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sourit à la vue des fleurs ; dès qu'il peut marcher, il aime à courir sur le pré qui en est ëmaiUé ; dans Tadolescence , il assortit pour sa maîtresse le jasmin et la rose ; dans la jeunesse, il groupe pour elle en berceaux les ëbéniers , les lilas : ce sentiment harmonique augmente eu lui avec les années et la fortune. Est-il riche et joint-il à ses richesses les lumières que lui ont acquises les Le Vaillant, les Jussieu et les Linnaeus ; il lui faut chaque jour des espèces et des genres nouveaux. Il voudrait mettre toutes les fleurs de l'Asie daus son jardin, et toutes les forêts de TAmérique daus son parc. Mais les plaisirs que donne la botanique aux savants riches, n'approchent pas de ceux que donne la nature aux ignorants pauvres, mais sensibles.
Le piéton qui part dès le point du jour, admire le paysage que Taurore développe peu-à-peu devant lui. Ses regards se reposent tour-à-tour avec délices sur des prairies tout étincelantes de gouttes de rosée , sur des forêts agitées par les vents , sur des rochers moussus , et jusque sur les arbres ébranchés des grandes routes , qui apparaissent de loin comme des géants ou des tours. Souvent son chemin l'intéresse plus que le lieu où il doit arriver, et le paysage plus que les habitants. Ce sont ces réminiscences végétales qui nous rendent si chers les jours rapides de notre enfance, et certains sites de cette terre que nous
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parcourons comme des voyageurs. Nous en transportons par-tout les ressouvenirs avec les images. Des prairies toutes jaunes de bassinets , bordées de ponmiiers couverts de fleurs blanches et roses , me rappellent les printemps et les prairies de la Normandie ; des algues brunes , vertes, pour^ prées, suspendues à des rochers de marne tout blancs , les falaises du pays de Caux ; des aloès et des caroubiers, les collines blanches et stériles de rile de Malte ; des bouleaux au feuillage léger , entremêlés de sombres sapins , ies forêts silencieuses et paisibles de la Finlande ; des palmistes et des bambous murmurants , TUe-de-France et ses Noirs gémissants dans l'esclavage ; enfm , à la vue d^un fraisier dans un pot sur une fenêtre , je me rappelle Fépoque fortunée où , persécuté par les hommes, je me réfugiai dans les bras maternels de la nature.
Ce charme des harmonies végétales s^étend à tous les temps , à tous les lieux , à tous les âges. Il inspira dans des jardins les premières leçons de la philosophie à Pythagore , à Platon, à Epicure. 11 accompagne les hommes jusque dans le sein de la mort : beaucoup de mourants ne s'entretiennent que des voyages qu'ils veulent faire à la campagne ; des âmes cruelles même en sont émues : Danton , complice des massacres du 2 de septembre, s'écriait en soupirant dans son cachot : Ah ! si je pouvais voir un arbre ! Malbeu*
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reux ! puisque ce sentiment naturel subsistait encore dans ton cœur, tu n'étais donc pas tout-ifait déprave !
Si le globe de la terre offre dans chacun de ses horizons plusieurs paysages, il est probable que les autres planètes en ont aussi qui leur sont particuliers , et dont les végétaux diffèrent plus des nôtres, que ceux du nouveau Monde ne différent des végétaux de Tancien. Chaque planète , tournant s ans cesse sur elle-même, doit présenter dans sa circonférence de nouvelles modifications de la puissance végétale , éclairées par des aurores , des printemps , des étés , de quelques jours, de quelques mois , de plusieurs années : toutes les harmonies de la végétation doivent s'y montrer i-la-fois et successivement. Elles se présentent toutes ensemble avec leurs disques, leurs lunes et leurs anneaux émaillés de fleurs et de verdure, comme des pierreries étincelantes de mille et mille couleurs. Toutes circulent autour du soleil, formant une harmonie céleste et étemelle pour ses heureux habitants. Tantôt disséminées dans les cieux , elles composent une couronne autour de Tastre du jour et oc la vie ; tantôt rangées à la file les unes des autres , elles représentent une longue guirlande dont il est le chef; vous diriec dVn chœur de nymphes parées d'habits toujours divers , qui célèbrent une fête éternelle autour d'un frère , d'un époux et d'un père. Mais que
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dire des végétaux qui décorent le globe même du soleil ? Aucun œil sur la terre ne les a jamais -vus , et aucune langue humaine ne pourrait en exprimer la magnificence.
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