ACTE I, SCÈNE IL i
ACHILLE
Seigneur, qa'oses-vous dire?
AGAMEMNON
Qu'il feut, princes, quil faut que chacun se retire:
Que, d'un crédule espoir trop long-temps abusés,
Nous attendons les vents qui nous sont reftisés.
Le ciel protège Troie; et par trop de présages
Son courroux nous défend d'en chercher les passages. ]
ACHILLE
Quels présages affreux nous marquent son courroux?
AGAMEMNON
Vous-même consultez ce qu'il prédit de vous. Que sert de se flatter? On sait qu'à votre tète Les dieux ont dllion attaché la conquête; Mais on sait que, pour prix d'un triomphe si beau. Us ont aux champs troyens marqué votre tombeau; Que votre vie, ailleurs et longue et fortunée. Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée.
ACHILLE
Ainsi, pour vous venger, 'tant de rois assemblés D'un opprobre éternel retourneront comblés; Et Paris, couronnant son insofente flamme, Retien<)ra sans péril la sœur de votre femme > !
AGAMEMNON
Hé quoi! votre valeur, qui nous a devancés,
' C'est ici qu'Achille deyroit répondre à l'objection tirée du dançer qui le menace dans les champs troyens; mais Racine avoit encore besoin de parler de Lesbos, d'Ëriphile, de Tobscurité qui en- ▼eloppoit la naissance de cette jeune captive : le poète songe à bien établir son épisode. (G.) .
i54 IPHIGÉNIE.
N a-t-elle pas pris soin de nous venger assez? Les malheurs de Lesbos, par vos mains ravagée, Épouvantent encor toute la mer Egée :
Troie en a vu la flanunè ; et jusque dans ses ports', Les.ilots en ont poussé les débris et les morts. Que dis-je? les Troyens pleurent une autre Hélène Que vous avez captive envoyée à Mycène : Car, je n'en doute point, cette jeune beauté Garde en vain un secret que trahit sa fierté; Et son silence même, accusant sa noblesse, Nous dit qu'elle nous cache une illustre prinpesse.
^ACHILLE
Non, non, tous ces détours sont trop ingénieux : Vous lisez de trop loin dans les secrets des dieux. Moi, je m'arréterois à de vaines menaces i Et je fuirois Thonneur qui m'attend sur vos« traces! Les Parques à ma mère, il est vrai , Font prédit ',
' Ce morceau est d'un véritable héros , et d'nae éloquence antique. Racine n'a pris dans Homère que l'idée de la prédiction des Parques , et du choix qu'Achille peut faire d'une grande gloire ou d*une longue rie ; mais il doit à Quinte-Curce Théroîsme des s'entiments qui respire dans cette tirade. (G.) Cet historien fait ainsi parler Alexandre : « Ego me metior, non aetatis spatio , sed gloriae. Licuit M paternis opibus contento iutrà Macedoniae terminos per otiujii M corporis expectare obscuram et ignobilem senectutem. Quanu quam ne pigri quidem sibi fata disponunt, sed unicum bonum « diuturnam vitam aestimantes saepè acerba mors occupât. Verùm « ego, qui non annos meos, sed victorias numéro, si munera for-
« tnnae benè computo, diù vixi Videorne vobis in excolendâ
H gloriâ, cui me uni deyovi, posse cessare? Ego vero non deero , V et ubicumque puçnabo, in theatro terrarum orbis esse me cre- « dam. Dabo nobilitatem igno})ilibus locis, aperiam ctinctis gen>