n^auroit cru...? Mais non, mon amour plus timide Devqit moins vous livrer à sa bon^ perfide. Les dieux qui m'inspiroient, et que j'ai mal suivis, M'ont fait taire U*ois fois par de secrets avis>^.

' Oo a déjà releyé cette faute ailleurs. On ne croyoit pas alors que G en fût une, puisque rien n*étoit plus facile que de mettre avant de. Le langage ne se fixe qu'avec le temps. (L.)

* L*artifice théâtral paroit peut-être un peu trop: c'étoit encore l'usage de présenter des amants qui veulent être tués par lenrs maîtresses , et des maîtresses qui excitent leurs amants à les tuer. On sait très bien que ces exhortations sont en pure perte. (6.)

' Mademoiselle Clairon avoit observé que, dans Tacte précédent, où Mithridate fait avouer à Monime son secret, il n'y a |^s

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