ACTE IV, SCÈNE II
J ai dû continuer; j'ai dû dans tont le reste... Qae sais-je enfin? j'ai dû vous être moins funeste ; J ai dû craindre du roi les dons empoisonnés, Et je m'en punirai , si vous me pardonnez.
XIPHARÈS
Quoi, madame! c'est vous, c'est Tamour qui m'expose; Mon malheur est parti d'une si belle cause ; Trop d'amour à trahi nos secrets amoureux ; Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux > !
pins de deux réticences. ■ J'ai coDSultë , dit-elle , tontes les éditions « de Racine: toutes disent trois; toutes les actrices auxquelles j'ai
• To joner ce rôle disoient trois; tontes les recherches que j'ai faites « m ont assurée que mademoiselle Le Couvreur disoit trois. Quoique
■ detix soit un peu plus sourd que trois, il fait également la mesure « du vers, et n'en détruit point l'harmonie. Il étoit k présumer que « Racine aVoit eu des raisons pour préférer l'un à l'autre ; mais > nulle tradition ne m*éclairoit : il ne m*appartenoit pas de corriger
• un si grand homme ; je ne ponvois pas non plus me soumettre k
• dire ce que je regardois comme une Caute. J'imaginai devnppléer
■ à la troisième réticence par un jeu de visage. Dans le couplet où
■ fifithridate dit ( act. Uf , se. y. } ,
. Serves avec son frère ,
• Et vendes aa\ Romains le sang de votre père i
■ je m'avançai avec la physionomie d'une personne qui va tom
■ dire, et je fis à Tinstsfnt succéder un mouvement de crainte qui
■ me défendoit de parler. Le puhlic , qui n'avoit jamais vu ce jeu « de théâtre, daigna me donner, en l'approuvant, le prix de tontes
■ mes recherches,.. Sans le jeu de la physionomie, ajoute<t-e11e , «j'avrois perda la douceur d'être applaudie, et la gloire d'avoir « deviné Racine. » ( Mémoires de mademoiselle Clairon, )
' Voilà de l'exagération, du romanesque. Xipharès, qui s'estime heoreaz de périr par l'imprudence de sa maîtresse , n'excite qn une stérile admiration ; le cœur n'est point touché de ce langage héroïque, qui n'est ni naturel, ni vrai. (G.)
S6 MIÏHRÏDATE.
Que voudrois-je déplus? glorieux et fidèle, Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle : ('onsentez-y, madame; et, sans plus résister, Acl^vez un hymen qui vous y fait monter.
MONIME
Quoi ! vous me demandez que j'épouse un barbare Dont Fodieux amour pour jamais nous sépare?
XIPHARÈS
Songez que ce matin, soumise à ses souhaits. Vous deviez Tépouser, et ne me voir jamais.
MONIME
Eh! connoissois-jc alors toute sa barbarie?
Ne voudriez-vous point qu'approuvant sa fiirie,
Après vous avoir vu tout pék*cé de ses coups,
Je suivisse à Fautel un tyrannique époux ' ;
Et que, dans une main de votre sang fumante,
J'allasse mettre, hélas! la main de votre amante?
Allez 'Me ses fureurs songez à vous garder,'
Sans perdre ici le temps à me persuader':
Le ciel m'inspirera quel parti je dois prendre.
Que seroit-ce, grands dieux! s'il venoit vous surprendre!
Que dis-je? on vient. Allez : courez. Vivez enfin ;
Et du moins attendez quel sera mon destin.
' Proprement Y adjectiî tyratinitfue ne s'applique qu* aux choses, un pouvoir tyrannique^ une conduite tyrannique, etc. Mais cette espèce de fijjure qui le transporte aux personnes n*a rien de rëpréhensible en poe'sie. (L.)