ÉGLOGUE DE VIRGILE
Présidez aux jeux de nos enfants, charmante fille de TAurore , aimable Flore ; c^est tous qui couvrc:^^ de roses les champs du ciel que parcourt votre mère, soit qu^elle s^ élève chaque jour sur notre horizon , soit qu^cUc s^avance , au printemps, vers le sommet de notre hémisphère , et qu'elle rejette ses rayons d'or et de pourpre sur leurs régions de neige. Pour vous, suspendue au-dessus de nos vertes campagnes, portée par Farc-en-ciel* au sein des nuages pluvieux, vous versez les fleurs à pleine corbeille dans nos vallons et sur nos f(H rets ; le zéphyr amoureux voussuit, haletant après vous, et vous poussant de son haleine chaude et humide. Déjà on aperçoit sur la terre les traces de votre passage dans les cieux ; à travers les rais lointains de la pluie , les landes apparaissent toutes jaunes de genêts fleuris ; les prairies brumeuses, de bassinets dorés; et les corniches des vieilles
DE LA NATURE. 2o5
iiirSyde giroflées safranées. Au milieu du jour le nébuleux , on croirait que les rayons du soleil snt au loin sur les croupes des collines, au des vallées, aux sommets des antiques mo- Mments ; des lisière^ de violettes et de primevères fekrfument les haies, et le lilas couvre de ses Erappes pourprées les murs du château lointain, ypables enfants, sortez danslescampagnes , Flore tous appelle au sein des prairies : tout vous y inrite, les bois, les eaux, les rocs arides; chaque Hte vous présente ses plantes, et chaque plante 1^5 fleurs. Jouissez du mois qui vous les donne : KVTil est votre frère ; il est à Taurore de Tannée, fsomme vous à celle de la vie ; connaissez ses dons liants comme votre âge. Les prairies seront votre ^(U>le, les fleurs vos alphabets, et Flore votre BÙtitutrice.
. . Nous n'appellerons point des docteurs pour enseigner la botanique aux enfants; c'est aux Semmes qu'il appartient de leur parler de ce ||ue les "v^étaux ont de plus intéressant; ellesmêmes ont avec eux les rapports les plus doux ; Im arbres semblent faits pour les ombrager, les casons pour les reposer, les fleurs pour les paxer. Qui sait mieux qu'elles en assortir des bouquets, et en composer des guirlandes, des couronnes, des chapeaux ? Ce fut à Fécole de la Bouquetière d'Athènes que le pemtre Pausias, son amant, se rendit si habile à faire des tableaux de
!2o6 HARMONIES
fleurs. Les femmes sont elles-mêmes les flemii la vie , comme les enfants en sont les fruits; sont elles qui font le charme de nos sociëtés, qu'elles forment entre elles des choears de dattl^ soit que chacune d'elles se promène aTecM époux, ou entourée de nombreux enfants. Tori ce qu'il y a de plus agréable à la pensée, s^y pié^ sente sous des figures et des noms de femme.
L'antiquité donna des formes et des noms féot nia5 à FAurore ; aux Heures , qui attelaient ks chevaux du Soleil ; à l'arc-cn-ciel , qu^elle appdi Iris; aux Naïades , aux Néréides, aux Oréades, aux divinités les plus aimables des airs , des eaux, de la terre,' des foi^éts; aux Muses, aux Yertis, aux Grâces, et à Vénus elle-même, qui réunissât en elle tous les charmes. Il est vrai que nous avons attribué aussi au même sexe tout ce quMI y a de pliy déplaisant sur la terre, tel que les maladies les plus cruelles du corps, de l'ame, et des sociétés politiques , comme la faim , la soif, ks fièvres, les épidémies, la peste, la jalousie, l'envie, la calomnie, la haine, la fureur, la rage, h perfidie, la férocité, les Furies des enfers; enfin la guerre qui réunit tous les maux, sous la forme et le nom de Bellone. ... Ce n'est pas que les femmes soient plus susceptibles de ces passions cruelles que les hommes; elles y sont moins sajettes, par leur nature douce et compatissante; mais lorsqu'elles se rencontrent en elles, elles y
l^quièrent quelque chose de plus dangereux :
fOm^rtioopiimapessùm. Si les vertus sont encore MffA belles dans un beau corps, les vices aussi y ^ti^lus hideux. Les femmes atteignent en bien ^ en mal ICs deux extrêmes , et les inspirent alors KIB hommes ; les jouissances et les douleurs ex-" fpiaes leur appartiennent. C^est donc à elles à professer la science des plaisirs , puisqu'elles en im une conscience plus intime. 11 n'y en a point le plus aimable et de plus innocente que celle le la botanique. Si quelques-unes en ont extrait les poisons, une infinité d'autres en tirent des i^mides, des aliments, des boissons, des parhms, des parures, qui font nos joies et nos conlolations. Si la coupe de Médée a coûte la vie à loelques infortunés , celle d'Erygone soutient et recuit tous les jours le genre humain. Le moly de Minerve préserve des enchantements de Circé^ Pour moi , je crois que si nos femmes ne se livrent pas /comme celles de l'antiquité, à l'étude ravissante de la botanique, c'est qu'elle est hérissée , parmi nous, de mots grecs, et que soumise, par ]K>8 systèmes, à une savante analyse, elle ne leur présente plus que des squelettes. Mais j'espère qa^en suivant la marche que nous leur avons indiquée, elles trouveront au moins dans les campagnes les fleurs revêtues des mêmes grâces qu'elles leur donnent en les groupant sur leur tête et sur leur sein.
Nous voyons donc qu'une mère suffît pour an J prendre aux enfants tout ce quHl y a d'utile clK d'agréable à connaître pour eux dans la wAt\ nique. Tout ce que j'ai dit des harmonies ^i^\\ taies est destiné principalement à parlfr à la nh son déjà formée de l'instituteur; mais il fautpa^ 1er autrement à celle des enfants. J'observerai, i cette occasion, qu'on a imaginé, pour développer leur raison , des livres ingénieux sur toutes swta de sujets : il en résulte de grands inconvénients. D'abord , les histoires qu'ils renferment, soit imaginées , soit extraites de l'antiquité , ne sont point les mêmes que celles de nos sociétés , et les enfants ne font presque jamais d'application, dans la pratique, des prîncipes et des exemples qu'on leur donne en théorie. Ib ne se déterminent, comme la plupart des hommes, que par ce qoi^ se passe sous leurs yeux. Si ces ouvrages les ennuient, ce qui arrive souvent, ils n^ les lisent point , ou , ce qui est encore pire , s'ils les lisent malgré eux, ils en conçoivent, pour le reste de leur vie , une grande répugnance pour la lecture. S'ils s'en amusent , ils croient que la raison et le plaisir ne sont que dans leurs livres. Les pei^ sonnages de leurs dialogues leur paraissent plus intéressants que leurs camarades; et la gouvernante , ou la mère , qui y est supposée d'une humeur toujours égale , et qui leur débite des contes à chaque instant, leur semble meilleure et bien
^los amusante que leur propre mère. Ainsi, les ouvrages faits pour les rapprocher de leurs fa-
" milles et de la société , sont précisément ceux qui les en éloignent davantage. Je voudrais donc, et j'en ai déjà fait le vœu, qu^au lieu de livres, on ne leur montrât que les choses elles - mêmes , et
- qu'une mère fît des conversations avec ses enfants sur le pi*emier sujet venu , comme Socrate avec ses disciples. Ce sont les événements personnels de notre enfance , accompagnés des leçons ma-* temelles, qui se gravent le plus profondément dans notre mémoire , parce qu'ils pénètrent jusque dans notre cœur ; ce sont les leçons de nos mères qui donnent tant de force à nos opinions religieuses pendant le cours de notre vie. Inspirées avec le lait, elles se perfectionnent avec notre raison; et, après avoir joué autour de notre berceau, dans râgc de Tinnocence, elles nous soutiennent dans Fâge des passions. Je voudrais donc que le sentiment de la Divinité , qui est inné dans Thomme, y fût d'abord développé, non par un précepteur, mais par une mère. Le Dieu d'une mère est toujours indulgent et bon comme celui de la nature : un précepteur enseigne , une mère £nt aimer. Je voudrais que celle - ci donnât ses premières leçons, non dans une ville, mais à la campagne ; non dans une église , mais sous le ciel; non d'après des livres, mais d'après des fleurs et des fruits.
2IO HARB10MIK8
Il y a une méthode facile aux plu5 ignoraili| pour s'instruire, c'est d'aller du simple au composé : on l'appelle synthèse ou composition. Hk est rejetée par nos docteurs, qui lui préfèrent l'analyse ou décomposition : celle - ci marche en sens contraire, c'est-à-dire, du composé as simple. La raison de cette préférence vient,! mon avis, de ce que l'analyse suppose un esprit d'une grande étendue , qui embrasse d*abord un objet dans tout son ensemble, pour le réduire 1 ses premiers éléments. Mais c'est par elle aussi que nos sciences finissent en éblouissement, suivant l'expression de Michel Montaigne. En efiet, c'est par le moyen de l'analyse que nos philosophes modernes ont cru se démontrer que l'air n'est point un élément ; qu'il y a environ quarante matières primitives et inaltérables dans les fossiles ; que toutes les lois du mouvement et de la vie viennent de l'attraction ; qu'enfin il a^y a point d'ame dans les animaux, ni de Dieu dans l'univers. La méthode analytique impose beaucoup à la multitude, qui révère toujours ce qu'elle ne connaît pas ; mais cette marche de nos esprits forts est une preuve évidente de leur faiblesse, qui , ne pouvant embrasser plusieurs objets i-lafois, tâche de les réduire à un seul, qui finit par leur échapper à son tour.
11 n'eu est pas de même de la synthèse, qui, comme la nature dans ses productions , va du
•impie au compose. G^est par elle que nous gëpëralisons nos pensées et les propriétés de chaque être. Pour donner une idée de qes deux méthodes, j'en ferai Tapplication au soleil lui-même, ce premier agent de notre monde. Je suppose qa^un docteur se soit mis dans la tête d'en con» n^tre les propriétés; il s'éloigne d'abord des brouillards qui couvrent la terre , et choisit le commet de quelque haute montagne pour le lieu de ses observations. A mesure qu'il s'élève audessus de l'horizon , il voit disparaître successi- Yement les prairies, les vergers , les forêts de sapins, et il parvient enfin à des rochers dépouillés de verdure, où l'eau, réduite, faute de chaleur, à son état naturel de congélation , se change autour de lui en énormes glaces , et où les dernières couches de l'atmosphère sont à peine respirables. Là, le soleil, dépouillé de ses rayons ardents et de ses brillantes réfractions , ne lui apparsut , en plein midi , que comme un petit globe de quelques pouces de diamètre, au milieu d'un ciel d'un bleu foncé. Voilà le résultat où l'a amené l'analyse de l'astre du jour. Supposons, au contraire, qu'un ignorant tel que moi, qui va du aimple au composé , redescende humblement du somftiet de cet orgueilleux observatoire : chaque pas qu'il fait vers les vallons lui découvre une qualité nouvelle du soleil. En entrant dans une atmosphère vaporeuse, il voit les rayons se tein-
212 HAEMOKICIS
drc d'aurore et de pourpre, dOater Pair, fairt souffler les vents, et fondre les glaciers en fleuves et en torrents : il en conclut que les rayons salaires se décomposent en couleurs , qu'ils sont chauds , puisqu'ils rendent les glaces fluides , et qu'ils allument en quelque sorte notre atmosphère , dès qit'ils se montrent sur notre horizon. En considérant ensuite leur action sur la terre, 3 pressent d'abord que le soleil l'attire, puisqu'elle tourne sans cesse autour de lui ; et il est porté \ croire qu'une si puissante influence sur le globe doit se faire sentir dans son intérieur, et y produire peut-être l'or et les pierreries, qu'on ne trouve guère en effet que dans le sein de la zone torride. Parvenu aux flancs de la montagne , ou reparaît la puissance végétale, il aperçoit de nouvelles propriétés du soleil ; il voit ses rayons, pénétrant les forêts, en développer les feuillages, en colorer les fleurs, en féconder les semences, et ajouter , chaque année , un cercle à leon troncs majestueux. Plus bas, il les voit s'étendre dans les vergers , donner aux fruits leurs couleurs» leurs parfums , leurs saveurs ; et il doute si , en se fixant à leur surface en or. et en vermeil, ik ne se conglomèrent pas au dedans en ambre et en sucre. Enfin, descendu avec la nuit au fond des vallées , il entend les oiseaux par leurs chansons, et les troupeaux par leurs mugissements, saluer les derniers rayons du soleil qui dorent
DE LA NATURE. 2l3
^le$ sommets des collines. Bientôt ils cessent de Toir, de marcher , de sentir, et, pour ainsi dire , de ¥ivre. Son absence les plonge dans un prgfond afunmeil. On croirait que leur vie est une portion de cette flamme céleste qui éclaire et échauffe les airs-, les eaux , la terre et les forêts. Le cours ^ leiurs actions journalières est réglé sur les diverses heures du cours journalier du soleil , comme celui de leurs naissances , de leurs amours , de leurs générations et de leurs morts, sur les diverses ' phases de son cours annuel.
L^homme seul sait rappeler le feu du soleil au milieu des ténèbres , et y découvrir de nouvelles modifications. Il le fait sortir du tronc des ai^ bres, où de longs étés Font fixé, et il le fait étinceler et flamber dans son foyer. Mais sa lueur céleste brille encore pour lui au haut des cieux , malgré Tobscurité des nuits. Il la voit réfléchie dans le firmament, par les planètes, accompagnées de leurs satellites nombreux. Il les voit tour-à-tour ascendantes, descendantes, à Forient, à Foccident, sur des lignes horizontales, obliques , perpendiculaires , et formant entre elles des losanges , des carrés , des triangles. Ce télégraphe céleste lui parle sans cesse un langage mystérieux , qui lui annonce toutes les harmonies du temps , des secondes , des minutes , des heures, des jours, des semaines, des mois, des saisons , des années , des cycles , des siècles.
9l4 HARMONIKS
Il exprime encore toutes leâ ép- ues fe Texin* tence, 'des naissances , des adole6( aces , des puberté/ des Tirilit^s, des gënërationd, des vieillesses, des décrépitudes, des morts. Quelquefois une comMe chevelue, venant à traverser les cieux , apparaît comme un signal de destruction ou de création pour un globe ancieii ou nouveau. Ainsi , si Ton peut comparer les imitations terrestres des hommes aux modèles célestes que leur offre la nature, nos machines mobiles élevées sur le haut de nos tours nous annoncent , par quelque signal extraordinaire, une défaite ou une victoire. Peut-être chaque étoile , comme un soleil , a ses signaux particuliers dans les mouvements des mondes auxquels elle donne la vie; peut-être tous leurs télégraphes, agissant à-lafois , se communiquent leurs expressions , et ex« priment h Tinfini des pensées ineffables , cpii ne sont comprises que par des êtres immortels. Pour notre soleil , il est pour Thomme le livre de Fini* mortalité; c^est dans sa lumière qu^il puise ces sentiments de gloire, d^infini, d^étemité, qui accompagnent sans cesse les espérances de sa vie passagère.
Nous ne connaissons donc les qualités du so« leil qu'en les combinant synthétiquement avec les autres puissances de la nature , et nous les faisons disparaître en les en séparantpar Panalysc. lien est de même des autres puissances. Nous ne connais-
OK hk MATUIE. ItS
•ont tes fl.cult^M'ide rhomme qu^en le mettant en rapport avec M^if illëmentSi les végétaux i U^a anir maux, et •ur-tout avec ses semblables. CVst par ces rapprochements que se démontre Texistence de son ame raisonnable. Il en est do même de la Divinité. Nous ne nous convainquons de sa puissance 9 de son intelligence, de son éternité , de sa bonté I qu'en rapportant ses attribuU à ses divers ouvrages. Elles s'évanouissent dans les médita*tions du soliUirc, qui les décompose dans son cerveau. Il n'y a point d'homme plus près du ma« térialiame que le métaphysicien , parce que l'a* nalyse qui l'égaré, est née de l'orgueil et de la faiblcase de l'esprit humain.
La botanique a été traitée par l'analyse comme les autres sciences. Les hommes, semblables aux enfants , ont effeuillé les plantes pour les connaître i et ils ont tiré à-peu-près les mêmes résultats. Mais si on rapporte les végétaux aux autres puissances de la nature, leurs fleurs au aoleili leurs tiges aux vents, leurs feuilles aux pluies, leurs racines à la terre , leurs fruits aux animaux et aux hommes, il en résulte mille connaissances agréables et utiles. Une prairie sutîit pour donner aux enfants, au défaut du ciel» une idée de la puissance du soleil. Les fleurs lui montrent les diverses époques des heures, des ^oursi des saisona et des années. Si les astres , par leur grandeur et l'étendue de leur révolution, fout naître
2l6 HABMOXIES
des sentiments d^admiration, d^étonnementetà respect religieux f les fleurs en produisent de gaietd , d'innocence , de plaisir. Laissons mène les enfants f an dc^faut de maîtres, imaginer 1m botanique. S'ils trouvent que les pétales des roseï ne sont concaves que pour être claqués sur lev front ; que les dcgrc^s de la tige de certaines graminées ne sont alternés que pour exprimer k degré de leurs amitiés , et que les volants des semences d'un pissenlit ne sont faits que pour être soufflés d'une seule haleine , qui dira que leur système ne vaut pas celui de Linn^eus? Lesfleun d'une prairie sont aussi bien créées pour leur servir de bouquets et de chapeaux , que pour être pilituixkvs par les b^les, ou disséquées par des savants. La plupart même d'entre elles ont des rapports de convenance avec les traits des enfants, par leur grandeur, leurs couleurs et leur naïveté. Les bluets sont semblables à leurs yeux bleus: les boutons de rose ù leurs lèvres vermeilles. U en est de mc^mc des fruits : la pomme d^api , blanche et rouge , a des convenances avec leur» joues si riantes; la pèche fondante et la fraise mamelonnée en ont également avec le sein des jeunes filles. Un pourrait les étendre beaucoup plus loin.
C'est donc aux femmes , et sur-tout aux mères, à donner les premières notions de la botanique aux enfants , en allant du simple au composé. On
fieiit remonter aMi^iiienl trun fraisier|uMiu^ ji Tor-dr« do Tunivcni : ^Vn vais présenter la marche à rinstilutrice , qui doit .^c considt^rer comme U mère des enfanta > ain.<)i que l^astilutcur eat considén^ comme leur p^ro. Je voudrais même que Vnnt et Tautre en port«*isAent les noms, afin qu'ils se rappellent sans cesse la hontd et Tindulgencc qiiHIs doivent i^ leurs tflèves , et ceux-ci Taffec» tion et la i>(^connaissance dues à des soins maternels.
Je suppose donc une m^re avec deux enfanUi , «ne petite fdle et un petit garçon , auxquels elle voudrait donner quelques idc^es de la nature et de son auteur. J'appellerai la première Virginie, et le second Paul. J'adopte ces noms d'autant plus volontiers, que j'tx^ dire y «ivoir attiirlu^ quelque intënSt. Beaucoup d^Milants les portent aujourd'hui : en cela, Dieu a Cf>mblif mes vœux et audelà. Lorsque j\^tais célibataiiv , et que je publiai tes premiers volumes de mes Kludes de la Nature^ j'y ai dit, sans me douter que je proplit^isais^ que la f^^ntmiiim Jututv m appartmntmii m r/iW- ^ut rhasi*. Je rentendais devS rt^formes <le son éducation, dont je nroccupais; mais j'en suis en quelque sorte tlevenu le parrain. Je ne vais point dans une pmmenade , que je n'entende des m^re$| des bonnes, des fr^iYs et des scinirs appeler des Pauls et des Virginies. Je tourne souvent la tête , croyant que ce sont mes propres enfants; car j'ai
2l8 HARMONIES
aussi une Virginie et un Paul, qui forment la cobrenne de roses de ma vieillesse. Je me serviraidoncl de leurs noms avec d^autant plus de pl»8ir, qo'ik me donneront Toccasion de tracer une esqmM de leurs caractères qui commencent à poîndic; j^y trouverai aussi celle de leur donner quelqaei leçons utiles pour Tavenir. Ma Virginie, qui a bientôt cinq ans , est dëjà dans Tâge et dans k goût d'en profiter : pour mon Paul , il n^a guèn qu'un an ; mais il est de Thumeur la plus douce, et il répond déjà, par ses caresses , à la vive affection de sa sœur. Il n'y a que des âmes aimantes qui soient propres à l'étude de la nature.