‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 6 sur 328 · ACTE I, SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. i

Voilà tous les secrets que je voulois t'appreudre. C'est à toi de choisir quel parti tu dois prendre; Qui des deux te paroit plus digne de ta foi, L'esclave des Romains , ou le fils de ton foi. «

Fier de leur amitié, Pharaace croit peut-être Commander dans Nymphée» etme parler en maître. Mais ici mon pouvoir ne connoit point le sien : Le Pont est son partage, et Colchos est le mien > ; Et Ton sait que toujours la Colchide et ses princes Ont compté ce Bosphore au rang de leurs provinces '.

d'avenir on a Gonserré, toujours dana le discourt familier, avenant ^ attenante j qui signifie plus qvL agréable, (h.)

' Quelques savants prétendent qu*il n*y a point dans la Colchide de ville qui s'appelle Colchos. Colchos n'est pas non plus le nom d'une r^oo, d'une province, comme Luneau se Fimagine. Colchos est un nom de peuple : c'est l'accusatif de Colehij Colchomm. n est vrai que Racine en parle toujours comme d'une vUle :

Je le pais ^ Colchot, et je le puis ici.

Bossu«t, Rollin, l'abbé Gédoyn dans sa traduction de Pausanias, appellent Colchos une ville. Quand ils se seroient tous trompés avec Racine, ce seroit, dans une tragédie, une faute bien légère; et ce n'est pas ici le lieu de placer une dissertation grammaticale et géographique. (6.)

* L'usage veut qu'on dise mettre au rang et compter au nombre; mais cet usage n'est une loi que pour la prose. Cette scène est écrite avec une él^ance si naturelle, que La Motte^Houdard l'a choisie pour prouver l'inutilité de la versification: il a mis en prose les vers de Racine, et il n'a eu besoin pour cette opération que de rompre la mesure : tant le style de Racine est pur, correct, et facile ! Mais La Motte, au lieu de foire par là triompher sa cause, s'est avoué vamcu, puisqu'il a prouvé par le fait que les bons vers réunissent à toutes les qualités d'une bonne prose , une grâce , une harmonie, une vivacité, auxquelles la prose ne peut atteindre: la

i6 MITHRIDATE.

ARBATE.

Commandez-moi, seignem*. Si j'ai quelque pouvoir.

Mon choix est déjà fait, je ferai mon devoir :

Ave le même zélé, avec la même audace

Que je servois le père , et gardois cette place , *

Et contre votre frère, et même contre vous,

Après la mort du roi, je vous sers contre tous >.

Sans vous , ne sais-je pas que ma mort assurée, *

De Phamace en ces lieux alloit suivre Feutrée?

Sais-je pas que mon sang, par ses mains répandu,

Eût souillé ce rempart contre lui défiondu?

Assurez-vous du cœur et du choix de la reine ;

Du reste , ou mon crédit n est plus qu'une ombre vaine ,

Ou Phamace , laissant le Bosphore en vos mains,

Ira jouir ailleurs des bontés des Romains.

XIPHARÈS

Que ne devrai-je point à cette ardeur extrême ! Mais on vient. Ck)urs, ami. Ùest Monime elle-même *.

scène d« La Motte est élégante et bien écrite, mab froide et ennuyeuse en comparaison de celle de Racine. (6.)

> L'inversion de ces quatre vers est dure ; et la répétition de la conjonction et rend la phrase extrêmement pénible. (6.)

• De <}Uoi s'agit-il jusqu'ici? De savoir si Xipbarès l'emportera sur Phamace auprès de Monime, que l'on ne connoît encore que comme une des maîtresses de leur père. Certes , ce n'est pas là ce qu'on attend du début d'une tragédie qui porte le nom de Mithri» date. Le reste de cet acte ne nous offrira qu'une rivalité de deux jeunes princes, dont les amours et le caractère n'ont encore rien . qui puisse nous y attacher beaucoup. Tout ce commencement m*a toujours paru très foibie : sans le nom de Mithridate, rien ne seroit ici au-dessus du comique noble; mais dès qu'il paroltra, il relèvera tout, et Racine ne tombe pa$ /ony-femp^. (L.)

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