ACTE IV, SCÈNE IV. gf
Et même de mon sort je ne pouvois me plaindre ,
Puisque enfin, aux dépens de mes vœux les plus doux,
Je faisois le bonheur d'uiikhéros tel que tous.
Vous seul, seigneur, vous seul, vous m'avez arrachée ■
A cette obéissance où j'étois attachée;
Et ce fatal amour dont j'a vois triomphé,
Ce feu que dans Foubli je croyois étouffé ,
Dont la cause à jamais s'éloignoit de ma vue.
Vos détours Tout surpris, et m'en ont convaincue.
Je vous Tai confessé, je le dois soutenir.
En ifbin vous en poumez perdre le souvenir;
Et cet aveu honteux, où vous m'avez forcée,
Demeurera toujours présent à ma pensée;
Toujours je vous croirois incertain de ma foi :
Et le tombeau , seigneur, est moins triste pour moi
Que le lit d'un époux qui ma fait cet outrage.
Qui s'est acquis sur moi ce cruel avantage, *
Et qui, me préparant un éternel ennui.
M'a fait rougir d'un fieu qui n étoit pas pour lui >.
' Ici Monîme prend uir ton pins ferme : après s'élre justifiée, elle accuse; mais quelle mesure, quelle dignité, quelle sensibiliii* noble et fière dans ses reproches ! Remarquez la période poétique qui commence à ce vers et finit «^
Vos dëtoort Yont surpris, et m'en ont conTaincue.
La poésie a sa période et ses phrases comme la musique. J*ai déjà, lait observer que Mithridate est une des pièces où Racine a répandu avec te plus de profusion ces phrases si nombreuses, §i cadencées, si riches d*élocution. (G.)
« Cettei3cène me paroit Utt chef-d*œuvre. Le rôle de Monime, qoi étoit également difficile à soutenir et à mesurer, y est p<irfait : c*est la réunion de toutes les bienséances les mieux mcna{];écs. Que^
ga MITHRIDATE.
MITHaiDATE.
G est donc.votre réponse? et, sans plus me complaire, Vous refusez Fhonneur que je voulois vous faire? Pensez-y bien. J'attends pour me déterminer...
MONIME
JNon,«eignem*, vainement vous croyez m'étonner. Je vous connois : je sais tout ce que je m'apprête»
Ton songe qu'elle parle à Mlthridate, à Mithridate jaloux, et tùr qu il a un rival, et un rival aimé; et dans quel moment lulparlet-elle ainsi! Combien l'auteur a voit à faire! et il n'a rien laissé â désirer. C'est que Monime % l'espèce de fermeté qui loi cosTient, et qui n'est qu'un sentiment vrai et profond de tous ses devoirs. Elle les a tous remplis , et ne craint point la mort ; elle ne craint point Mithrîdate, mais elle ne le brave point; elle lui rend tout ce qu'elle lui doit; mais elle lui fait sentir tout ce qu'une femme d^ lioate se doit à elle-même, et tous les avantages qu'il lui a donnés sur lui en la trompant si indignement. En même temps elle n'oublie pas l'intérêt de Xipharès, qui lui devient dVutant plus cber que c'est elle qui l'a exposé. Les connoisseurs préféreront toujours cette espèce de courage , qui est celui de son seke et de sa situation, à la violence plus que virile de la plupart des béroïnes de Corneille. Leur jactance a quelques traits de force qui attirent Tapplandissement; mais elle n'est le plus souvent qu'une déclamation facile et une disconvenance cboquante; au lieu qu'il faut un jugement sur et un goût exquis pour observer toutes \et nuances qui distinguent la fierté d*uo sexe de celle de l'autre. Ces nuances sont toutes parfaitement saisies dans le rôle de Monime. Sa fierté ne dément en rien la réserve, la modestie, la résignation qu'elle a fait voir jusque-là. Elle n'a avec son amant que !e degré de foiblesse qu'elle devoit avoir pour être tendre, et que le degré de force qu'il lui falloit pouv suivre son devoir, et tracer celui de Xipbarès. Avec Milhridate, elle n'est fière et décidée qu'autant qu'il le faut pour préférer la mort au plus grand malbeur qui puisse arriver k une femme bonnéte et sensible, celui d'appartenir à un homme qui sait qu'elle en aime un autre. (L.)