LA MÈRE, VIRGINIE ET PAUL
LA MÈRE
Que le mois d^avril paraît doux, après un hirer aussi rude ! Reposons-nous au pied de ce ch^ qui montre ses premières feuilles. Asseyons-nous sur ce gazon. Amuse-toi , ma fille , à cueillir des. (leurs pendant que je tiendrai ton frère sur mes genoux.
VIRGINIE
Je vais lui en faire un gros bouquet, et pour vous aussi, et pour moi aussi.
LA MERE
Tiens, voilà des violettes.... au pied de cfs églantiers.
BE LA KATURE. 219
VIRGINIE
^Dh! qu'elles sentent bon! Je croyais qn'clles ne lient que dans les jardins. Maman, comment lez-YOus ces fleurs blanches qui viennent
^pmni les violettes ? Elles sentent bon aussi.
Il A HERE*
^ ■ Ce sont des primevères.
2 VIRGINIE
Et celles-là, qui sont au milieu du bob ?
LA MERE
Ce sont des jacinthes et des muguets.
VIRGINIE
l -Ah ! voici des marguerites dans Therbe. Qu'elles ' i sont jolies ! £n voilà d'à moitié ouvertes. Pour- I quoi ont-elles un petit étui vert qui les enveloppe à moitié?
LA MÈRE
C'est pour défendre la fleur. On appelle cet
étui un calice. Beaucoup de fleurs ont un calice.
' C'est comme le bourrelet que je mets autour
de la tête de Paul, de peur qu'il ne se la casse en
tombant.
VIRGINIE
Mais les fleurs ne tombent pas.
MO HAlMOIflEA ^
LA aïKBE»
Non, i^aii elles sg, choquent les unes OHKtrekf 1 autres quand il fait du vent.
viftcmiE.'
^t ces petites feuilles blanches de la margueriH qui sont toutes rouges par la pointai à ^prinserrent-eUes? * ^
LA MÈRE
A renvoyer les rayons dû soleil sur leiniliei de la fleur, à ce que dit ton papa. On IcV appelle des pétales.
YIRGmUE.
Qu^est-ce que c^est que ces -petits houtODS jaunes comme des têtes d^épingles , qui sont as milieu de la marguerite ?
LA MÈRE
Ce sont des fleurons. Ils ont besoin de chaleur pour fleurir : voilà pourquoi la plupart des fleun se tournent vers le soleil. Mais je ne suis pas assez savante; ton père t^cxpliqucra cela un jour.
YlHOINIE.
Pourquoi u^ est-il pas venu avec nous? 11 aurait eu bien du plaisir.
LA MÈRE
Oui, il aime le bois de Boulogne. Il s^y estaoQvent promené avec Jean-Jacques.
DK hk nature: 321
VtRGtNtK.
QuVst-co que Jean-Jacques ? Je ne Tai jamaU ru Rvec iffon papa.
LA MKHS.
U est mort il y a long-temps « ma fille. CVst im homme qui a vii fort perstVut^ « parce qu'il prenait le parti des malheureux. Il aimait beaucoup les enfants.
VIRGINIE
Mon papa nous aime aussi beaucoup. Pourquoi a'est-ii pas venu se promener avec nous? Il y rient toujours.
LA MÈRE
Il est reste à Paris, pour nos affaires.
VIRGINIE
Pour quelles affaires?
LA MàEE.
Pour des procès.
VIRGINIE
Qu'est-ce que des proc^8 ?
LA MkRE.
Ce sont des guérites qu'on nous fait pour nous iemander ce que nous ne devons pas, et pour I0U6 refuser ce qu^on nous doit.
233 HAEMOHIES
VmGIHIE.
Mais on se tue à la guerre.
LA MÈRE
Dans les procès, on tue les fortunes, et quelquefois les réputations.
YIEGINIE.
Nous sommes donc bien à plaindrai car on dit que la guerre est à préieut par-tout M monde. Ln hommes sont bien méchants ! On fait la guerre à mon papa ! ( Elle se met à pleurer. )
LA MÈRE
Tu es trop sensible, ma pauvre Virginie; ne pleure pas. Si les méchants sont contre nom, Dieu sera pour nous. Rapprochons-nous de b nature ; elle est son ouvrage.
VIRGINIE, en riant et en courant.
Oh! que de fleurs dans les herbes 1 En voilà de blanches, de jaunes, de bleues, de rouges, de violettes, de grandes! grandes! et de toutes petites. Comment s^appcllcnt-elles?
LA MÈRE
Je ii^cn sais rien.
VIRGINIE
J*ai bien envie de les connaître toutes.
DK LA MATUMK. aa3
LA MÈM.
Tu les montreras à ton pire, qui t'en dira \vh noms , et noua lea apprendrons ensemble ; car je Bub aussi ignorante que toi.
VIEGINIE.
J*en connais d<*j& beaucoup, beaucoup : des roses, des œillets, des jasmins, des marguerites, des violettes, des.... des.... prime.... Je m'en ressouviendrais bien, si je les voyais.
LA MliRK.
Tu n'auras pas plus de peine à en retenir le.% noms que ceux de tes lettres.
VIAOINIK.
Oui, si vous me les apprenez aussi, maman.
Les fleurs sont plus jolies que les lettres. Je voudrais pouvoir lire dans un prë comme dans un livre.
LA MJCEK.
Nous ne savons pas encore ^peler Talphalx^t de la nature, comment pourrions-nous en assembler les pensées?
ymoiMiE.
Voilà beaucoup de fleurs blancbes le long du 'Kjis. Elles rcjisemblent Ik des marguerites; mais ftilet sont {dus grandes.
224 nkàmo^izh
LA MERS
Ne les cueille pas : ce sont des fleurs de frai« 3iers ; cet ctë, elles se changeront en fraises.
VIRGINIE
Comment! les fraises commencent par être des fleurs ?
LA MÈRE
Oui, mon enfant, comme les femmes commeocent par être de petites filles.
VIRGINIE
Et les autres fleurs des prés deviennent-elles aussi bonnes à manger ?
LA MiRE:
Non.
' VIRGINIE
Elles ne servent donc à rien ?
LA MERE
Il n^y en a aucune d'inutile. Les abeilles viennent y chercher leur miei.
VIRGINIE
Qu est-ce qu'une abeille ?
LA MÈRE
C'est une mouche grise, à quatre ailes. TieoSf
DE LA NATURE. 2il5
en voilà une sur cette fleur de muguet. Prends garde d'y toucher, car elle pique bien fort. Tu peux la regarder, elle ne te fera pas de mal.
VIRGINIE
Oh! elle enfonce sa tête dans les godets du muguet, comme quand je mets mon doigt dans mon dé ! Elle ramasse avec son bec pointu une poussière jaune, qu'elle met sur ses cuisses avec se9 patéft de devant. Venez donc voir, maitaan ; que cela esl^ curieux ! En voilà ekicore d'autre!» sur d'autres fleurs; mais il n'y en a pas sur leurs feuilles : les feuilles ne sont donc bonnes à rien?
LA MÈRE
Oh si ! Ces vaches que tu vois là-bas les mangent, et les changent en lait dans leurs mamelles.
VIRGINIE
Je ne savais pas que le lait venait des plantes, et le miel de leurs fleurs.
LA MÈRE
Les abeilles en tirent encore de la cire , les moutons de la laine , et elles font produire des œufs aux poulbs qui en mangent les graines.
VIRGINIE
Mais qui est-ce qui a fait les plantes?
LA MERE
Gest le bon Dieu, ma fille.
VIRGINIE
Mais qui est-ce qui les fait pousser .'^ 11 n*y a point de jardinier ici comme dans les jardins.
LA MERE
C^est le soleil qui les échauffe , la pluie qui les arrose, et le vent qui les ressème. »
VIRGINIE
Oh ! Dieu est bien savant !
LA MERE
Oui, ma chère fille ; c^est lui qui a fait le soleil , le vent, la pluie , la plante; Tabeille , qui tire le miel de ses fleurs; la vache, qui change les herbes en lait, et les hommes, qui jouissent de tous ses bienfaits, souvent sans reconnaissance.
VIRGINIE
Oh! Dieu est bien bon! je veux le remercier tous les jours. Il n^a rien fait d^inutilc. Mais ce n'est donc pas lui qui a fait ces vilaines chenilles qui mangent les feuilles des arbres ? En voilà une qui vient de me tomber sur le visage : oh ! qu'elle rst laide !
DE LA KATUKfc 227
LA MERE
C'est des chenilles que viennent ces jolis papillons après lesquels tu aimes tant à courir.
VIRGINIE
Et comment cela ? est-ce qu'il y a un papillon dans une chenille ?
LA MÈRE
Oui, mon enfant, il y est renfermé, comme tes ciseaux dans leur étui. Je ne peux pas te Texpliquer, mais je te le ferai voir un jour.
VIRGINIE
Oh! maman, faites-moi le voir tout-à-l'heure.
LA MERE
Ma bonne amie, je ne peux pas plus te montrer à présent un papillon dans une chenille, qu'une fraise dans sa fleur : il faut que le soleil ait mûri Tun et Tautre.
VIRGINIE
Ah! voilà un oiseau qui en emporte une.
LA MERE
C'est pour la donner à manger à ses petits.
Sans les insectes, les oiseaux n'auraient pas de quoi nourrir leurs petits dans une saison où il n'y a pas encore de grains ni de fruits mûrs.
2a8 **»HARMONIES
VIRGINIE
Mais à quoi servent les oiseaux ? Ils sont inutiles puisqu'on ne peut pas les attraper.
LA MÈRE
Us senrenf à rëjouir Thomme parleurs chants.
Celui que tu viens de voir est un rotoignol; il est brun comme un moineau , et il a un long bec. Il s'est rëfugié dans ce buisson couvert de petites roses, qui est un églantier. Cest là qu'est son nid.
VIRGINIE court au buisson.
Oh! je vais prendre ses petits. {EUe reçienten pleurant. ) Âh mon Dieu ! je me suis arraché les mains; mon sang coule, je vais mourir!
LA MÈRE
N'aie pas peur de mourir. La mort est notre retour vers Dieu qui est bon. Embrasse -moi.
VIRGINIE
Maman, si Dieu était bon, il n'aurait pas mi^ des épines parmi les roses.
LA MKRK.
Il en a mis dans plusieurs buissons, afin que les petite des oiseaux , qui ne peuvent pa.n voler, fussent défendus dans leurs nids.
DK hk MATURE. 339
VIliGIMIE.
Pourquoi ne vcut-ii pas qu^on les prenne? Je ne leur aurais pas fait de mal ; je les aurais mis dans une belle cage avec mon chardonneret.
LA MàRE.
Que dirais-tu ^ si on t'enlevait à ta mère pour t*âever dans une belle maison î Pourquoi ferais* tu à la mère d'un oiseau un chagrin que tu ne voudrais pas que Ton fit à la tienne i
vmoiNiE.
Ah! Dieu est bon, puisquMl prend soin des petits obeaux. Mais s'il n'y avait pas de Dieu ?
Lk MEEE.
Il n'y aurait alors ni plantes , ni chenilles , ni oiseaux I ni petites filles, ni pères, ni mères; tout serait dans la confusion : c'est Dieu qui les a faits.
VmGINIE.
Mais qui est-ce qui a fait Dieu?
LA MàRE.
Personne ; il est de toute éternitë.
VIRGINIE
Je voudrais bien connaître Dieu,
23o HAHMONI£S
LA MERE
Tu le conn£utras en faisant du bien , à son exemple.
VIRGINIE
Je ne suis pas assez grande.
LA MÈRE
Tu en peux faire dès à présent. Abstiens-toi de faire de la peine aux animaux. L'abstinence do mal envers les bétes est le premier exercice du bien envers les hommes.
VIRGINIE
Oh ! je peux faire du bien à mon frère Paul. Tu sais, maman, que je n'ai rien que je ne partage avec lui. Tiens, mon petit Paul, voilà des fleurs que j'ai cueillies pour toi; voilà des violettes, des marguerites; j'en vais mettre tout autour de ton bourrelet. Baise-moi, mon ami. 11 rit toujours!
LA MERE
Allons , ma chère Virginie , il est temps de nous en retourner, de peur d'être surprises en chemin par la nuit. Tu feras un chapeau de fleurs à ton frère à la maison. Nous rencontrerons peut-être ton père qui viendra au-devant de nous.
^MVMM^^WI^M^^^V
Je peux assurer que je n'ai mis dans ce dialogue que des idées communes à ma fille , âgée
DE LA NATURE. 23l
de quatre ans et huit mois. Elle m^a souvent embarrasse avec ses questions. En voici Tordre ordinaire : Qu*est-ce que cela? à quoi cela sert-il ? et à cause ? Et quand on croit Tavoir satisfaite sur ces trois points, elle retourne sa question en ^ sens contraire, par cette autre : Et si cela n'était pas ? Elle cherche à connaître les choses positi-* vement et négativement. Avec ce tour de logique, elle m^a mis souvent hors d'ctat de lui répondre. Agreste , cette méthode de raisonnement est £afluière à la plupart des enfants élevés avec liberté. Notre raison apparaît positive et négative dans ses premiers développements; elle est en rapport avec les harmonies de la nature , formées de contraires ; c^est elle qui pousse les enfants à efXeuiller la rose quUls ont d'abord admirée : comme les . hommes , ils veulent connaître la source de. leurs plaisirs. Je me servirais de cet instinct pour leur donner une idée intime de la botanique ; je leur montrerais le rapport des racines des plantes avec la terre , de leurs feuilles avec les pluies , de leurs tiges avec les vents , des pétales de leurs fleurs avec le soleil ; je leur expliquerais même Tusagè des pistils, des anthères et de leurs parties sexuelles. Ces images sont si pures dans les fleurs , que la plupart des hommes ne les y aperçoivent pas, quoiqu'ils les foulent aux pieds. Je ne voudrais pas qu'ils eussent honte eux-mêmes de leur propre sexe , et qu'ils
le regardassent comme mi opprobre, suivant noi anciens préjuges. Tout est innocent à des amei innocentes. Ce n'est pas la nature qui corrompt notre cœur , c'est notre cœur qui corrompt h nature. J'apprendrais aux enfants à respecter k double chaîne qui reperpétue les êtres y connue une loi sainte et sacrée que la nature a mise en eu sous la sauvegarde de la pudeur. Les jeunes fillti des sauvages sont chastes, quoique nues, parce que leur cœur est pur. Les sexes des planteupe feraient pas plus naître dans les enfants des mÊt$ obscènes, que les sexes des animaux qu'ils TOÎent tous les jours à découvert.
Au reste, nous naissons tous pyrrhoniens : les questions directes et inverses des enfants ea sont la preuve ; c'est par elles qu'ils s'instruisent Le doute est dans leur tête, comme dans celle de Descartes, le premier mobile de leur science; leur raison vacillante me parait la cause de Yiar constance qui leur est si naturelle. C'est une balance qui a son systole et son diastole , comme le cœur. Elle est en rapport avec les harmonies de la nature, formée de contraires, et, par ses balancements même , très-propre à se charger de connaissances en tout genre , pourvu que nous en maintenions l'équilibre. Mais bientôt les pré* jugés, les autorités et les habitudes en font incliner un des côtés , pour ne se relever jamais. Heureux encore si nous conser>dons le doute
pour les opinions d^autrui! mais , comme les philosophes eux-mêmes , nous les rejetons sans examen , pour n^approuv^ que les nôtres.
U est donc nécessaire de laisser les enfants taire des questions ; car c^est à l'ignorant ou à celui qui doute à demander , et à celui qui sait ou croit savoir à répondre, au rebours de notre manière d'instruire , comme Ta fort bien remar- ^faé Jean-Jacques. Il suffit de piquer la curiosité des enfants, qui n'est si active en eux que parce <|ue tout leur est nouveau , et que leur raison en éqpplibre ne s^t à quoi se fixer. Pourvu donc qu^on ne Tarréte point par des autorités dogmatiques, ou lui ouvrira mille perspectives ravissantes au milieu de cet océan de vérités qui nous environnent. Mais si vous la fixez à des atomes, comme Epicure , ou à des tourbillons de ces mêmes atomes , comme Descartes , ou à Thorreur du vide , comme Aristote, ou à Tamour du p|ein, qui est l'attraction, Gomme les Ncwtoniens modernes, vous échouerez sur un écueil. En vain vous ajouterez à ce dernier système si à la mode une force de projection, combinée avec celle de l'attraction , de peur que toutes les pièces de l'univers, en s'attiraut mutuellement, ne viennent à former un seul bloc ; en vain vous supposerez même que cette force de projection en ligne droite est produite par la force centrifuge ou repoussante du corps qui attire , parce
que c^cftt une contradiction; en vain vous ajoih tercz que , dana les corps , les uns repoussent, et les autres attirent, comme une maîtresse qui hait son amant, ce qui n^a pas encore éié dit, quoique plus vraisemblable : vous ne ferez jamais concevoir le mouvement elliptique et constant d'une planète autour du soleil, sans Tidëe d^m être intelligent qui a crdë ces forces , les a balancées et les entretient. Le sentiment de la divinité est Tultimatum de la raison humaine; c'est le contre de la sphère , dont elle est un rayon; elle en part, elle y retourne. J'ai trac^ une li^gère esquisse de sa marche d'après la raison d'une petite fille. Les enfants âgëS de dix à douae ans, sont susceptibles de raisonnements beauconp phis (étendus ; il en est tel qui , par une courte sévw. de questions fort siinj)l(vs, forcerait l'athée le mieux retranclu^ dans son système hérissé de calculs, cravouor, comme Newton lui-même, qu'il existe un Dieu : mais, ]>our nous enlever ve|RB lui, ne quittons ])as le chemin dos fleurs.
Si les jeunes filles ont du {j;oAt pour les fleurs eparsos dans les champs, elles n'en ont pas moins pour les rasseml)ler en bouquets on en chapeaux, et les assortir avec leur teint,' leui*s traits et leur humeur. On peut, a cette occasion, leur donner une idi^e gi^nc^rale de notre théorie des couleurs en ciiu| couleurs primitives , ou la blanche . la jaune, la rouge, la bleue cl la noire.
DE LA NATURE. u3l>
On pcnt y peindre leurs conlciirA inlcrmddiaires, telles que la safr«inc^e, Torangt^o, la violetlc, et celle <rin<ligo; on pourrait en former avec des fleurs une guirlande qui ])rosenterait une si^rio des plus aimables consonnances , en les rangeant dans cet ordre : des jasmins, des marguerites , des jonquilles, des bassinets, des capucines, des roses, des coquelicots, des nielles des blés, des bluets, des pieds-d\ilouettes , des tulipes rembrunies; car, pour les fleurs tout-à-fait noires, je nVn connais point : elles seraient inutiles dans le tableau de la végétation, où chaque fleur porte son ombre avec elle. On apprendrait aussi aux jeunes filles «\ produire des contrastes avec ces mêmes fleui*s, en opposant les plus claires aux plus sombres : en ce cas, elles auraient attention de mettre les plus blanches au centre, comme une masse de lumic'^re qui éclaire et rehausse tout le groupe : cVst ce que ne ttianqueut pas de faire les van Spal'ndonrk dans leurs tableaux. Mais, après tout, ces réflexions ne valent pas le goAt tiatun*l du sexe dans Tarrangenieut des fleurs, qui font ^sa plus charnianle ]»arure. (loinme je Tai dit ailleurs, j'ai connu une feuune qui, avec de simples graminées de diverses espc^ccs, formait les plus agréables ])anaches <lans des vases à long col : il n'y entrait pas une seule fleur. Les feunnes de l'Orient trouvent dans leurs jardins de quoi exprimer toutes leui*s passions, avec des roses,
u3G HARMONIES
des soucis 9 des tulipes au cœur brûle.... En effet, les fleui*8 ont des analogies avec les caractère», les unes dtant gaies , d^autres mélancoliques ; tt j en a mémc^ ainsi que je l'ai dit, qui en ont avec les traits du visage : les bluets en ont avec les yeux, les roses avec la bouche» la rose de Gueldre avec le sein, la digitale avec les doigts, etc. Chacune d'elles a des parfums qui en ont auaii avec les diverses sensations de la beauté. Us fleurs les plus odorantes sont les plus propres à faire des bouquets et des chapeaux, telles que les violettes et les roses. Rien n'est aimable comme les fleurs dans la parure des femmes et des eiir faats : l'or, Targent, les perles et les diamants, ne peuvent leur être comparés ni par leurs formes, ni par leur éclat, qui est trop vif; seules, elles ont des coupes et des teintes analogues à la couleur des yeux, des lèvres et du visage; elles se présentent par*tout sous leurs pas, tandis qu'il faut aller chercher les métaux et les fossiles brillants à ti*avers miUe dangers, au sein des terrts et des mers : les unes se recueillent par les maini de l'innocence, et les autres souvent par celles du crime.
Mais on ne jouit pas toujours des premîen charmes du printemps. Quelquefois , comoie celui de la vie humaine, qui est entremêlé de rougeoles et de petites- véroles, il ne s^annonce que par des grêles et des giboulées; le mois d'avril,
■ qui f?n présente les prémices, est souvent humide '. et froid dans nos climats. Les paysans de mon pays disent en proverbe : Açril douœ; quand il ' sy met, c'est le pire de tous. Il règne alors , sur- ' tvnit s«r les côtes de Normandie, un vent du nord- ' miesl, qui couvre nos campagnes de Tatmosphère bmmeuse des glaces marines qui descendent des pôles du Nord , et viennent s'échouer et fondre eut le banc de Terre-Neuve. Souvent le mois de mai n'est pas plus agréable que le mois d^avril. Voltaire disait que le mois de mai n'était beau tpkt chez les poètes. En effet, j'ai vu plus d'une fois de la neige tomber dans nos promenades avec les fleurs des marronniers dinde. Pourquoi exposerions-nous alors nos jeunes filles à des rhumes et à des transpirations arrêtées ? Destinées, pat leur délicatesse et leurs devoirs, à garder Tintérieur de leurs maisons , laissons-les-y au moins à Tabri des injures des éléments; ce n'est qu'aux garçons à les braver. Je voudrais donc que ceux-ci, dans!>les mauvais temps, fissent seuls des incursions dans les campagnes pour en rapporter des fleurs et des rameaux ; les jeunes filles en feraient des guirlandes destinées à leur parure; elles s'exerceraient ensuite à les dessiner et à les broder , d'après quelques bons modèles et les conseils de leur mère, ou, à son défaut, de quelque Minerve du voisinage. Pourquoi ne se trouverait-il pas des femmes qui feraient part
gratuitement de leurs talents à la jeunesse, comme d'autres faisaient part de leur fortune à la fondation des couvents , dans un temps où ils étaient l'asyle de l'innocence et de la vertu ?
Je pense qu'il est utile d'exercer également les enfants des deux sexes à dessiner les plantes. Ils trouveront dans leurs formes toutes les courbes imaginables, et ils exerceront, diaprés des modèles réguliers , l'instinct qui les porte i charbonner sur les murs les objets qui les frappent. *
Si j'ose dire ce que je pense, c'est aux plantes^ et sur-tout à leurs racines, qui leur fournissent des fils , des cordes , des arcs , que les sauvages doivent les premiers modèles des spirales de leurs meubles et de leur écriture hiéroglyphique. Je suis d'autant plus porté à adopter cette opinion, que les Chinois, le peuple le plus ancien de la terre , y ont puisé leur premier alphabet. Suivant Kircher, c'est des formes des racines, auxquelles ils attribuent les plus grandes vertus des plantes, qu'ils ont composé les premières lettres qui servirent à l'écriture vulgaire et à faire des livres. Ils y joignirent ensuite d'autres alphabets, formés d'étoiles, d'ailes d'oiseaux, de tortues, de coquillages, de vermisseaux, de reptiles, de poissons, suivant les sujets qu'ils voulaient traiter. Us groupaient plusieurs de ces animaux pour exprimer le caractère d'un objet
\ DE LA NATURE. lig
t Par exemple, voulaient-ils offrir Fimage de la I rapidité d'un fleuve qui se précipite comme un I .torrent? Us représentaient plusieurs poissons qui nageaient dans différents sens. Le cours ordii paire d'un fleuve était rendu par un seul poisson I nageant dans une seule direction. Une agrégai tien d'animaux forma un caractère, désigné aur fourd'hui par des points ou par de simples traits. B vest, suivant Kircher, la seule différence qui i existe entre leurs caractères anciens et leurs caractères modernes : ainsi , une lettre est chez I eux une pensée. Us eureut, dans Torigine, seize iiptjilphabets , qui n'en composent plus qu'un seul mu)Ourd'hui ; mais celui de la végétation est le plus ancien et le fondement de tous les autres.
Cest à la forme des racines des plantes qu'il faut attribuer , à mon avis , ces grands traits déliés, roulés et enchevêtrés qu'on trouve dans leur écriture et dans celle des autres peuples de rOrient, qui adoptèrent sans doute les mêmes modèles. Nous pourrions peut-être retrouver ces caractères radicaux dans. nos lettres romaines; car les trois jambes de l'M , les deux perpendiculaires de l'N , les deux inclinées de l'A, les deux renversées du V, de l'X, le Z, etc., ressemblent aux racines végétales de l'alphabet chinois. Les lettres E, F, 1, L, Y, représentent peut-être des tiges d'arbres, les unes toutes nues, les autres avec des branches, d'autres avec des
24o HABMONlfcS
racines , d'autres avec des branches et des raciiMn Notre T sur-tout est une abréviation du fameil Tau des Egyptiens. Il imite s comme lui , le troat d'un arbre avec ses branches horizontales, dé> signé ainsi dans les caractères de la Giine t* Cette forme de croix qui, suivant nos voj«|fni les plus éclairés, représente un aii>i% dans Téciv ture chinoise, a fait imaginer bien des com^ mentaires à quelques missionnaires , qui ont ckt y voir le signe de la rédemption ainsi que dans le Tau des Egyptiens. Il y a apparence que notre S a été tirée de la figure du serpent , d^autâtt qu'elle fait sifHcr tous les mots où elle aê trouve. Nous citerons en preuve ce vers de RiciiK dans la bouche d'Orcste furieux, qui clroit voir le spectre sanglant de sa mère après Tavoir poignardée :
Pour qui sont res serppnU qui sifflent sur vos tètes ?
La lettre C, qui a une partie de la figure (le rS, ou d'un serpent à demi levé, produit aussi souvent le même sifflement. Quant à TO , je suis porte à croire qu'il doit sa foimc à celle du soleil, d'autant que le son qu'il exprime est, dans toutes les langues, celui de l'admiration : c^cstle sentiment qu'a dû produire cliex tous les peuples l'astre du jour. L'O donne de la majesté a tous les mots, en les rendant plus sonores. Il se trouve fréquemment dans les langues méridio-
Baies de TËurope, comme dans celle des Espagaob. Aussi Charles-Quint, s'arrétant aux divers flMTcents des langues européennes, disait que Tan- Q^ise était propre à parler aux oiseaux, Fallemande aux chevaux, Titalienne aux dames, la française aux hommes, Tespagnole à Dieu. Ce qui prouve encore que la figure de la lettre O doit son origine à la forme ronde du soleil, et aon expression à celle de Fadmiration , c^est qa^élle se trouve très-rëpandue dans les langues «impies des peuples de la zone torride, auxcelles elle donne une harmonie et une dignité que n'ont pas souvent celles des peuples savants et civilisés des autres climats. C'est ce qu'on peut voir surtout dans les noms de la plupart des royaumes de Tintérieur de l'Afrique, tels que ceux d'Angola, des Jolofs, de Tombuto, de Boumou, de Majombo, de Gingiro, de Macoco, de Loango , de Congo , de Loando , de Monoéittugt, de Monomotapa, de Monzambo, etc. D'un antre côté , j'ai observé que dans les pays froids « comme en Russie, la plupart des terminaisons des noms sont en A, telles que celles du lac Ladoga, en Finlande; de la cascade d'Imalra, de la TÎlle de Riga, ainsi que celles de quantité de noms vulgaires. La bière s'y appelle piva; l'eau, vauda; le pain, gleba; la mère, matouska; le père, batouska. Pour dire à gauche , on dit na lava ; à droite , na prata ; mon pigeon , goloubouska
u/^'l HARMONIES
maïa, etc. J'en laisse chercher la raison à d'autres. Quant au caractère 0, je lui trouve une analogie encore plus marquée avec le soleil. Dans les chiffres arabes, lorsquUl est seul^ ce. n'est qu'un zdro; il est sans valeur : mais il décuple celle d'un chiffre lorsqu'il y est joint; il la centuple lorsqu'on l'y ajoute deux fois, ainsi de suite. Il ressemble donc au soleil, qui est sans action lorsqu'il n'est pas combiné avec une des puissances de la nature. C'est ce que Ton voit au sommet des hautes montagnes « qu'il laisse couvertes de glaces, parce qu'il ne peut s'y harmonier avec l'air,, qui y est trop raréfié. Mais lorsque, par la médiation de ce même air, il peut se combiner avec une des puissances de la nature, telle, par exemple, que la végétale, il en décuple les harmonies dans son coui^ annuel ; il les centuple dans une seconde période semblable, et il les porterait à l'infini dans le coura des siècles, si elles ne trouvaient des obstacles dans celles des autres puissances, que la nature a balancées les unes par les autres.
Pour revenir «lux seize alphabets des Chinois, il est digne de remarque que six ont été trouvés par leurs premiers empereurs. Fohi composa celui des dragons pour l'astronomie; Xim-Nùm, celui des lettres pour l'agriculture ; Gmem- Kim, ceux des huîtres et des vormissciux ; Choanillam, celui des oiseaux; et Yao, celui des tor*
DK LA NATURE. 243
tues. On en peut conclure que , dans ces anciens temps, les souverains étaient philosophes ou les philosophes souverains. Enfin , je ferai observer que non-seulement les premiers hommes ont cherché à exprimer leurs idées par des signes naturels, comme on le voit par les caractères primitifs de leur écriture, dont chaque lettre formait une pensée, mais encore quMls ont cherché à les exprimer par leur style figuré, que les sauvages , et les peuples civilisés de TOrient emploient aujourd'hui pour exprimer leurs passions, leurs lois, leurs devoirs. C'est donc pour moi une autorité de plus, qui prouve la nécessité où je suis de remonter aux harmonies de la nature pour y trouver celles de la morale même. Les végétales sont sans doute les plus agréables et les plus fréquemment employées par eux. Il n^y en a point qui inspire plus de bon goût dans tous les genres. J'ai déjà cité, je crois, un dessinateur dVtoffes de Lyon , qui apprit la botanique par le conseil de Jean - Jacques , et qui , par celte aimable étude, devint le plus célèbre de son art.
Quelle satisfaction une mère ne goûterait-elle pas en voyant ses enfants éprouver d'abord , à la vue des végétaux, des sensations communes de plaisirs d'où naîtraient des talents différents! Parmi les filles, les unes se plairaient à les dessiner , à les peindre, à les broder; quelques-unes
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peut-être à en extraire des essences et des élixirk Parmi les garçons, il y en aurait qui s^occuperaient du soin de les classer, tandis que d^aulres, contents de leurs simples formes, traceraient, d'après leurs volutes, des traits hardis d^écriture. Parmi ceux-ci , il se formerait peut-être quelque gcumètrç qui en calculerait les courbes si variées et si peu connues. Les réverbères des fleurs, qui échauffent sans brûler , sont plus intéressants « connaître que les miroirs d'Archimède. Ces douces études les détourneraient, dans le cours de leur vie , des passions cruelles qui naissent de Toisiveté. Klles leur offriraient des annisementi inépuisables au sein de la fortune, et des ret* sources assurées au sein de Findigence. Parmi ki émigrés français de notre révolution, combien de femmes de qualité ont dû leur liberté et leur subsbtance à Taiguille de Minerve, tandis que leurs époux et leurs frères n^ont trouvé souveat que la servitude et la mort dans les arts destructeurs de Mars ! Il en est sans doute parmi ceuxci qui, victimes des systèmes impies de nos villes et des passions féroces qui en résultent, maudissant les hommes, ont rouvert leur cœur à FAuteur de la nature, à la ^iic de ses plus aimables ouvrages. Us ont retrouvé une patrie où ils n'ont plus vu de compatriotes, et un Dieu où il n*j avait plus d'hommes. Les herbes des prés leur ont offert des lits de repos, et les cimes des fo-*
têts ont ëlevé leurs regards et leur aine vers les deux. Les yëgétaux charges de fleurs ou de fruits ftont dissémines sur la terre, comme des îles au sein des mers orageuses, pour nous servir de lieux de rafraîchissements , et nous guider vers un nouveau monde.
Apr^s avoir montré aux enfants à connaître les parties principales des plantes, à les grouper, à It8 dessiner, et même à les décrire, il est inté« ressaut de leur en faire observer Tensemblc, afin de leur apprendre à en composer des tableaux on des descriptions. Bien des gens ne peuvent rendre compte de leurs voyages que par les bornes des grands chemins ou par les noms dos auberges, des villages et des villes qui se rencontrent sur leur route. Us ne savent pas même s'orienter, et s'ils ont été au midi ou au nord. Ils traversent, sans s'en apercevoir, les prairies, les vallons , les forêts : la nature n'est plus rien pour eux. Les végétaux , qui en font le plus bel ornement , ne parlent pas à leur ame desséchée par la cupidité. Nos laboureurs mêmes, ne voient que des bottes de foin dans les prés fleuris, et des sacs de blé dans les moissons ondoyantes de la douce Gérés. La forêt la plus majestueuse ne leur présente que des bûches et des fagots : elle n'est digne de leur attention que quand elle est en coupe réglée : ils ne la regardent que quand elle est abattue. Cependant , c'est des harmonies des végé-
246 HAKMONIES
taux que les arts, qui font le charme de la viai tirent leurs principaux agréments. La poésie, réloquence , la morale même , nous ravissent par les images qu^elles en empruntent. L'Évangile, si austère dans les devoirs qu'il nous impose, nous enchante par son style rempli de comparaisons tirées de l'agriculture. J'en ai compté phis de cent dans un seul évangéliste.
Je vais à ce sujet hasarder quelques règles pour apprendre aux enfants à exprimer en peinture, en vers ou en prose, les sensations que leur fût éprouver le spectacle de la nature : je parlerai d'abord à leurs yeux avant de parler à leur cœur. La méthode qu'on doit suivre pour bien rendre le caractère d'un paysage en peinture , est la même que celle que j'ai indiquée pour exprimer celui d'une plante. Il faut d'abord rapporter les harmonies que le paysage a avec les éléments ^ comme nous avons rapporté celles que la plante a avec eux.
On doit commencer par rendre l'action do soleil sur l'horizon : un paysage sans soleil est un végétai sans fleur. Comme aucun pinceau ne peut peindre l'astre du jour dans tout son éclat, il faut le voiler par quelque objet, ou choisir les heures où sa lumière est la moins brillante. Les plus favorables sont celles du matin et du soir, parce que le soleil étant à l'horizon, tous les objets du tableau sofit frappés de ses rayons parallèlement
à nos yeux, et se dëtachent les uns des autres par de grandes ombres.
Celles do soir me semblent plus intéressantes que celles du matin , parce que le ciel étant alors plus vaporeux , la lumière y produit de plus beaux effets. Elles plaisent aussi davantage à notre imagination , parce qu'elles nous annoncent le repos de la nuit, tandis que celles du matin commencent les travaux du jour. Claude Lorrain a choisi par préférence la lumière du soleil couchant pour éclairer ses paysages, et il a excellé à en rendre les reflets dans les airs et sur les eaux marines. Ses vaisseaux , ses palais , ses péristyles y sont tout brillants d'une atmosphère safranée. Mais je pense que les rayons horizontaux du soleil couchant produiraient encore des effets plus riches parmi les arbres d'une forêt, si, en empourprant le dessous de leur feuillage et en dorant les cimes verdoyantes, ils se brisaient sur leurs troncs moussus , et les faisaient apparaître comme des colonnes de bronze.
L'atmosphère, à son tour, doit se faire 3entir dans un paysage par un ciel élevé, dont on rend l'es lointains avec des vapeurs étagées et fugitives. Ce sont sur-tout les nuages qui entourent le soleiï couchant, qui doivent exprimer la grande éten* due de l'horizon par les couleurs vives et les ombres prononcées des nuages qui sont en avant ; tandis que ceux qui les suivent sont teints de cou-^
leurs et d^ombrcs mourantes qui vont ae perdit dans rimmenvsitë des cicux. L^étendue de Fair doit aussi se faire sentir sur la terre, dans l^dpaisseor mâine des forêts, par de longues perspectives mdnagdcs parmi les troncs des arbres, et par quelques faibles aperçus d'un ciel azuré à Iraven leurs rameaux. C'est ainsi que Jouvenet a renda, au milieu des bois, une solitude profonde de Bruno , le fondateur des Qiartreux. On pourrait peut-<^trc y exprimer les mouvements de Tair, Famé des végdlaux, par le balancement de la cime des arbres , le retroussis de leur feuillage et les ondulations des prairies. Il serait possible d*} joindre une harmonie aérienne de plus, en ei* primant une ondée de pluie. 11 ne faut pas la répandre dans lout \é tableau , car il deviendrait mélancolique comme celui du JMuge^dn Poussin. 11 suffit d'y peindre Teffet d'un nuage pluvieux sur une partie de la fpriH. Les rais de la pluie se mêlant avec ceux du soleil , forment des arcs-en-ciel dans les rioux, et des harmonies charmantes parmi les arbres.
lin paysage sans eaux est un palais de Vénus sans miroir. La proportion des eaux avec les terrasses d\m paysa^^e doit être , à mon avis, de deux à un,pour <UiT la plus belle passible. Je la tire de celle (le notre ^lobe, où il y a deux fois plus de mer (|ue de terre. Mais les terrasses d'un tableau, comme les collines et les montagnes, doivent re-
gagner en hauteur ce qu^elles perdent dans leur plan , comme celles du globe même ; car si les mers et les mëditerranées y ont deux fois plus d^ëtcndue que les continents et les îles, les continents et les îles, à leur tour, ont peut-être dans leur élévation autant de développement que les mers et les méditerranées. Il en résulte aussi des perspectives ravissantes avec leurs reflets. Les paysages les plus agréables à peindre sont donc ceux des îles. C'est dans celle de Gythère que les poètes ont placé la naissance de la déesse de la beauté. Les voluptueux Chinois, qui sentent tout le charme des eaux , font sortir leur déesse Amida et son enfant, du sein d'une fleur au milieu d'un lac. Les îles les plus agréablement situées , selon moi , sont celles qui sont aux confluents des rivières, parce qu'elles sont au centre de plusieurs avenues d'eau , ou à l'embouchure des fleuves , dont les eaux douces apparaissent couleur de turquoise , tandis que l'eau marine 0(1 elles se déchargent est azurée. C'est sur les bords des rivières que les végétaux se montrent dans toute leur beauté, non*seulement parce i)u'ils y sont plus grands , plus frais , et plus fleuris tquc partout ailleurs , mais parce qu'ils y sont reflétés dans tout leur éclat. Au coucher du soleil , sur-tout , leurs images se dessinent aussi parfaitement au sein des ondes , que leurs modèles qui sont dans l'air. Le paysage paraît double ; il y en a un droit
25o HARMONIES
et un renverse. Ici, une forêt s^unit par sa base à la même forêt ; là, un pont forme avec lui*ménM un autre pont , et avec ses propres arcades des cercles entiers , entourés de voussoir». On y voit à-la-fois deux cieux, deux soleils, et celui qui est au fond des eaux n'est pas moins éblouissant que celui qui brille dans la profondeur des deux.
La terre , à son tour, offre de nouvelles con* sonnances par les couleurs de ses terrasses , dont les sombres roches et le rouge brun s'harmonient si bien avec la verdure. Mais c^est sur-tout par SCS vallées profondes , ses montagnes à croupes arrondies et à sommets escarpés , qu'elle offre les plus magnifiques amphithéâtres à toutes les richesses de la végétation. On y voit toutes ses tribus rangées par ordre , depuis le roseau , d^un vert glauque , que le souffle du zéphyr agite sur le bord des eaux, au fond des vallons, jusqu'au cèdre qui s'élève au haut d'une atmosphère empourprée , sur les cimes des monts lointains , autour des glaciers , où il brave les tempêtes et les hivers. La telrre , couronnée d'arbres , paraît plus élevée etiplus majestueuse.
Enfin, les végétaux sont si nécessaires, qu'on peut dire qu'il n'y a point de paysage proprement dit, là où ils manquent. On ne peut donner ce nom aux vastes plaines de la mer, à ses écueils , aux rochers nus et arides du Spitzberg, aux nei-
DE LA NATURE. 25f
Kcs et aux glaciers du Nord, ni aux déserts sablonneux de r Afrique. Au contraire, les végétaux seuls suffisent pour former un paysage trèsvarié dans une plaine , même circonscrite. Les herbes , les arbustes , les sous-arbrisseaux , les arbrisseaux, les arbres, y peuvent être disposés en amphithéâtre, et y figurer des vallons, des collines , des eaux, des rochers, des perspectives. Chaque arbre porte avec lui un caractère particulier qui en varie les scènes, et y exprime , pour ainsi dire , une passion. Vif noir et hérissé présente quelque chose de hideux ; le cyprès , de funèbre ; et le saule de Babylone , de mélancolique ^ par sa longue chevelure.
Le rosier parait Femblème du plaisir par ses fleurs éclatantes et passagères , mêlées d'épines cachées et permanentes; le myrte, celui de la volupté , par ses rameaux flexibles et odorants. Le chêne a un caractère athlétique dans son tronc noueux et ses branches tortueuses ; le sapin majestueux , dans sa haute et sombre pyramide , ressemble à un grand rocher planté sur les montagnes ; le peuplier, aux feuilles tremblantes et murmurantes, imite le mouvement et le gazouil-* lement des eaux.
Les végétaux, par leurs contrastes, produisent entre eux une multitude d'harmonies naturelles : tels sont les rosiers avec les lis ; le liseron aquatique à feuilles en cœur et à fleurs en cloches
blanchcwS, appelées chemises de Notre-Dame,^ avec le saule ; les ébéniers à fleurs jaunes avec ^ les sapins sombres et pyramidaux ; la vigne avec
Forme
Les animaux ajoutent encore au sentiment moral des végétaux auxquels ils sont ordonna. Chaque arbre , chaque plante a, pour ainsi dire, une ame dans un volatile , qui Fhabite , va , vient^ saute, chante ou murmure autour de lui. LV beille est en harmonie avec le cytise , le papillos avec le rosier , la tourterelle amoureuse avec le myrte. Le hibou fait son nid dans Fif des cimetières ; récureuil revêtu de fourrure , dans le sa* pin du Nord; et le rossignol plaintif, dans k peuplier murmurant. Virgile a bien senti ces convenances, et sur-tout les dernières, lorsqa^ila comparé Orphée pleurant la perte d'Eurydice , à un rossignol qui déplore , à Tombre d'un peu* plier,, celle de ses petits encore sans plume, qu^un dur labom*eur aux aguets a arrachés de leur- nid :
Qnalîs populeâ mœrens Phllomela suL nmbrâ Aniissos queritar fœtus, quos duras arator, Observans nido , implomes detraxit : at illa Flet noctem ; ramoque scdens , miserabile carmen Intégrât , et mœstis latè loca questibus ixnplet.
Le poëte achève la beauté de cette image par des vers dont Fharmonie imitative est inimitable à ma faible prose. 11 oppose la douleur de cette
mère infortunée à la cruauté du laboureur. « Pour » elle y dit-il , elle se plaint toute la nuit ; posée » sur un rameau , elle continue son chant lamen- » table , et remplit au loin les solitudes de ses . » tristes gémissements. »
Virgile compare Tamour conjugal d'Orphée à Tamour maternel du plus harmonieux des oiseaux , comme le seul qui en puisse exprimer les regrets. Il a senti que les consonnances des pasaions humaines, bien plus expressives que les animales , ajoutaient encore au caractère des végétaux ; il emploie fréquemment celles des enfants et des roses, des adolescents et des lis , des jeunes filles et des myrtes. Avec combien de grâces il représente , dans ses Églogues , le vendangeur qui chante au haut de Forme , soutien de la vigne. Pour moi, je ne vois point sans un nouvel intérêt, le long des rivières , le saule porter la nasse du pécheur sur les mêmes rameaux dont elle est formée. Si je lui trouve préférable le saule de Babylone, c'est que je me rappelle la lyre que les Israélites , dans leur captivité , y avaient suspendue. Plus Tharmonic morale des végétaux et des hommes s'étend , plus elle produit d'cffels. Mon ame s'agrandit quand je vois, à travers les campagnes, ces longues avenues qui font communiquer les çmpires. Bien des gens n'y voient que des ormes ; pour moi j'y sens les contrastes du genre humain. Voilà la route de cette belle Italie
bouleversée par notre révolution ; à gauche , h Suisse presque aussi agitée ; à droite , TEspagne, patrie du Cid et du malheureux Cervantes ; à Too cident, celle de la Bretagne , où plein de philanthropie, je m'embarquai pour rile-de-France,et où je fus persécuté. Derrière moi , ainsi que nei beaux jours , sont les routes de la Russie et de h Pologne, où j^ai aimé, et où mes amours fureot malheureuses.
Mais ce n'est pas le lieu de parler des sentiments moraux qu'un paysage peut faire naître, sur-tout quand ils nous sont personnels ; tenonsnous-en ici aux seuls sentiments physiques ; et, dans la puissance végétale , ne voyons que les végétaux.
La poésie a un grand avantage sur la peinture dans la description d'un paysage, c^est qu'elle peint à Tame les objets que celle-ci ne représente qu'aux yeux. Cependant il ne faut pas, comme on l'a fait dans ces derniers temps, accuser la peinture de n'être qu'une sœur imbécille et muette de la poésie. L'une et l'autre suivent les mêmes lois pour exprimer leurs conceptions , et les grands peintres sont aussi rares que les grands poètes. Si la peinture paraît inférieure ù la poésie , c'est qu'il faut chercher dans ses tableaux les harmonies des objets qu'elle exprime , ainsi que dans la nature même ; tandis que la poésie les détache et les montre à part. 11 y a plus , la |>ein-
DE LA NATURE. a55
-tlire ne rend qu^un instant dans un point de vue ou dans un événement , tandis que la poésie en développe successivement plusieurs scènes*; et c^est par ces développements qu'elle produit des impressions plus sensibles ^ plus profondes et plus durables. Voilà pourquoi aucun tableau du Poussin n'a jamais fait verser des larmes comme une scène de Racine. La sculpture a les mêmes désavantages, quoiqu'elle rende le relief des objets. La description du Laocoon dans Virgile, est sans contredit plus touchante que l'antique admirable qui représente ce malheureux père groupé avec des serpents qui dévorent ses enfants. Mais IQ n'en est pas moins vrai qu'il a fallu plus de temps, et sans doute plus d'art, pour faire le tableau du Déluge , que la scène la plus pathétique d^Andromaque , et le groupe de Laocoon que les vers de Virgile. La poésie ne doit ses avantages surlapeinturequ'auxharmonies des objets, qu'elle rend plus sensibles en les isolant et en en exprimant les modulations successives. Au reste , l'une et l'autre se servent des mêmes lois.
Comme on est plus souvent obligé de rendre compte de vive voix ou par écrit des pays que Ton a parcourus , que de les dessiner ou de les peindre , nous allons donner quelques exemples des lois qu'ont suivies les meilleui-s poètes dans les descriptions de leurs végétaux ou de leurs paysages. Elles peuvent servir également à la
a56 ]BA.RMONIlS
peinture , à la poésie et à la prose , parce que ce sont celles de la nature même.
Nous citerons en premier lieu quelques ven de Quinault, qui peuvent servir de modèle dam le style fleuri.
Ce fat dans ces jardins où , par mille détours | Inachns se platt à prolonger son court ; Ce fat sur ce charmant rivaga
Que sa fille volage Promit de m*aimer toujours.
Le sëphyr fut témoin y Tonde fut attentlyei Quand la nymphe jura de ne changer jamaîa; Mais le téphyr léger et Tonde fugitive Ont bientôt emporté les serments qu'elle a faîli.
Dans ce riant paysage, Tair, Têtu, la terre et les jardins sont en harmonie d'après les lois qae nous avons précc^demment indiquées ; les eaux courantes sur-tout y abondent. Le poëte établit des rapports charmants entre les détours du fleuve, la légèreté du zéphyr, la fluidité de Tonde et les serments de la nymphe inconstante. Ce tableau est rempli de reflets physiques et moraux; mais ce n'est après tout qu'un joli éventail Sa couleur est brillante , mais sans chaleur ; il j manque un rayon de soleil , ou même de lune , qui ajoute tant d'intérêt aux amours. J'y désire* rais aussi un peu d'ombre. J'aurais donc substitué un bocage au rivage, pour produire plus d'effet et de variété. Mais Quinault a sans doute mieux fait de mettre plus de consonnance entre
le fond et le sujet de son tableau. Ce poète est d'ailleurs celui des grâces, et Voltaire a eu raison de rétablir sa réputation, que Taustère fioileau avait attaquée avec trop d'humeur.
Cependant, je prciere de beaucoup à sa manière celle de notre inimitable La Fontaine; elle a plus de couleur, de vérité et de variété. Quinault n*a, pour ainsi dire, célébré que Tamour et ses égarements , auxquels il oppose ceux de la gloire mililitaire,p«ission non moinsdangereuse. La Fontaine a chanté toutes sortes de sujets sur tous les tons. C'est le poëte moral par excellence ; c'est aussi celui du sentiment. Il y a dans ses vers je ne sais quoi d'antique et d'attique, qui n'appartient qu'à eux; Ce sont des enfants de la nature comme les objets qu'ils représentent : le temps, loin de les vieillir, ajoute à leur beauté ; ils plaisent plus dans leur négligé, que d'autres, enfants de l'art, dans toute leur parure. Pour juger de la supériorité de sa touche sur celle de Quinault, il sulTit de comparer au paysage que nous avons cité , celui de la fable du Chêne et du Roseau :
Le cbéne, un )oor, dit au roseau:
Vous aves bien sujet aaccuser la nature; Un roitelet pour vous est un pesant fardeau ;
Le moindre vent qui,d*aTenture,
Fait rider la face de Teau ,
Vous oblige à baisser la t^te:
Ctpendant que mon front , au Caucase pareil, Mon content d*arrdter les rayons du soUil,
Brave TefTort de la tempête.
256 HARMOMI£5
Tout vont fft aquilon ; tout me semble Upkyr. Encor si vous naissirt à Tabri du feuillage
Dont jr roUTre le voisinage »
Vous n*auries pas tant à souffrir;
Je vous dcffrndraisdr l*orage ;
IVIais vous naissez Ir plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent La naturr envers vous me semble bien injuita I Votre rompassiou t lui répondit Parbuste, Part d*un bon naturel ; mais quittes re souci :
Les vents me sont moins qu*à vous redoutables; Je plie, et ne romps pas. Vous aves jusqu'ici »
Contre leurs coups épouvantables,
Résisté sans courber le dos:
Mais attendons la fin. Gomme il disait ces mota, Du bout de TboriBon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants Que le "Nord cAl portés jusque-là dans s^ê flancs.
L*arbre tient bon , le roseau plie ;
Le vent redouble ses efforts ,
Kt fait si bien qu*il déracine Celui dr qui la tête au ciel était voisine, £t dont les pieds touchaient à Tempire des morts.
La Fonlainc représente loules les puissances de la nature en action dans ce paysa^jc. On y voit le soleil, le vent, forage, l'eau, une grande montagne, un chdne et un roseau, enfin un roiielel, puis.sance animale. 11 nV a pas de doute qii<* si son sujet, comme celui de Quinault, eût comporte^ un personnage humain, etsur-tout une nymphe, il ne TeiU rendu plus inti^ressant. Mais, à son défaut, il persoimifie ses deux acteurs inani' mes; il donne au chêne un iront au Caucase pareil, un dos qui ne courbe jamais, une tétc ati
DE LA NATURE. aSg
ciel voisine y et des pieds qui touchent à l'empire des morts. Il lui suppose des sentiments conve-, nables à sa taille, un orgueil protecteur, une compassion dédaigneuse ; il lui oppose un faible roseau, jouet des vents, mais humble, patient, content de son sort , et qui trouve sa sûreté dans sa faiblesse même. Il relève ensuite par des expressions sublimes son site, naturellement circonscrit, et y ajoute des lointains par des images accessoires. Il appelle les marais, humides bords des royaumes du vent ; il peint le vent lui-même en le personnifiant :
Du bout de rhorizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
Enfin arrive la catastrophe, pour servir d'éternelle leçon aux grands et aux petits. La moralité de cette fable n'est point récapitulée en maxime au commencement ou à la fin , comme dans les autres fables de La (ontaine : mais elle est répandue par-tout , ce qui vautlpfcore mieux. C'est le lecteur lui-même, et non l'auteur, qui la tire. Lorsqu'elle est entremêlée avec la fiction , la fable ressemble à ces riches étoffes où For et la soie sont filés ensemble. (Cependant la morale de celleci parâut se montrer dans les expressions même de sa dernière image. Elles conviennent également au chêne orgueilleux déraciné par le vent ^
sHo IfARMONIKA
1*1 aux (fr.'inilft ilc la l<*rn* n*rivi*rAi^*fi par liitA caiiMH Aoijvonl. aiifiAi Ii^'^iti'A ;
Kl liorii U* ptrilii liiiii liAÎriit k IVinpirr ilr« morfr
Ji! Irrai iri iiiir olmifrvalion aMM*/< Mintfiili^re, c'vM i\iw. n'IU* ial>l<' ^i pliiioi>iophii|iii* oM iirrMfue la M'iilf* où Iji Foiilairif* ail irim ilitiix v^{(<^'lau% rn Aé:é>nr. Par la maniiTie iloiil. il Ta Irail/r , on voit fjii'il aurait trou vi^ alarment ili*AAyinholi!Aili* toutrii h!A panMiorifi liuitiaim'A «larift Irft iH'rliCfi (!l li*/i arhri;*, ilofit Icft ^ciircM ont (Icft ^ara^l^r^A aï <lifTcn!iit/i. il vu prrfid a.HM'/ Moiiv(*iit ilariA (Ica oliji'U rtiorlii ou iiiaiiimrfi, rcUipriiru* lirric*, uni* riiorilaf(rif Jfi vcnl. il (lit lui-irii^irii*, ilariM na lahli* ili; TOurAf^f il(* rAffiatrur ih'.H JanliiiA :
l<r« j;iriiiii: fi^rlrrit \tfAf «i i «■ ri *•%! il«n« rrir* rrr*
(>p(*nilattl, je n\'ii Irouvr, ilaoM toiitcA aï*a h* l)h*H, «raiiln'A ifitrrloruti'urft , m vfif^viiÊUX, qm* Ir rlii^rMr i*t Ut ro.srau , irtj'arlm! ilariA tv.Wv. Af riiortittM* ri (lu îMllprnl. il r.Ht. vrai qui? \vh m'imaux lui rri rourfil.VHnil ufi {^rarul norril>rr% par ili*H i-ararh'*n*.H plu.H aii:ilo(;u(*.H aux riAtri'.H fl plu% il/*lrrniintf'.H, (^uoi qu^il ou Moil, il n^i paA ri/'(;li(;<' irrnrirliir .na po/*.Hii* de iaun les rliarriifA fpji* lui rourni.NHcnl Ir.H aulrr.H pui.H.sanrcA di* la rialun*, d nur-toiil |;i v/*^i^lalc. Ou p«*ul diri* (pril a donn^ «'i diaipii* i'abli* un payMa^i:. Il avait pui^i; u: goAl
DE LA NATURE. a6l .
dans les po*étes anciens; c'est sur -tout dans Virgile qu'on en peut trouver de fréquents exemples. Il y en a une foule, non-seulement dans ses Bucoliques et ses Géorgiques, mais dans son Enéide. Sur ce point, comme sur plusieurs autres, il a pris Homère pour modèle ; car le poëme épique n^est qu'un tableau de toute la nature. Pour le rendre plus sublime , lun et l'autre eu ont divinisé toutes les puissances. Afin de donner aux enfants quelque avant - goût des ouvrages du prince des poètes latins , et de leur faire naître le désir de Fétudier dans sa langue originale, je ferai ici quelques observations sur ses églogucs. On verra qu'il n'en a rendu les descriptions si intéressantes qu'en y développant les haiTnonies générales, dont nous avons démontré l'existence dans la nature.
Dans la première, intitulée Tityre etMélibée, U introduit l'infortuné Mélibée, dépouillé de son patrimoine par les guerres civiles, et obligé d'abandonner sa patrie , auprès de Tityre couchéli l'ombre d'un hêtre épais, occupé uniquement du soin de chanter la belle Amaryllis , et d'en faire répéter le nom aux échos des bois :
Tityre , tu patule recubans sub tegmine fagi ,
Formosam resonare doces Amaryllida sylvas.
Je ne parlerai point ici du contraste moral de situation de ces deux bergers , qui rend leur dia-
^62 hARMONIES
logue si intéressant , sur- tout lorsqu^on se rappelle que Virgile lui-même a peint sa propre situation , ou plutôt celle de son père , sous le nom de Tityre. Je ne m^arrêterai qu^aux principaux traits de son paysage. Après avoir représente sur le devant de son tableau , un hêtre bien touffu dans le voisinage d'une forêt, il y met aux enyirons, des rochers, des prairies, des eaux, et de Tair; il y ajoute le sentiment de la Divinité, et une foule d'affections tendres et douces , qu'il fait résulter de plusieurs images champêtres et qu il tire des puissances animale et humaine. Pour en rendre la description plus touchante, il la met dans la bouche du malheureux Mélîbéc , privé de son propre domaine. 11 dit à Theureux Tityre :
Forlunate senex ! ergo tua rura mane bunt !
Et tibi magna .satîs, quainvis lapis omnia nuda», Limosoque palus obdurat pascua junco.
Non insueta graves tentabunt pabula fœtas , Ncc mala virini peroris rontagia Indent.
Fortunate senex ! hic inter flumîna nota Kl fontes sarro.s, frigus captabis opacuin.
Ilinc tibi, que semper vicino ab limite sepes Hyblaeis apibus florrm dcpasta salirti, Ssepe le\i soninum suadeb^inire susurro; Hinc alla sub nipc ranet frondator ad auras.
Ner lamen iiilerra rauraî, tua rura^palumbes, -Née. geniere aKriâ cessabit tiirlur ab ulmo.
( Hfurrux vieillard ! vos champs vous resteront donc ; et ils sont Mf •> grands pour vous, qu(iiqn\in(; roche stérile et un inarai5 entuiirraf ' d*un jonc limoneux toutes vos pralcîes. \n moia^ des pi^turageii êlnn- » ger3 ne tenteront point vos brebis pleines , et elle.* ne seront point ii-
M frrlf e« At U ronttgion d*un troupeau voisin. Heureux Tieillard ! ici^iur » les bords accoutuiMis de ce fleuve, et parmi ces fontaines urr^es , vous » jouires de la fraîcheur de' Tombragc. DMrl , le bourdonnement dea w abeilles qui pâturent les fleurs de cette haie de muIcs qui borde votre » héritage , vous invitera souvent i vous livrer au sommeil par son léger M murmure. D*ici y vous entendrez le bArheron, à Tombre d'une grande » roche , faire retentir les airs de ses chansons. Cependant les ramiers\ » que vous aimes tant, ne cesseront de roucouler, ni U tourterelle de M gémir sur la cime de cet orme qui se perd dans les airs. »
Tityrc, en rapportant ;\ Auguste la conservation de son domaine, ajoute des perspectives al-* mosphdriqucs et at^rienncs à ce paysage :
Anle If Vf s ergo pasrfntur in aethere rervi,
Et frrta dfslilnc ni iiudus in littore pisces ;
Antf , pererratis amborum finibus, exsul
Aut Ararim Parthus bibet, aut Grrmania Tigrim,
Quàm noslro illius labatur pecturf vultus.
«c Aussi les cerfs légers paîtront au haut des airs, les mers laisseront » leurs poissons à sec sur les rivages, et on changeant de climat, le » Parthe boira les eaux de la Sa6ne , et le Germain celles du Tigre, avant )' que son image sVfface de mon cœur, m
Virgile , après avoir opposd au paysage naturel si bien peint par Mdlibée, le contraste d'un paysage contre nature de Tityre, en offre de nouveaux et presque d'aussi étranges , mais qui ne sont que trop vraisemblables, dans ceux que r<ivenir présente à.Mélibdc. Il fait dire à ce malheureux berger :
At nos hiuc alii sitieiitf s ibimus Afros :
Pars Scythiam , et rapidum Octw veniemus Oaxeiu ,
fît penitùs toto divisos orbe Britannus.
En unquam patrios , longe post tempore , fme^ ,
Pauperis et tugari congeslum cespite.calmen, Post aliquot , mea rcgna videns , mirabor arUUf ! Impias haec tam culta noralia miles habebit ! Barbants bas segetes ! fin quo discordia civei Perduut miseros ! en , queis consevimus agros !
« Pour nous , malbenreux exilés , une partie de nous in chercber ■ i> asyle sur les sables brûlants de TAfrique ; une autre dans la froide Scj^ » tbie, ou en Crète , sur les bords de TOaxe impétueux , ou parmi les Br- » tons séparés du reste du monde. Eb^quoi ! après de si longaca annéci, M ne reverrai-je donc , ni la terre de ma patrie , ni ma pauvre chanmièn » recouverte de gazon ! n'admirerai - je plus ces douces moissons qn » comblaient tous mes désirs ! Un soldat insatiable possédera cet champi M cultivés avec tant de soin ; un barbare moissonnera cet guërets. Voilà » donc où la discorde a conduit nos malbeureux citoyens ! voilà cen » pour qui nous avons semé noscbamps! »
Mélibée relève, par ce contraste, le paysage intéressant de sa patrie , et il ajoute à ses sites par les regrets de son bonheur passé, qui produisent de nouvelles images. Tityre , pour le consoler, rengage à se reposer, la nuit, dans sa maison, et à y accepter un repas champêtre :
Hic tamen banc mecum poteris requieKere noctera Fronde super viridi : sunt nobis mitia poma , Gastaneae molles , et prcssi copia lactis.
Et Jam summa procul villarum culmina fumant , Majoresque cadunt altis de montibus umbroe.
» Cependant vous pourrez vous reposer ici cette nuit avec moi sur uoe » verte feuillée ; nous avons des pommes douces , des cbltaignes tendres » et des fromages en abondance. Déjà les fumées s*élèvent au loin des toits » des bameaux , et les ombres des bautes montagnes grandissent an foid M des vallées. »
Le poëte donne ici le coup de lumière sur son paysage. 11 Téclaire des derniers rayons du soleil
couchant; ou plutôt, comme le sujet en est tout mélancolique, il n'y exprime que des ombres, et les approches du froid Aëla nuit, par la condensation des fumëes. Non-seulement il y caractérise Fheure du jour, mais aussi le mois de Tannée, - qui est à-peu-près celui d'octobre , temps où Ton recueille en Italie les pommes et les châtaignes , et où Ton fait les provisions de fromage pour rhiyer. Il en détermine aussi le site, qui était dans le voisinage des Apennins. Cest ce qu'exprime le dernier vers :
Majoresque caduntaltis de montibus umbrse.
Lorsqu'un paysage ne renferme précisément que les puissances primitives, il a le caractère d'une solitude profonde , et même une teinte de mélancolie , quelque agréable qu'il soit d'ailleurs. Cest ce que nous pouvons voir en prenant , au hasard, des vers où Virgile n'exprime que les rapports de quelques arbres avec différents sites. Tels sont ces deux vers de la septième églogue :
Fraxinus in sylvis pulcherrlma , pinos in hortia , Popolus in fluTiis , abies in monlibus altis.
« Le(rén« est très-beau dans les bois, le pin dans les jardins, le peu- » plier sur les bords des fleuves, le sapin au sommet des hautes mon- » tagnes. »
' Quoiqu'il n'y ait ici que des contrastes physiques, le poëte en emploie cependant de nou-
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veaux en mettant chaque vëgëtal au singulier H leurs sites au pluriel , afin d^agrandir son homon. SMI avait mis les vëg(^taiix an pluriel et les sitoi au singulier, ceux-ci n'auraient plus eu la mène étendue. 11 aurait circonscrit ses différentes scèiui s'il avait dit : « Les frênes sont très- beaux dam » un bois , les pins dans un jardin , les peuplim » sur le bord d'un fleuve , les sapins au sommet » d'une haute montagne. »
Il peint encore d'une plus large manière loiv quMl met à-Ia-fois les arbres et leurs sites » pluriel, comme dans ces vers des G^orgiqucs:*
PluminibiM «alirff , rriMÎiquf paliiflibiiA alnî Naicuntiir ; «IrrilM mxoaU montibui orni :
Liltora myrtrtU laeiÎMima: ilrnique apcrtot liarrliiia amat rollm , aquilonem et frîgora ttsi.
V Ïi9i$ aaiilPA naiB«i>nt8ur le boril cli!8fl«u?ea et let aunfs Jaiulctai' ^ raiii limoneux ; If « ormr « nt^rilea aur lea monta rouverta de rorbei. Ui M myrien rendent len rivages trf n-giia. Knfin le* vignea aiment lea rolw linea aana ombrage, e.t lea ifa l'aquilon etaeiglacca. >•
Observons d'abord que Virgile fait contraster le» arbres avec les arbres, et les sites avec les sites, pour produire plus d'effet par leur opposition. Ainsi, dans le premier exemple, il oppose le fr(rne au pin , le peuplier au sapin, les bois aux jardins, l<^s fleuves aux montagnes. Dans le second, il fiiil roiilrasicr les saules à l'ombrage léger, vl les auîH's ;iii feuillaj5(» épais; l'orme et le
^ Liv. Il, yrrs no.
myrte, les vîgnea etle/iiO». 11 en e«t de même de» •ites. 11 oppose les flAivcs aux marais stagnants ^ les monts hérissés de roches aux grèves •abloii'» neuses ; les collines exposi^es au soleil, aux lieux âpres, battus des vents du nord : mais il fait con- •miner les arbres avec leurs paysages pour en ^kendre les perspectives. Les grâces et retendue naissent des consonnances , comme les caractères viennent des contrastes. En effet, le frêne a je ne sais cjflielle analogie avec les bois par sa ver-* dure bleuâtre qui se perd dans les cieux , et le pin avec les jardins ; le peuplier par sa» feuilles murmurantes, avec le cours des fleuves; le sapin pyramidal, avec les hautes montagnes souvent terminëes par des grès. Les acanthes, dont le vert est glauque , ont des affîniti^s avec Teau azurée des fleuves ; les ormes stériles , avec les roches; les myrtes, arbrisseaux de Vénus, avec les rivages de la mer qui Tout vue naître ; les vignes serpentantes en arcades, avec les courbes des collines; et les ifs hérissés, avec les givres de Taquilon.
Mais nous parlerons de ces genres de contraster et de convenances aux harmonies morales. Il me sufiit de faire observer que Tabsence de tout c^tre animé dans un grand paysage , y répand une mélancolie sublime. Il semble aluns qu^on n^y soit qu^avec Dieu et la nature. Cesl un effet (pie j^ai souvent éprouvé dans mes promenades solitaires.
J'ai tâclic^ de le rendre dans le paysage qui serti 11 de fronlispicc à ma pastorale de Paul et Virginie, I c afin d'y annoncer d'avance les caractères et les a malheurs de ces deux amants infortunés. Pou remplir ce l>ut, j'y ai introduit quelques fabriques humaines, le Port-Louis au loin, et des cabanes ruinëes dans le voisinage ; mais je ne doute pis que je ne Teusse rendu plus sauvage et plus romantique , si je n'y avais peint que les puissances primitives de la nature. •
Au reste, Virgile, qui se propose un but opposé dans ses églogues , met dans tous ses pay« sages des êtres animés, pour leur donner da mouvement et de la vie : des abeilles, des cigales, des oiseaux, des troupeaux, des bergers, et même des dieux. Il est très -remarquable que parmi ses interlocuteurs il n'introduit point de bergères. Il y est cependant souvent question de leurs amours ; mais elles sont toujours hors de b scène. Nous en dirons bientôt la raison , dont je ne sache pas que ses commentateurs se soient jamais occupés, quoiqu'ils Talent ressassé de toutes les manières. Pour moi, malgré la vénération et l'amour que je lui porte, je ne balance pas à dire qu'il a privé ses églogues de leurs plus grands charmes, en en bannissant les femmes. Les plus touchantes harmonies qu'il y ait dans la nature sont celles des deux s(t\QS^ comme frère et sœur, connue amante , connue épouse , comme père et
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^Aière. Gessner les a saisies, et elles font le principal mérite de ses Pasto^es, bien inférieures, ma reste, à celles de Virgile, par le coloris et la touche du pinceau.
Cependant, je ne peux me résoudre à condamner un poète aussi naturel et aussi sensible, sans chercher à le justifier. Comment a- 1- il pu manquer de goât dans le choix et Tensemble de ses nqets, lorsqu'il en a tant dans les détails? Pourquoi celui qui a peint dans TEnéide , au milieu des guerriers, tous les charmes de Vénus, et les amours passionnées de Didon , s'est - il abstenu de mettre des femmes en scène avec des bergers qoi chantent leurs amours ? Il n\ en a pas une seule qui soit en action dans ses dix églogues. Il y est souvent question d'elles, mais elles sont reléguées au fond du tableau, comme des objets tragiques qui pourraient blesser la vue. J'oserai hasarder ici mes conjectures sur une aus^i étrange réserve : je l'attribue uniquement aux mœurs de son pays et de son temps, qui séparaient, dans réducation, les garçons d'avec les filles. 11 en résultait des affections platoniques souvent trèsdangereuses, comme dans nos éducations de pensions, de couvents et de collèges. Virgile les éprouva dans le développement de son génie.
Ce poète était naturellement si modeste , qu^on lui avait donné le surnom de vierge, parce qu^il rougissait en parlant. Cette pudeur est toujours
le caractère d^unc sensibilité profonde. Lorsqa*] I ' éprouva donc, dans son adolescence, les pre-p miers feux de Famour, et en même temps cem 1^ de la poésie, il dirigea ses sentiments non Ytny de jeunes filles qu'il ne voyait pas, mais vers de | ^ jeunes garçons, ses compagnons d'âge et d^étade. L'amitié tint long-temps dans son cœur la place de Famour. Aux premières époques de la vie, on aime son ami comme on aimerait une maîtresse. D'abord la sensibilité de Virgile se porta sur lei malheurs de son père , dépouillé de son domaine, et il le peignit, dans sa première églogue, sons le nom de Tityrc. Devoim plus tranquille sur h restitution de son patrimoine, les premiers feux de l'amour, qui cherchaient en lui à se fixer à un objet aimable , venant à se combiner avec le sentiment de la nature, au défaut d'une amante, l'attachèrent à un jeune ami, et lui inspirèrent sa seconde églogue, intitulée Alexis. Elle est pleine de la plus touchante mélancolie. Mais , après tout, ce n'est qu'un monologue où le poëte , au milieu de son délire, se reproche son égarement. Dans la troisième , l'amour des femmes commence à se montrer dans le dialogue de deux bergers qui disputent du chant. Us commencent par se dire des injures; mais ils prennent ensuite les objets de leurs amours pour ceux de leurs chansons.
Damétas, après avoir d'abord invoqué Jupilcr, chante tour-à-tour Galatéo, Phyllis, le bel lolas,
t-ct finit par Tëloge de Pollion, Ménalqoe, de son CÔt^ invoque Apollon, et chante Amyntas, Phyllis, lolas^puisil revient à Amyntas, et, après avoir célébré aussi PoUion , il dit quelques injures de Bavius et de Mœvius. L'amour, dans ces deux bergers, n'est qu'un feu volage qui passexl'un sexe à l'autre , et des dieux à un protecteur. La quatrième ^glogue est un monologue où le poëte , songeant uniquement à faire sa cour à Octave , chante la naissance de son fils Drusus. Dans la cinquième , il célèbre, sous le nom de Daphnis, la mort et Tapothéose de quelque grand personnage qui nous est inconnu. Cest un modèle d'élégie. Mais,
"''^dans la sixième , il revient à son caractère amou* reux. Il se rapproche des femmes et se familiarise avec elles, en peignant le vieux Silène au milieu des nymphes qui le barbouillent avec des mûres. La septième renferme encore une dispute de deux bergers. Corydon chante Galatéc etPhyllis; Thyrsis, à son tour, chante Galatéc et le beau Lycidas. Mais l'avantage reste à Corydon, qui n'a chanté que des femmes. Enfin, dans la huitième égloguc , il n'est plus question que de Famour. Après un magnifique préambule , on y trouve ces expressions remarquables :
Nmic 3c'w qaid tît atnor....
«( Cctt k présent qae je sais ce qae c'eut qne l'amoar. «
Les femmes y paraissent en quelque sorte sur
la scène : à la vérité , c^est en seconde ligne. Al< phésibée met en dialogue avec d^autres femmes une bergère éperdue d^amour , qui veut rappeler à elle son amant par des sortilèges. Lk nemîème cglogue roule à-peu-près sur le même sujet que la première, mis la dixième renferme le tableau le plus touchant de Famour malhearem de Gallus pour une maîtresse infidèle. Virgile 1 ensuite montré combien il était rempli des sentiments naturels de cette passion, dans Tépisode d^Orphée et Eurydice, qu'il a inséré dans ses Géorgiques, et sur-tout dans son Enéide, où il a peint avec de si vives couleurs les amours de Didon.
Cependant si Virgile , dans ses premiers débuts , n'a osé mettre des bergères en scène , ce sont elles qui y répandent les plus grands charmes; leurs amours animent les bergers. Quoique absentes, elles sont le sujet principal de leurs chants : il les place dans le lointain , comme des astres qui répandent la lumière et la chaleur sur les paysages ; il en tire une multitude de reflets et de demi-teintes , pour en colorer ses végétaux, même après avoir fait dire à Thyrsis , dans sa septième égloguc :
Fraxinus in syWis pulcherrima , pinns in horti», Populus In fluviis, abiei in montibus altis.
Ce berger ajoute :
Sspius at si me, Lycida formose , revisas , Fraxinus in sylris cedat tibi , pinus in hortis.
DE LA HATUHE. ayS
c « Le {rêne esttrè*4i«a« dans les (îtoéto; le pin, ^ftt lo jndios; It
» peuplier, sur les bords des fleuves ; le sapioi sur les hautes montagnes.
~ » Mais f charmant Lycidas , si vous Tenez me Toir plas souvent , le frêne
I a» dans nos forêts, et le pin dans nos jardins, les embelliront motos que