‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 55 sur 328 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

liille me quitte! Et moi, dans un lâche silence. Je sevable de sa fuite approuver l'insolence I Peu s'en faut que mon cœur, penchant de son côté, Ne me condamne encor de trop de cruauté ' ! Qui suis-je? Est-ce Monime? Et suis-je Mithridate? Non, non, plus de pardon, plus d amour pour Tingrate '. Ma colère i*evient, etîe me reconnois ^ : Immolons, en partant, trois ingrats à-la-fois. Je vais à Rome; et c'est par de tels sacrifices Qu'il faut à ma fureur rendre les dieux propices 4. Je le dois, je le puis; ils nont plus de support:

* Oa dit ocetéÊ^ de, ttcondamnerpour; mais le mot aeeuset n'auroit point reodu toute la pensée de Racine. Peut-être qu'en faisant suivre le verbe condamner de la préposition %/e, il n'a fait ipie se conforçaer à un usage reçu à l'époque où il écrivoit, ainsi que Molifire en offre des exemples.

> On diroit que Racine a calqué ce monologue de Mithridate

sur celui d'Auguste dans Ginna : on y remarque la même marche,

les mêmes mouvements. Racine ne pouvoit se proposer un modèle

• plus parfait, et personne n'étoit pluë capable que Racine d'égaler

ce modèle. (G.

. ^ Cette rime, reconnois et a-la-fois, déplaît aujourd'hui. L'ancienne prononciation étoit cause qu'elle ne choquoit point. (L. R.)

* Il faut être Mithridate pour s'imaginer que de pareils sacrifices lui rendront les dieux favorables; et, un peu plus loin, il faut encore être Mithridate pour faire un crime à Monime de son amour pour elle :

Ah ! c'est un crime encor dont je la veux poair. ( L. R. )

Page 1