HARMONIES AÉRIENNES DE LA TERRE
La terreaaussi des espèces de fluides en harmonie avec Fair : ce sont ses sables. Les sables sont des débris de marnes, de roches, de coquillages, de cailloux ou galets, que FOcéan réduit sans cesse en poudre par le roulement perpétuel de ses flots au fond de son bassin, et sur-tout sur ses rivages. C'est là que vous voyez les grèves immenses grises, jaunes, rouges, blanches et de toutes couleurs, qui sont les principes des matières diverses que la terré renferme dans son sein, et même de Fhumus qui la couvre , comme les eaux maritimes le sont de toutes les eaux douces qui Farrosent. C'est Fatmosphère qui en est le véhir cule. Si les vents portent au sommet des mon* tagnes les nuages dont se forment les sources des rivières, il y voiture de même les terres que les eaux en dégradent sans cesse. 11 est aussi, aisé au vent de charier des montagnes de sable , grain à grain, des bords de là mer jusqu'au sommet des Alpes, que d'y transporter du sein de ses eaux^, goutte à goutte, les. glaces énormes qui les cott^
ronnent, et les grands fleuves qui en décodent Des puissances invisibles gouvernent le monde au physique comme au moral, el ne se rendent apparentes que par leurs effefa Si nous étions attentifs aux harmonies gdndrales de la nature, nous pourrions divCj à la vue de» nuages que les vents de Touest et du sud voiturent en hiver au haut des airs : Voilà des portions du Rhône, du Khiu et de leurs glaciers; et voilà les grèves de leurs rivages, en voyant ces tourbillons de sables que les vents du nord et de Test: élèvent en été sur nos chemins et sur les : bords de nos mers. D'où viendraient mdme les sables marins qui composent en partie la terre végétale, si ce n'est de Taction des yvnXs qui les apportent de fort loin ? 11 y a des pluies de terre comme des pluies d'eau. Je ne citerai ici ni les orages de sable de la Libye, qui engloutissent des caravanes entières ; ni les tourbillons de poussière des provinces septentrionales de la Chine , qui obligent les habitants de Pékin à se couvrir le visage d'un crêpe lorsquHls sortent de leurs maisons; ni ceux des bords de la mer Caspienne , dont le sable est si subtil, que les Turcs disent en proverbe quil pénètre à travei^ la coque d'un œuf ; ni ceux que j'ai éprouvés moi - même au cap de Bonne - Espérance, où, malgré les doubles châssis des fenêtres de chaque maison , le sable s'introduit dans Tintéricurdcs appartements , et se faitsentir dans
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tout ce qu^on mange. Nous pouvons ici nous former une idée de Tabondan^ïe de cette poussière volatile, par ses effets dans les chambres qui ne sont pas habitées. Quelque bien fermées qu'elles soient, en peu de temps les meubles en soni4out xouverls. Cest cette poussière qui se dépa<ie au tiaut de nos murs, sur les corniches des tours les plus élevées, s'engage dans les fentes de leurs pierres , et y entretient la végétation des mousses, des pariétaires, des mufles de veau, des giroflées jaunes, et quelquefois même celle des arbres. La nature avait sans doute prévu ces résultats, lorsqu'elle a donné des ailerons et des volants aux semences des érables, des ormes et de quantité de végétaux saxatiles , et des noyaux indigestibles à celles des merisiers des prairies, afin de les transporter au sommet des roches par les estomacs et par les ailes des oiseaux.
La terre réagit aussi sur Tair par ses montagnes ; ce sont leurs différents plans qui causent la grande variété des vents , par les divers entonnoirs de leurs vallées. Il y a plus , c'est que , lorsqu elles sont échauffées du soleil , et qu'elles ont dilaté l'air qui les environne , les vents se dirigent vers elles et ne cessent d^y souffler pendant une partie du jour. Ces effets se remarquent principalement le long des rivages de la mer, dans la zone torride. Deux ou trois heures après le lever du soleil, lorsque la terre commence à
être échauffée de ses rayons, les vents généraux de rOcéan se détournent de leur cours et soufflent vers elle pour en rafraîchir Tatmosphère. On appelle ces vents maritimes des brises du large ; ils se font sentir tout le long de la côte d'Afrique, et autour des îles situées entre les tropiques. Us apportent dans leurs climats brûlants, non-seulement un air frais de la mer, mais les pluies nécessaires au renouvellement de leurs fleures et à leur végétation. C'est ainsi que la nature a balancé par des réactions les effets de ces lois générales, afin que toutes les latitudes participassent aux harmonies des éléments. Elle a opposé à la condensation de l'atmosphère glaciale du pôle qui pèse vers Téquateur, la dilatation de l'atmosphère ardente de la zone toi^ ride qui l'attire ; et au cours général des vents alizés qui en résultent en pleine mer, les cours particuliers des vents qui soufflent le long des terres. l(a nature est consonnante avec ellemême. Le soleil donne par sa chaleur, à l'atmosphère comme à l'Océan, des courants généraux, qui sont les vents alizés, et. des marées en sens souvent contraires, qui sont les brises.
Comme les marées ont un flux et reflux , les brises ont aussi le leur. Les brises soufflent de la mer vers la terre pendant le jour; et pendant la nuit, elles soufflent de la terre vers la mer. Les unes et les autres varient suivant le cours du so-
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leil ; mais cette théorie des mouvements de Faîr nous mènerait ici beaucoup trop loin. Contentons-nous d'ajouter qu'il y a des montagnes caverneuses qui envoient des vents, comme si elles les produisaient dans leurs flancs. Tels sont les monts Éoliens d'Italie. Leurs effets sont aisés à expliquer par l'action du soleil qui les échauffe, dilate l'air qu'ils renferment et l'oblige d'en sortir pendant le jour; mais cet air y rentre ensuite condensé par la fraîcheur de la nuit. Nous verrons qu'il y a ailleurs qu'en Italie des monts Eoliens qui ne sont pas caverneux. Ils produisent des vents par la configuration de leurs vallons et la densité de leur atmosphère , sur laquelle le soleil agit comme sur celle des pôles. Il y a aussi des montagnes à glace , par le moyen desquelles le soleil produit des courants généraux et des flux et reflux dans les lacs qui sont à leurs pieds ^ comme il en produit dans l'Océan par le moyen des glaces polaires. Les montagnes ne sont pas de simples débris de la terre , ou des ouvrages des eaux faits au hasard, comme on le prétend ; mais il y en a d'harmoniées positivement et négative* ment avec les éléments ; il y en a de solaires et d'hyémales , de vulcaniennes, d'éoliennes ; d'hydrauliques , qui attirent les eaux ; de littorales , qui* les repoussent, les unes maritimes, les autres fluviatiles; de métalliques, de végétales, etc. Elles sont aussi combinées entre elles sur diffé-
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renls plans. Nous donnerons une idée de leurs diverses espèces aux harmonies terrestres de la terre, et une idée de leur ensemble aux harmonies sociales ou morales.
L^air produit une infinité d'harmonies , nonseulement à la surface de la terre , mais dans son intérieur. Les arbres par leurs racines , et les animaux p^r leurs travaux , l'y font pénétrer à de grandes profondeurs. Les vers de terre » les scara* bées, les taupes, les lapins, etc., y creusent une multitude de souterrains ; la vigne y fait descendre se3 radicules à travers les carrières de pierres les plus dures. Non-seulement les racines des arbres y font communiquer Tair^ mais elles Y Y pompent; car, sans lui, elles ne pourraient y végéter. En effet , Tair y est renfermé dans les bancs des pierres calcaires , toutes iv^mplics de petits trous et de coquillages qui en contiennent dans leurs cavités. Mais c^est sur-tout dans les couches de sables où il çst en abondance ; il remplit les interstices qui sont entre ses grains. Ce n'est que par le moyen de cet air que l'eau y pénètre en tout sens , çonm^e dans des tuyaux capillaires. Les sables sont des éponges à -la -fois remplies d'air et d'eau , qui entretiennent la circulation de ces deux éléments dans l'intérieur du globe. L'inflammation des pyrites, à de grandes distances de sa surface, ne peut avoir lieu que par l'action de l'air, qui les décompose et les enr
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flamme. Il n^y a point de feu sans air. C^est à Tactîoti de cette atmosphère souterraine qu il faut attribuer les volcans des bords de la mer , les tremblements de terre qui proviennent de sa dilatation Y la circulation des eaux intérieures, les compositions et décompositions minëralogiques; enfin la température du globe , qu'on trouve de dix degrés environ au fond de toutes les mines , et qui est la même que celle qui est au fond des mers. C'est par cet air souterrain que la chaleur du soleil pénètre la terre dans toutes ses parties , et qu'elle se manifeste même sous les glaciers , d'où il sort toujours en hiver des courants d'eaux , et qui en été fondent principalement par leurs bases.
J'ai vu quelquefois, dans de fortes gelées, les pavés , et même les seuils des portes, se soulever de manière à perdre tout-à-fait leur niveau. Cet effet est produit par la dilatation de l'eau ou du sol, occasionée par le développement de Tair qu elle renferme lorsqu'elle vient h se geler. 11 est certain que l'eau en se gelant augmente de volume. Mais, d'un autre côté, comme l'eau augmente encore de volume en se dilatant par la chaleur , comme on le voit aux tubes de nos thermomètres , qui renferment souvent plus d'eau que d'espritde-vin, j'en ai tiré une singulière conclusion: c'est que le froid, agissant en hiver sur la couche supérieure de la terre toute pénétrée d'eau et
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d'air, doit dilater toute la partie septentrionale de notre hémisphère et en accroître la hauteur ; mais la chaleur dilatant également TOcéan dans la zone torride , leur ancien niveau n'est point dérangé , et les eaux du pôle sud arrivent toujours par la même pente aux environs de notre pôle. 11 est certain que la terre entière doit être sujette aux contractions et aux dilatations occasionées par Tair qu'elle renferme dans sa masse , et que c'est peut-être à ces effets qu'il faut rapporter les fractures de tant de roches , dont les déhris gisent à sa surface. Nous nous étendrons davantage , aux harmonies terrestres , sur ce sujet intéressant et tout neuf. Les philosophes ont imaginé plusieurs systèmes pour expliquer la formation des planètes ; mais je voudrais bien que , sans sortir de notre globe , ils voulussent nous dire seu* lement pourquoi tant de cailloux, de pierres et de roches sont rompus, et par éclats, dans presque toutes les parties du monde. Les frondes ont été les premières ainoies des hommes , et les lapidations leurs premiers supplices. Ils trouvent partout de quoi se tuer. Si l'attraction , les eaux , le temps, arrondissaient toutes choses, nos rochers ne seraient pas si anguleux et nos montagnes si raboteuses. Nous tâcherons de trouver une origine à une ruine en apparence universelle , et qui ne, nous semble qu'un résultat de l'harmonie qui conserve le monde en le renouvelant.
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lies mêmes causes qui forment les minëraux , les brisent.
^Non-seulement la terre est en rapport avec Tair au dedans et au dehors , mais ses parties intrinsèques y sont aussi. Les marbres les plus durs sont criblés d^une multitude de pores ; le microscope en découvre une infinité sur les métaux les plu3 polis.
On peut donner Fidée du microscope et de ses effets, par une goutte d'eau au sein d'une fleur , dont elle fait apercevoir les glandes nectarées , invisibles à la Mie. Quelquefois on trouve , après un brouillard, de ces gouttes d'eau enfilées comme des semences de perle à des fils d'araignée, et toutes brillantes au soleil des couleurs de Tarcen-ciel. Elles grossissent prodigieusement l'insecte infortuné , encore plus brillant qu'elles, sus* pendu à la même toile. On peut donner de même une idée du télescope, qui agrandit les objets éloignés , d'après les effets d'un nuage transparent qui augmente la grandeur de la lune à l'horizon. Il est bien important de faire remarquer ici que l'homme n'a rien imaginé de lui-même , et qu'il n'a développé son intelligence que d'après celle de la nature.
Nous avons des microscopes qui font paraître les objets six mille fois plus gros qu'ils ne le sont. Une puce paraît plus grosse qu'un mouton , dans le microscope solaire.Xependant cet instrument
ne peut nous faire voir une particule élémentaire d'air ou même d'eau : comment donc pourraitil nous faire apercevoir le fluide qui environne une pierre d'aiçiant, et qui attire à elle, à plo< sieurs pouces de distance , des particules de fer? Il y a plus, ce fluide magnétique qui agit sans cesse autour de cette pierre , se communique ï rinfini sans s'affaiblir. Il s'attache à tous les morceaux de fer qui en sont frottés , et leur donne la même vertu. U semble participer de la nature du feu , et il en diffère , en ce qu'il n'a pas besoin , comme lui, d'aliment, ou du moins qu'il ne le consomme pas. D'ailleurs, il se sépare pour toujours de son aimant par l'action même du feu. S'il est un corps, comment est-il invisible et impalpable comme un esprit ? et s'il est un esprit , comment peut-il s'attacher à des corps et les faire mouvoir ? Il y a donc des principes de mouvement actifs par eux-mêmes, qui s'unissent à des corps, et qui échappent à tous nos sens, et même à nos raisonnements. Pourquoi n'y aurait-il pas aussi des principes de vie et d'intelligence qui existent par eux-mêmes, qui s'attachent à la matière, l'organisent, la font mouvoir, se propager, sentir, raisonner? Ils existent sans doute, car il y a des êtres matériels organisés qui se meuveut, se propagent , sont sensibles et raisonnables, et ne sont plus que de la matière lorsqu'ils sont séparés de l'arae qui les anime. Si tous
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