HARMONIES AÉRIENNES DU SOLEIL ET DE LA LUNE
Notre pôle est le berceau des harmonies du globe, et le pôle austral, qui lui est opposé, en est le tombeau; c'est dans son hémisphère que viennent expirer, à diverses latitudes, tous les continents, au milieu d'un océan sans rivages: il n'y apparaît de loin en loin que quelques amas de sable stérile, ou quelques îles désolées, semblables à des écueils. Si, au sein de ses longs hivers, il brille de quelque lumière , ses feux ne sont ni dorés, ni pourprés, comme ceux qui annoncent, au pôle boréal , Taurore de la vie , mais pâles et bleuâtres comme ceux qui suivent le couchant, et annoncent l'empire de la mort; ils le rendent semblable à une lampe funèbre qui luit au milieu des tombeaux.
Cependant le soleil les met tour-à-tour en activité , en les échauffant alternativement pendant six mois. Il en est de notre vie comme de notre globe : noire enfance est son premier pôle , et notre vieillesse en est le dernier; c'est sur eui
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que roulent toutes les harmonies de notre vie. Les premières sont développées par la chaleur et la surveillance maternelle; par qui seront renouvelées les dernières ? Ah ! sans doute rien n'est impossible à la main qui divise et rapproche les éléments , et qui compose tous ses ouvrages des harmonies de la vie et de la mort !
Bornons - nous ici à celles de notre horizon. Déjà le soleil commence à répandre quelques couleurs dans l'atmosphère ; le froid est moins rude ; les ruisseaux reprennent leur cours ; la terre , à demi couverte de neige , laisse apercevoir quelques lisières de verdure; les jeunes scions des arbres deviennent purpurins ; les oiseaux aquatiques qui vivent sur les limites de l'hiver, se rapprochent du Nord. Le soleil est encore peu élevé à midi, mais un vent du sud-ouest nous apporte quelque bienfait: de sa chaleur du sein des mers de l'Amérique méridionale , et souffle fréquemment dans cette saison.
Ces compensations viennent sans doute d'une main maternelle. C'est l'air qui nous voiture cette chaleur précoce ; seul des éléments, il enveloppe tout le globe ; la lumière n'en couvre guère à-la-fois que la moitié, l'Océan que les deux tiers, la terre qu'un tiers ; mais l'air l'environne tout entier. Toutes ses parties se communiquent immédiatement; il est le médiateur de tous les autres éléments , et de la lumière même. S'il n'y avait
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point d^air, les rayons du soleil seraient sans clia> leur, les rivières et même les mers sans soiirces, les terres sans pluies , par conséquent sans végétaux , saps animaux et sans hommes.
Nous pouvons concevoir Tatmosph^re comme un grand verre convexe au dehors , et concave au dedans, qui entoure notre globe à plusieun lieues de distance. Au moyen de cette disposition, elle rassemble les rayons du soleil qui s'écartent die notre terre, elle les réfracte et lies réunit i sa surface. La partie ipférieure de cette atmosphèn est toujours chaude dans la zone torride ; elle Test aussi en été dans chacune des deux zones tempérées qui avoisinent celle-ci, et^ dans cette même saison, dans la plus grande étendue des deux zones glaciales ; mais sa partie supérieure est toujours froide , même dans la zone torride , comme on le voit par lessommets de ses montagnes, qui , en tout temps, sont couverts de neige, environ à une lieue perpendiculaire de hauteur.
L^air échappe à notre vue par sa transparence, et à notre toucher par sa ténuité. Il ne peut être saisi, ni par notre odorat, ni par notre goût, ni même par notre ouïe, à moins qu'il ne soit agité. U est bon de faire observer aux enfants, et même aux hommes, que les puissances de la nature n'en existent pas moins , quoiqu'elles échappent à la plupart de nos sens. Comme la vue est le premier sens de Tame, et l'avant-coureur, pour ainsi
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dirOfdcAaiiLrcs, c\*hI à elle qiir iioua rapportoiu d'abord Ica prcmicrfi dogrc^a de nolrn ccrliliido» parce ({iie r'c»i par ollr giie nouA nouA ronnons une imago doM olijels. i\\\»\ le hv.uh par (!\ccllence de noire raLsonf parce qu'il nouA pressente à-la^fois plu«ieurA harincMiies de rexiAlenre, comme la couleur, la forme el le mouvement; c'enl lui qui en Cât le principal juge, le» aulre» hcua n'en AonI (pie Icâ li^moinH. Il n'en faut pan conclure cependant que ce que nouA ne voyon» pan n'exiHle pas : celle manière de juger du vulgaire ettUpielquefoi» celle de« philosophes. J/homme de France <pii, îi mon avis, a eu le plu.H<reApril, V(dLaire,dan» acaC^uci»tiouA Aur l'Kncyclopddie, a nié rexisience de l'air, parce que, dil-il, il ne le voyait paA. Il lui AuhAtiluc des vapeurs acpjeuAeA qu'il voit , et auxquelles il attribue les mchnes propriétés.
Ce système est déjà bien ancien : c'était celui de llialès, ((ui prétendait que tout était engendré par l'eau. Il n'a<lmellail <pie cet élément sur le globe; la terre n'en était qu'un sédiment, et l'air une évaporation. 11 n'y a pas de doute qu'il n'y ait beaucoup d\'ur renfermé dans l'eau, comme il y a beaucoup il'eau en évaporalion dans l'air. Mais , entre autres preuves que je pourraiA apporter, de la diiïérence essentielle de ces deux éléments, c'est que l'eau dissout la plupart des corps solides, tandis que l'air, non-seulement les consolide en les desséchant, mais donne de la
solidité aux fluides. Ainsi, par exemple, lorsqd'os ouvre les membranes occipitales du cachalot, r^iuile^ qui est renfermée dans leurs cellules, se fige et sfln:rislallise aussitôt : il en est de même de la liqueur que renferme un certain zoophyte, fort commun sur les récifs de rile-de-Francc. Lois* qu^on tire de Teau cet animal , il lance une liqueur blanche, qui se change dans Tinstant en un paquet de fils très-déliés. La matière fluide du ver à soie, de Faraignée, et de plusieurs espèces de chenilles, acquiert tout-à-coup de la solidité en sortant de leur corps, et se change en soie par le simple contact de Fair. Ces effets n'auraient pas lieu , si Tair n^était qu'une eau évaporée : il ajouterait à la flaidité de ces matières.
Mais nous portons en nous-mêmes des preuves évidentes que l'air diffère essentiellement de l'eau: ce sont nos organes , que nous pourrions appeler aériens, tels que ceux de l'ouïe, de l'odorat et de la respiration. Il est remarquable qu'il n'y a que les animaux qui vivent à l'air, qui aient des oreilles pour recevoir les vibrations du son, qui n'appartiennent qu'à l'air. L'organisation de l'ouïe ne se trouve point dans les poissons, si ce n'est dans les amphibies : cependant ils sont émus par le bruit, mais d'une manière différente. Au reste, le sens de l'ouïe, comme nous le verrons, est un sens moral qui appartient aux harmonies fraternelles : quant à celui de l'odorat, il eslconunuu
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p à toig» les animaux, et est de plus en eux le pré-»
■* curseur du goût. Uorgane de; la respiration, au-
» quel on n^a point encore donne de nom, et que
I Ton ne compte pas même parmi les se\is, quoi-
i quHl soit le plus nécessaire de tous , est lié im-
L^ médiatement avec lui dans les animaux. Nous
t avonsreçu, pour le respirer, un viscère appelé
c poumon, qui est en harmonie avec Tair, et non
I avec Teau, qui empêche totalement ses fonctions.
>. C'est par cette raison que la nature a donné aux
poissons des ouïes d^une construction admirable ,
: pour séparer l'air de l'eau ; ce qu'elle n'eût pas
<4ait, si ce3 deux éléments des anciens n'eu avaient
formé qu'un.
Il est très-essentiel d'accoutumer les hommes à li^enser qu'il y a, dans la nature, des causes et des effets qui échappent à leur vue, et même à tous leurs sens. L'attraction, cette tendance des corps vers leur centre, et l'électricité, cette divergence du feu vers la circonférence , agissent sans cesse 8nr nous , sans se rendre sensibles que dans des circonstances particulières. Nous pouvons dire même que nous ne connaissons l'essence d'aucun principe ; nous n'eii saisissons que les harmonies ; encore n'est-ce qu'au moyen des organes qui sont en rapports avec elles, et que la nature nous donne. Restons donc dans les ornières qu'elle nous a tracées, ou craignons de perdre notre chemin : nous ne saurions saisir avec nos sens les
Causes premières. Dieu lui-même, qui est la cause de toutes les causes, échappe à tous nos organes; mais il a mis en harmonie avec lui notre ame, qui ëchappe aussi à tous nos sens, quoiqu^elk en soit le premier mobile.
Examinons maintenant les principales harmonies que Tair a avec le soleil. Uair est à-la-fois élastique et compressible. Nous observerons que cette dernière qualité le distingue encore de Tcau, qu'on ne peut réduire à un volume moindre que celui qu^elle a dans son état naturel. Quant à Télasticité de Tair, la chaleur le développe au pointde lui faire occuper un espace quatre mille fois plus grand que celui qu'il a dans l'atmosphère. Ccsl au ressort de Tair, détendu par le feu, qu'est duc Fexplosion de la poudre à canon. Si Ton metum! bouteille pleine d'air et bien bouchée près du feu, Tair, échauffé, en se dilatant fait crever la bouteille.
Je ne doute pas que les physiciens n'aient inventé des machines antipneumatiques pour ope'rer la plus grande compression possible de l'air, et qu'ils n'y aient employé même l'action du froid. J'ignore jusqu'à quel degré ils l'ont portée ; mais voici une observation qui prouve combien les agents de la nature sont supérieurs à nos instruments, et ses lois à nos systèmes ; c'est que le feu du soleil, auquel nous attachons, avec raison, la dilatation de l'air dans l'atmosphère, le
comprime au point de le réduire à l*étàt de solidité (Tans les végétaux. Quelques-uns, comme flous Favons déjà dit , teb que le chêne et le^ pois, en contiennent le tiers de leur pesanteur : les expériences en ont été faites par les plus habiles chimistes , et sont rapportées dans FEucyclopédie. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est q\ie tet air n'y paraît point comprimé, puisqu'il n'y a pas de tube de fer qui pût en renfermer seulement la vingtième partie de son poids sans éclater. L'air est donc engagé dans les végétaux Éous une modification qui nous est inconnue.
Peut-être y est-il réduit à ses premiers principes, ainsi que le feu lui-même qui y est renfermé , et ^i se dégage par la combustion. Cette pensée , qui est celle des chimistes modernes, me semble d'accord avec l'expérience.
Après avoir parlé de la dilatation et de la compression de l'air, disons un mot des vents , qui en sont le résultat. L'air, raréfié par la chaleur du soleil dans une partie de l'atmosphère , perd son équilibre avec l'air environnant qui vient le remplacer; il résulte de ce mouvement un courant, auquel on a donné le nom de' vent. On en distingue quatre principaux, qui empruntent leurs noms, comme leurs directions, du cours du soleil, leur premier mobile : ce sont les vents d'Orient, du Midi, d'Occident et du Septentrion. On substitue ordinairement à ces noms ceux d'£st, de
Sud, d'Ouest et de Nord, peut-être parce qu'ib sont pins abrégés , ou qu'ils viennent originaire- Aient de la langue celtique, que parlaient, les premiers marins du nord de l'Europe. Ce quil y a de certain, c'est que ceux d' aujourd'hui n'en emploient pas d'autres dans les relations de leurs voyages , qu'il est très-intéressant de connaître. Mais, comme la première difficulté, et peut-être la plus grande qui se présente dans toute espèce de science, est de n'en pas savoir les termes techniques, c'est-à-dire, qui lui sont particuliers, parce qu'ils ne présentent aucun sens à celui qui les ignore, je rapporterai ici une ancienne étymologie, moitié latine, moitié française , des noms d'Est^e Sud et d'Ouest. Est vient du mot latin est^ il est, le voilà; c'est là le lever du soleil ou l'Orient. Sud dérive de sudor, sueur, à cause de la chaleur du soleil à midi. Ouest, pour ubiest, où est-il? c'est le côté où le soleil disparait et se couche ; c'est l'Occident. J'ignore Fétymologie du mot Nord, qui vient peut-être de la particule négative non, parce qu'on ne voit jamais le soleil dans cette partie du ciel. Quoi qu'il en soit, ces mots peuvent se fixer dans la mémoire des hommes, en leur présentant quelques images sensibles.
Il y a une chose bien remarquable, c'est que chacun de ces quatre vents a des qualités différentes, qui sont diamétralement opposées. Le
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vent d'est ou d'orient est sec, parce qu'il passe sur une grande étendue de terre avant de venir à nous ; et le vent d'ouest ou d'occident est humide , parce qu'il souffle sur une grande étendue de mer, dont il nous apporte les vapçurs. Le vent du sud ou du midi est chaud, paroP qu'il traverse la zone torride, que le soleil échauffe perpétuellement ; et le vent du nord ou du septentrion est froid , parce qu'il part du pôle nord, couvert d'un grand océan de glaces. De ces quatre vents se composent toutes les températures du globe, que le soleil, par son cours, varie à chaque heure du jour, et chaque jour de l'année.
Les qualités de ces vents n'existent que dans notre hémisphère septentrional, car elles sont directement opposées dans l'hémisphère méridional; cependant leurs mêmes harmonies subsistent toujours. Là le vent du nord est chaud, et le vent dû sud est froid ; celui de l'est est humide , et celui de l'ouest est sec. Nous pouvons prendre pour exemple l'Amérique méridionale. Le vent du sud y est froid, parce qu'il y vient directement du pôle sud, encore plus couvert de glaces que le pôle nord, et le vent du nord y est chaud, parce qu'avant d'y arriver, il passe à travers la zone torride ; l'est y est humide, parce qu'en soufflant sur la mer Atlantique, il se charge de vapeurs qui couvrent de neiges les sommets des Cordilières , et y entretiennent les sources des
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plus grands fleuves du monde, tels que TOr^noque et l'Amazone ; enfin Touest y est sec, parce que cette même chaîne des Cordilières, d'une hauteur prodigieuse , étant projetée le long deia mer du Sud, en ar^teJ:ous les nuages.
Il y a ceci dei trépigne d'observation , c'est qu'il n'y a pas un seul lieu sur le globe où ces qualités contraires de chaud et de froid, d'humide et de sec, ne se rencontrent dans les vents qui y soufflent. Dans les contrées situées au centre dès continents, il y a des Méditerranées ou des lacs qui leur donnent de l'humidité ; dans les îles placées au sein des mers, il y a pour l'ordinaire des chaînes de montagnes qui en arrêtent les vapeurs , et procurent de la sécheresse à une portion de leur territoire, durant une partie de l'année; dans la zone glaciale, il y a des vallons , ou des plages sablonneuses, qui lancent des rayons de chaleur; enfin, la zone torride, éloignée des pôles, a quantité de montagnes à glace qui rafraîchissent son atmosphère. Il y a, de plus, dans l'atmosphère, deux couches d'air, l'une inférieure , pour l'ordinaire chaude ou tempérée ; l'autre, supérieure, qui est toujours glaciale, et que les orages font descendre de temps en temps dans la couche inférieure. Il résulte de toutes ces dispositions, que les harmonies du chaud et du froid, du sec et de l'humide, existent dans chaque partie du globe dans des saisons différentes, et dans toute sa sphé
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ricité à-Ia-fois, sous une infinité de modifications.
Nous entrevoyons déjà que les vents, qui nous semblent si inconstants , ne soufflent pas au hasard, et que les chaînes des montagnes et les bassins des mers , qui nous paraissent si irréguliers, sont disposés suivant des plans très-sages : nous en parlerons aux harmonies morales. Cest là aussi que nous traiterons de plusieurs qualités de Tair, entre autres de sa sonorité, qui est en rapport avec Fharmonie fraternelle. Cest pour cette harmonie que les vents ont des murmures ; les ruisseaux, des gazouillements; les montagnes, des échos ; les fipréts, des bruissements ; les animaux, des voix et des oreilles ; les hommes , des paroles qui expriment les affections de Tame par toutes les modulations de Tair.
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34o nAunonih»
HARMOM£S AÉA]£N?<£S
DE ï/EAa
No2i*»Ri;Lr.MKKT Tair Mt »uM:eptibl<*. iJe chaleur et de frofJ, ilc dilatation et de eondeuMti^m, mai» il e»l spongieux : il pompe Teau. S'il pa^e èUT un linge mouillé, il Je ^^'cfae, parée qu'il m charge de» particule* d'eau qui Je rendent ha« mide. Ce.^ particule» d'eau, ëvaporé«* dan» l'air, y Mmt invi»ihle» tant qu'il e»t dilati^ par la cha- Jeur; mai» »'il vient à être condemk; par le froid, alor/i f*\U'% »e m;iriiri-.%tf!nt en brouillard», en nii''if;<v<v, m i^ouUcH iU' pluifr, eu {;r<rlr, en nei^fr, Ij/ipou^f fU' r;iir, romprim^rf: par Ui froid, n^nd IVaii ipr^lK' ;j liue.i'ai ^prrmv^ . hou vi-rit cet effct, en hiv^rr, dan» h»» prnMr.H de liu»»ie. Lor»<|Uf; je v^nai» à en ouvrir la prirte, U'H vapeur» qui provenaient de la tran»piration de retix r|ui y étaient, frappée» fouf*à-roup par le froid de Tair extérieur, M! elian^eaienl. en neijje »ijr mon rhapeaii et, nirm hahit. Dan» non rlirnaf», non» voyori» queirpje rhr>»e de »emlilaMe Hur le» vitre» de nos ehamiire»; ear le» vapeur» rpii y sont renfernir^e^, «l'y ra»»emlilent en goutte» d'eau par la fraîcheur
extérieure de l'air. La nature produit les mêmes effets en grand dans la couche supérieure de l'atmosphère , qui est toujours glaciale. L'air, par sa qualité spongieuse , aspire sans cesse en vapeurs les eaux de l'Océan, et il les expire en pluies et en neiges aux sommets des hautes montagnes, pour entretenir les lacs et les fleuves, qui tous y ont leurs sources. L'atmosphère est en quelque sorte un grand poumon mis en action par le soleil, et qui a des analogies avec le nôtre, mu par notre cœur.
Je vais observer ici que les propriétés des élé-^ ments manquent de termes pour être entendues , tant elles ont été peu étudiées. Pourquoi ne diton pas la spongiabilité de Fair, pour rendre la faculté qu'il a de s'imbiber d'eau et de l'exprimer, comme on dit son élasticité et sa condensation ? Pour moi , je préviens mes lecteurs que j'emploierai tous les termes qui me conviendront pour rendre mes idées. Je me sers donc de ceux d'aspirer et d'expirer, faute de mieux, pour représenter les effets de la spongiabilité de l'air par rapport à l'eau. Celui d'attirer ne lui convient pas, car il ne s'agit point ici d'attraction , et celui de pomper présente un résultat encore tout différent.
Si l'air aspire et expiré l'eau, l'eau à son tour aspire et expire l'air : elle^en est tout imprégnée. Vous le voyez sortir pai* petites bulles du fond
d'un vase qui est sur le feu ou sous la pompf pneumatique. L'air pénètre jusqu^au fond des mers; il y est respiré par les poissons , qui le dcgagent de Teau au moyen de leurs ouïes.
Mais voici une observation bien remarquable, qui prouve Texistence des lois harmoniques de la nature, et la nécessité de faire marcher ensemble rétude de ses puissances. L'air aspire Tcau par l'action de la chaleur; l'eau, au contraire , aspire l'air par celle du froid ; car c'est en se gelant qu'elle se remplit d'air, qu'elle occupe un plus grand volume, et qu'elle surnage d'un dixième environ de son épaisseur. D'un autre côté, l'air expire l'eau par l'action du froid, comme nous envoyons la preuve par les vapeurs d'une chambre qui s'attachent à ses vitres en hiver; et l'eau expire l'air par raction (Ui la chaleur, ainsi qu'on peut le voir dans un vase d'eau posé sur le feu. Ainsi, si l'air noas donne de Tcau et nous l'enlève , Teau , de son côté , en fait autant par rapport à l'air. On peut tirer, de leurs qualités élémentaires en opposition, d'uliles résultats poin- connaître Tharmonle du globe; car il s'ensuit qu'il y a deux atmosphères en congélation renfermées dans les deux Océans glacés qui couvrent les pôles de la terre, et que les {;laces qui en descendent dans leurs étés renouvellent à-la-fois les mers et l'atmosphère de la zone lorridc. Ce sont des cliâfeaux d'eau et en même l^mpsdes éponges d'air.
11 s'ensuit de plus quHl y a un océan toujours cd ëvaporation dans Tatmosphère de la zone torride , et que les nuages que les vents voiturent vers les pôles, sont des éponges d^eau qui en renouvellent les neiges et les glaces.
L'air a encore des rapports avec Teau par l'attraction de la terre , c'est-à-dire par sa pesanteur, car la terre l'attire comme tous les corps. Il résulte de sa pesanteur des effets très-intéressants pour l'étude de la nature et le mouvement de nos machines. Homberg, célèbre chimiste, a trouvé que l'air contenu dans un ballon de treize pouces de diamètre pesait une once. L'expérience était facile ; car, en pompant l'air de ce ballon , le ballon pesait une once de moins. Voici les effets qui résultent de la pesanteur de l'air sur l'eau. Si vous aspirez avec un chalumeau l'eau d'un vase , elle monte aussitôt dans le chalumeau, parce que l'atmosphère pèse sur Teau de ce vase^ et la force à monter dans le vide que vous avez formé. Le jeu de nos pompes aspirantes est fondé sur la même loi. Vous formez un vide dans le corps de la pompe en tirant son piston, et l'eau y monte, parce que le poids de l'atmosphère qui la presse au dehors la force de remplir ce vide. L'eau ne peut s'y élever qu'il trente-deux pieds, ce qui a fait conclure , avec raison , qu'une colonne d'eau de cette hau* teur pesait autant qu'une colonne d'air de la même base et de toute la hautem* de l'atmosphère, puis
qu'elles se tiennent en équilibre. Cest par la pesanteur de Tatmosphère qu'un enfant tette sa mère, car il fait un vide dans sa bouche en aS' pirant Fair lorsqu'il suce le mamelon : alors la mamelle, press(?e par l'atmosphère, fait couler son lait pour remplir ce vide. Ainsi, la nature donne à Venfant le sentiment d'une loi dont les anciens philosophes n^ont tiré aucune conséquence. Aristote connaissait la pesanteur de l'air, cependant il soutenait que l'eau ne s'élevait dans un tuyau sans air que parce que la nature avait horreur du vide.
Nous ne nous arrêterons ici qu'à tirer quelques conséquences de la pesanteur de l'air, sans rapporter l'expérience si connue de Duperrier. Il s'ensuit de cette loi que la direction du vent se fait obliquement, de haut on lias par sa pesanteur, et de bas en haut par son élasticité. S'il soufflait horizontalement, comme la plupart des physiciens le supposent, les mers ne seraient pas sillonnées de flots, ni la terre nettoyée des vapeurs qu'il élevé et soutient dans l'espace: il agirait toujours de niveau et parallèlement à la surface des eaux. Le vent donc souffle de haut en bas, et on en voit Teffet sur les navires, dont les voiles font le ventre dans leur partie inférieure, et dont les mâts de perroquet se courbent dans leur partie supérieure. D'un autre côlé, la réflexion de l'air contre la terre élève Ic.^
nuages, qui ne sont jamais à une plus grande élévation que quand il fait beaucoup de vent. C^est probablement Timpulsion du vent vers la terre, et sa répulsion vers le ciel qui les élèvent, les pelotonnent et leur donnent ces belles courbes que nous leur voyons ; car ils devraient flotter dans l'air en surfaces planes et indécises , comme des brouillards; ce qui leur arrive en effet dans le calme. La direction du vent paraît composée de son mouvement horizontal de progression et de son mouvement perpendiculaire de pesanteur; et en y joignant sa réflexion élastique vers le ciel, elle doit former une parabole renversée. C'est en effet la forme que j'ai cru voir au creux des vagues dans les tempêtes.
Je me suis souvent arrêté avec plaisir sur les bords d'une pièce d'eau, avoir les zéphyrs en rider la surface. Mais rien à cet égard n'offre un spectacle aussi varié et aussi intéressant que la mer. Vous y voyez toutes les modulations du vent; et ces deux éléments, quoique transparents, produisent par leur contact des harmonies très -visibles. J'ai fait à ce sujet, dans mes différents voyages maritimes, où j'étais fort oisif, quelques observations que je ne crois pas indignes de l'at- . tention de mes lecteurs. Lorsque, par un air bien calme, la surface de la mer, unie comme un miroir, est semblable à l'huile, comme disent les marins, j'ai observé qu'il y avait toujours une
^(i UAHMOT^IES
houle OU mouvement onduleux, qui provient ou de Ta^^itation prc^cédente de sea flofai, ou plulâl de 8CA rouranUi. tin effet, cette houle est toujours la même apr^s plusieurs jours de calme. Lorsqu^un vent Idger commence à se faire sentir, vous voyez alors des rides sillonner la mer dans un des hords de Thorizon, et en parcourir çà et là toute la surface en très-peu de momenU. J^en ai conclu que la vitesse du vent ne di^pendait point de sa force, et qu^elle i^tait beaucoup plus considdrahle que les physiciens ne la supposaient ordinairement. Il m'a paru, par les traces que ces vents passagers imprimaient sur la mer, quUls en traversaient un horizon nautique , c^cstà-dire quatre h cinq lieues, eu moins d'une minute;. liOrs(|ue ci^s vents ont de la tenue, et que leur ioire auginenle par un courant d'air plus ronsidc^rahle , alors les rides qu'ils tracent çili ci Ih sur la mer si* succèdent immédiatement, el sv rlian(i;eiil en sillons rcfguliers semblables h ceux d'un*' terre labourée : tels s(«nt en général le» Ilots formés par les vents alizés .sut Us rn<*rs4le la zone torride. Le vent vient-il à augnienicr, 1rs vagues devienneut plus espacées, plus creuses, et leurs somuu'ls, nu>ins épais cpie leurs ba.ses, ('laul poussés plus vite en avant, se roulent .sut eux-rnemes el se précipitent en écume. Lt\s ma rins disent alors cpu' la mer moutonne , parce que ^•s écumes blnnclies, éparses sur ses ttots, resseui-
DE LA NATUEE. 347
Calent de loin à des moutons qui paissent sur cette g^rande plaine azurée; ce phënomène désigne un temps frais. Le vent vient-il à se renforcer, plu*-' sieurs de ces lames se joignent, leurs intervalle» BOnt plus grands et leurs cavités plus profondes^ suies se brisent sur le rivage en formant dé grandes volutes écumeuses , dont le dos jfnélé â*air est couleur d^émeraude ; c^est le gros temps. Je me suis amusé à Dieppe à voir leurs effets, et à entendre leur bruit rauque sur les galets du pied de la plaine, au sein d'une petite grotte, qui en retentissait comme le tympan d'une oi^le. Lorsque le ciel est couvert de nuages bas et redoublés par un vent humide de nord-ouest, qui pèse sur la mer, alors les vagues, creusées et mugissantes, heurtent la poupe des vaisseaux à la cape, s^y brisent en gerbes d'écume qui s'élèvent jusqu'à leurs huniers et passent jusque sur leur arrière : c^est une tempête. Telle est,entrc autres, celle que (Vprouvai sur le cap Finistère, en allant à Tllcde - France. Un coup de mer passa sur la proue du vaisseau, enfonça son pont, et, le traversant en diagonale, emporta sa yole et trois matelots. Cependant tous ces effets du vent et de la mer, calculés par des physiciens qui ne donnent que sept à huit pieds à la hauteur des vagues, et que dix à douze lieues par heure à la rapidité du veut, tuais très-bien rendus par notre peintre Vernet, ne sont pas comparables aux ouragans de cm
belles mers des Indes. Plus elles sont étendue, plus leurs vagues sont élevées ; et plus elles ont été tranquilles , plus Iqurs révolutions sont terribleSi Elles sont les images des sociétés humaines, où chaque individu est comme une goutte d'eau qui tend à se mettre de niveau. Quand nous eûmes douUé le cap de Bonne-Ëspérance, et que nous vîmes refr trée du canal de Mosambique,le 23 de juin, vers k solstice d^été, nous fûmes assaillis par un veut épouvantable du sud. Le ciel était serein, on n'y voyait que quelques petits nuages cuivrés, semblables â des vapeurs rousses , qui le traversaient avec ploi de vitesse que celle des oiseaux. Mais la mer était sillonnée par cinq ou six vagues longues et élevées^ semblables à des chaînes de collines espacées entre elles par de larges et profondes vallées« Chacune de ces collines aquatiques était i deux ou trois étages. Le vent détachait de lears sommets anguleux une espèce de crinière d^écume où se peignaient ça et là les couleurs de Tarc-ciiciel. Il en emportait aussi des tourbillons d'une poussière blanche , qui se répandait au loin dans leurs vallons, comme celle qu'il élève sur les grands chemins en été. Ce qu'il y avait de plus redoutable, c'est que quelques sommets de ces collines , poussés en avant de leurs bases par la violence du vent, se déferlaient en énormes voûtes, qui se roulaient sur elles-mêmes en mugis- ;sant et en écumant, et eussent englouti le plus
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^and vaksrau^.Vil ne fût trouve aoim Iriini ruinrs. LVCat de notn* valnncaii concourait avrr celui île la mer h rendre notre situation affreuse. Notre f rand mit avait éié lirifté la nuit par la foudre, et le mât de misaine, notre unique voile, avait ^té emporta le matin par le vent. Le vaimeau, incapable de gouverner, voguait en travers, jouet du vent et des lame». JVtaU .^ur le gaillard d'ar* riire, me tenant arcroclié aux hauban» du mât d^arttmon, tâchant de me familiarLM*r avec ce terrible .««|>ectacle. Quand une de cv.% montagne.s approcliait de nou», j*en voyai» le Munmet à la hauteur de no5 huniers, c'e.st-à-dire a plus de cinquante pieds au-deMU5 de ma ti^te. Mai.s la base de cette effroyable digue ven«int a passer soua notre vaLssi'au, elle le faisait tellement pencher, que ses grandes vergues trempaient â moitié dans la mer «pii mouillait le pied de ses mâLs, de sorte qu*il était au moment <le chavirer. Quand il se trouvait sur sa rréte, il se redressait et se renversait tout-â-coiip en sens contraire sur sa pente opposée avec non moins de «langer, tandis qu'elle sVcoulait de dessous lui avec la rapidité d*une ^luse en large nappe dVcume. Nous restâmes ainsi entre la vie et la mort depuis le lever du soleil jusi|u*â trois heures apr^s raidi.
Il était aU>rs impossible de recevoir quelque coa^olation d'un ami ou de lui en donner. I^* vent ^taitsi violent, qu'on ne pouvait entendre les pa-
.(iîd lUiiMoNir.ft
roli'A im^mf^ qiron ho (Unail: h Von^iWv. en crmiïV^ liui-uHo. l/air oinporlail la voix, iM ni* pirmcttlait |v tViniiv i|iii* 11! AiniciiumL aigu (1i*a vrr(;iirfi et Ah |^ ronlaKOA, i*l Ir» liriiilM raiic|iii«H (Ic*m iloU, n^mlilalilr.H aux liiirlenuMil.H (Ii*m ImMcm (vvocvh,
(J|ii(iii|ijo j<* rraigno lH*aiir()ii|» la rtUM*, Dion, m qui i'avak min louli! ma roniiani'i*, tri*inH|Mr.i du rouragn ; car h* tnaliii je fim ic* pri^miiT & mut' cher pour rar^ucr la voili! dit iniMaini», que l« vont «Ircliirail par lanihoaux, non que jf m'y cruAHi* fort ulilo, inal4 pour clonnnr ri^xcmplr aux tnati*lolH l'fTrayrs , qui rvfnHHîOui iVoWn aux or<ln*Milu rapilainr. (>a pauvres gi«na ^laiml non AiMil4*ni<'ul. i^*pouvanli^M h la vui* do la proor qui* li'M lattifvH rouvralrnl f^iinnvvnm*.^ inaiA atiMi par In Houvi*nir tir U'iirn raniaradrA nu^iu coup dr itict' avait iMilfvrn h rc nii^iru* poAli% daiiA imr \r.îu\}d\i' lii<*ii rrioin.H violonlr. Ia* m*uI M'olirmiii qui rfii> rassurait dans un dan^<*r auquri prr Honnr tw i ruyail rrliap|i(*r^ i:\vsl cpii* j'i'lait «f rria piacr <*! d.'in.s l'(*xf*rriri* di* niou d«*voir; f;ii jV-tais pa.Hsi- /i riii* (II* l'Vann* .sariH atirun df^vin d^y iaii'f' iorlniii*, mais avcr divs projflA |Mr lindicrA d'Iinnianilr* par rapport aux noir*» «1'* iVlada^asiar*. .ravain rlr drslinr à ri'taldi.Hs<*inrril du ioil Daiqiliin dau.s K'Ilr ilc ; niais j«- n\ i(i» point «*ri\oy(*, vi j'(*rliap|»ai rnoi tufiitic aux fri;il' lifurs dr f flt(* Miiuvrllr < oliinii*, qui y pi'rit pr^'V qui* tout cutirrc qij<-lqu(! trrnps apnVn flon :irri
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i^ëe. Ainsi, une Providence infiniment plus sage ^pie ma volonté, empêcha ma ruine par des ëvéi^ments que j'avais regardés long-temps comme Klialheureux. Mais ils ne sont pas du ressort des •évolutions de Tair et de la mer.
i^ Ces tempêtes , appelées aux Indes ouragans, et ■jrphons à la Chine, arrivent tous les ans vers les Çolstices, tandis qu* elles ifont lieu dans notre ■fone tempérée que vers les équinoxes. On aura freine à croire qu'elles fassent partie de^ harmo- ■tf es de la nature ; car elles font les plus grands pUvages sur la terre comme sur la mer. Mais elles pbnt nécessaires dans les pays où il n^y a point 4d*hiver; elles y font périr une multitude d'infectes, qui multiplieraient à Tinfini dans les cli- ^ mats chauds ; les îles même deviendraient inabordables, et leurs rivières seraient obstruées par les bancs énormes de madrépores que des insectes marins élèvent autour de leurs rivages, si les ou- . ragans ne les brisaient en partie tous les ans. C^est de leurs débris que sont formés les lits de sable calcaire qui entourent toutes les îles entre les tropiques, et qui contribuent sans doute à leur végétation et à leur accroissement.
Heureux qui n'étudie les harmonies aériennes de l'eau que sur la terre ferme ! Il ne connaît de tempêtes que celles de sou ruisseau. Cependant, sans sortir de sa place, il voit les nuages élevés de dessus les mers lointaines traverser son hori-
zon pour aller fertiliser des terres inconnuesl Souvent il les voit , au coucher du soleil , se t»\ sembler sous les formes fantastiques de châteaux, de forêts, de montagnes escarpées, images fugi* tives de notre monde et de notre propre vit Quelquefois elles se peignent à ses pieds au seii d^une onde transparente, et il admire à-la-fois de nouvelles terres dans les çieux et de nouveam cieux au fond des eaux. Mais nous indiqueront ailleurs les accords de la lumière et des eau aériennes. L^air a encore des rapports plus intéressants avec la terre, les végétaux, les animaoi et les hommes , qu^avec les mers. Nous en allcHit parler dans les paragraphes suivants.
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