‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 52 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Et, négligeant pour vous tant d'heureux alliés,, Quelle foule d'états je mettois à vos pieds. Ah! si d'un autre amour le penchant invincible Dès-lors à mes bontés vous rendoit insensible, *

Pourquoi chercher si loin un odieux époux ■ ? Avant que de partir, pourquoi vous taisiez-vous? Attendiez-vous, pour £aire un aveu si ftineste. Que le sort ennemi m'eût ravi tout le reste-, Et que, de toutes parts me voyant accabler. J'eusse en vous le seul bien qui me pût consoler? Cependant, quand je veux oublier cet outrage ^ Et cacher à mon cœur cette funeste image. Vous osez à mes yeux rappeler le passé ! Vous m'accusez encor, quand je suis offensé! Je vois que pour un traître un fol espoir vous flatte. A quelle épreuve, 6 ciel, réduis-|n Mithridate? Par quel charme secret laissé-je retenir # Ce courroux si sévère et si prompt à punir? Profitez du moment que mon amour vous donne : Pour la dernière fois, venez, je vous l'ordonne. N'attirez point sur vous des périls superflus. Pour un fils insolent que vous ne verrez plus. Sans vous parer pour lui d'une foi qui m'est due >,

il faut suppléer ce qui manque : Songez de quelle ardeur étant adorée de moi dans Éphèse,fi vous ai préférée, etc. (6.)

' Va K. Sans chercher de tî loin nn odieox époux.

^ Se parer d'une foi: manière poétique de dire: Sans affecter de lui garder une foi qui m'est due. Perdre la mémoire , aussi-bien que la. vue, dans le vers suivant, semble manquer de justesse. On ne di%^9 perdre la vue de quelquun, ponr exprimer qa*Ofi est privé de sa présence.

go MITHBIDATE.

Perdcz-en la mémoire, aussi-bien que la vue; Et désormais, sensible à ma seule bonté, Méritez le pardon qui vous est présenté.

MONIME

Je n ai point oublié quelle reconnoissance, Seigneur, ma dû ranger sous votre obéissance : Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux, Leur gloire de si loin n éblouit point mes yeux ' . Je songe avec respect de combien je suis née Au-dessous des grandeurs d'un si noble hyménée; Et, malgré mon penchant et mes premiers desseins Pour un fils, après vous, le plus grand des humains, Du jour que sur mon front on mit ce diadème ', Je renonçai, seigneur, à ce prince, à moi-même. Tous deux d'intelligence à nous sacrifier, Loin de moi, par mgn ordre, il couroit m'oublier. Dans r<imbre du secret ce feu s'alloit éteindre^;

' Elle lui fait entendre qu*elle n'ëloit points par sa naissance, si indigne de loi. Mais avec quelle humilité elle s'exprime I EUe ne parle que de reconnoissance, d*obéissance, et s'avoue bien audessous des grandeurs dun si noble hyménée y parcequ elle ne mërite pas l'honneur d'appartenir au plus grand des humains; et elle s'humilie à ce point avant que de lui déclarer que son lit est plus triste pour die que le tombeau. (L. R.)

* Va R. Du jour qu'on m'imposa pour vous ce diadème.

3 Vomhre du secret y et un feu qui s'éttint dans cette ombre: quel chaiTne, nous dirons même quelle pudeur dans cette expression, qui enrichissoit la langue pour la première fois! // couroit m'ouhlier : quelle énergie de style ! Monime passe avec rapidité sur ce sacrifice douloureux; elle aime trop pour s'arrêter h cette idée : un mot lui suffit pour exprimer combien l'effort a été pénible. Voyez ensuite avec quel art clic revient à Mithridate.

Page 1