ARMOIRIES HUMAINES OU ALIMENTAIRES DES PLANTES
Il n'y a pas une seule plante sur la terre qui n'ait quelques rapports avec les besoins de l'homme, et qui ne serve quelque part à son vêtement, à son toit, à ses plaisirs, à ses remèdes, ou au moins à son foyer. Celles qui sont chez nous les plus inutiles , sont quelquefois très-estimées ailleurs. Les Egyptiens ont fait souvent des vœux pour l'heureuse récolte des orties, dont la graine leur
^ Voyez François Pyrard , Voyage aux Maldiires.
DE LA NATURE. /^St
donne de Thaile , et la tige leur fournit des fils dont ils font de bonne toile. Mais ces rapports généraux étant innombrables, je m'en tiendrai à quelques observations particulières sur les plantes qui servent au premier des besoins de Thomme, je veux dire à sa nourriture.
Nous remarquerons d'abord que le blé, qui sert à la subsistance générale du genre humain , n'est pas produit par des végétaux d'une grande taille, mais par de simples graminées. Le principal soutien de la vie humaine est porté par des herbes, et exposé à la merci des moindres vents. U 7 a apparence que , si nous avions été chargés de la sûreté de nos récoltes , nous n'eussions pas manqué de les placer sur de grands arbres ; mais en cela, comme dans tout le reste, il faut admirer la prévoyance divine et nous méfier de la nôtre. Si nos moissons étaient portées par les forêts, lorsque celles-ci sont détruites par la guerre, ou incendiées par notre imprudence , ou renversées par les vents, ou ravagées par les inondations, il faudrait des siècles pour les voir renaître dans un pays. De plus, les fruits des arbres sont bien plus sujets à couler que les semences des graminées. Les graminées, comme nous Pavons observé, portent leurs fleurs en épi, surmontées souvent de petites barbes, qui ne défendent pas leurs semences des oiseaux, comme le disait Cicéron, mais qui sont conune autant de petits toits qui les mettent à
Fabri des eaux du ciel. Les gouttes de pluie ne peuvent pas les noyer, comme les fleurs radiées en disques, en roses et en ombelles, dont les formes toutefois sont propres à certains lieux et à certaines saisons ; mais celles des graminées conviennent à toute exposition.
Lorsqu'elles sont portées par des panaches flottants et tombants, comme celles de la plupart des graminées des pays chauds , elles sont abritées de la chaleur du soleil; et lorsqu'elles sont rassemblées en épis, comme celles dé la plupart des graminées des pays froids, elles réfléchissent ses rayons au moins par un côté. De plus , par la souplesse de leurs tiges, fortifiées de nœuds de distance en distance^ et par leurs feuilles filiformes et capillacées, elles échappent à la violence des vents. Leur faiblesse leur est plus utile, que la force ne Test aux grands arbres. Semblables aux petites fortunes, elles sont ressemées et multipliées par les mêmes tempêtes qui dévastent les grandes forêts. Elles résistent encore aux sécheresses par la longueur de leurs racines, qui vont chercher bien loin Fhumidité sous la terre ; et quoiqu'elles n'aient que des feuilles étroites, elles en portent en si grand nombre, qu'elles couvrent de leurs plants multipliés la surface de la terre. A la moindre pluie , vous les voyez toutes se dresser en l'air par leurs extrémités, comme si c'étaient autant de griffes. Elles résistent aux incen-
dies mêmes qui font périr tant d^arbres dans les forêts. J^ai vu des pays où l'on met chaque année le feu aux herbes , dans le temps de la sécheresse, se recouvrir, dès qu'il pleut, de la plus belle verdure. Quoique ce feu soit si actif, qu'il fait périr souvent les arbres qui se trouvent dans son voisinage , les racines des herbes n'en sont point offensées. Elles ont de plus la faculté de se reproduire de trois manières, par des rejetons qui poussent à leurs pieds, par des traînasses qu'elles étendent au loin, et par des graines trèsvolatiles ou indigestibles, que les vents et les animaux dispersent de tous côtés. La plupart des arbres, au contraire, ne se régénèrent naturellement que par leurs semences. Ajoutez aux avantages généraux des graminées, une variété étonnante de caractères dans leurs floraisons et leurs attitudes, qui les rend plus propres que les végétaux de toute autre classe, à croître dans toutes sortes de sites.
Cest dans cette famille, si j'ose dire, cosmopolite , que la nature a placé le principal aliment de l'honmie; car les blés, dont tant de peuples subsistent, ne sont que des espèces de graminées. Il n'y a point de terre où il ne puisse croître quelque espèce de blé. Homère, qui avait si bien étudié la nature , caractérise souvent chaque pays par le végétal qui lui est propre. Il vante une île pour ses raisins, une autre pour ses oliviers, une
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autre pour ses lauriers^ une autre pour ses pal* micrs ; mais il ne donne qu^à la terre Tëpithètc giUiérale de Zfifhray on porie-bld. En effet, h nature en a iormë pour croître dans tous les sites, depuis la Li(;ne jusqu^aux bords de la Mc^ Glaciale. 11 y en a pour les lieux humides des pays chauds, comme le riz de TAsie, qui vient en abondance dans les rases du Gange. Il y en a pour les lieux marécageux des pays froids, comme une espace de foUe-avoine qui croît naturellement sur les bonis des fleuves de PAmëriquc septentrionale, et dont plusieurs nations sauvages font, chaque année , d^ abondantes récoltes. '^ D'autres blës réussissent à merveille sur les terres chaudes et sèches, comme le millet et le panic, eu Afri* que, et le maïs au Brésil. Dans nos climats, Ir froment se plaît dans les t(»rre8 fortes; le seigle, <lans les sables; le sarrasin, sur les coteaux pluvieux; Tavoine, dans les plaines humides; Torge» dans les rochers. L\)rge réussit jusque dans le fond dit Nord. J'en ai vu, par le 6i* tlegré de latitude nord, dans les roches de la Finlande, des recolles aussi belles i\\\*v\\ aient jamais produit les champs de la Palestine. Le blé suffît À tous Ir^ besoins de riioinnie. Avec sa paille, il peut se loger, se couvrir, se rhaulTer, et nourrir ses luv
♦ Voyox lo P. Ilrnnrpîn , n'roirt ; (ihamplain , rt los all^^•^ v'nyageurs de T Amérique .Hrpiriitrioiialr,
DE L.\ NATtJRK. 4^5
bis, sa vache et sou cheval ; avec son grain, il fait des aliments et des boissons de toutes sortes de ^iaveurs. Les peuples du Mord en brassent de la bière, et en tirent des eaux-de-vie plus fortes que celle du vin ; telles sont celles de Dantzick. Les Chinois^ font, avec le riz, un vin aussi agrëable que le meilleur vin d^Ëspagne. Les Brésiliens préparent, avec le maïs, leur ouicou. Enfin, avec Tayoine torrëfiëe, on peut faire des crèmes qui ont le parfum de la vanille. Si nous joignons à ces qualités celles des autres plantes domestiques, dont la plupart croissent aussi par toute la terre, nous y trouverons les saveurs du girofle , du poivre, des dpiceries; et, sans sortir de nos jardins, nous rassemblerons les jouissances dispersées dans le reste des végétaux.
Nous pouvons reconnaître, dans Forge et dans Tavoine, les caractères élémentaires dont j^ai parle, qui varient les espèces de plantes du même genre, suivant les sites où elles doivent naître. L'orge , destinée aux lieux secs, a des feuilles larges et ouvertes à leur base, qui conduisent les eaux des pluies à sa racine. Les longues barbes qui surmoQtent les balles qui enveloppent se» grains, sont hérissées de dentelures propres à les accrocher aux poils des animaux, et à les resse* mer dans les lieux élevés et arides. L'avoine , au
^ Voyage à la Chine , par l«braiit-ldeK.
contraire , destinée aux lieux humides , a des feuilles étroites, arrêtées autour de sa tige , pour intercepter les eaux des pluies. Ses balles renflées, semblables à deux longues demi-vessies , et peu adhérentes aux grains, les rendent propres à surnager et à traverser les eaux par le secours do vent. Mais voici quelque chose de plus admirable, qui confirmera ce que nous avons dît sur les usages des diverses parties des plantes par rapport aux éléments , et qui étend les vues de la nature au-delà même de leurs fruits , que nous avons regardés comme leurs caractères déterminants ; c'est que Forge , dans les années pluvieuses , dégénère en avoine , et Tavoine , dans les années sèches, se change en orge. Cette observation, rapportée par Pline, Galien, et Matthiole, commentateur de Dioscoride , * a été confirmée par les expériences de plusieurs naturalistes modernes. A la vérité, Matthiole prétend que cetle transformation de l'orge ne se fait pas en avoine proprement dite, qu'il appelle Bromos, mais en une plante qui lui ressemble au premier coupd'œil, et qu'il appelle -AEgilops, ou coquiole. Cette transformation, constatée par les expériences réitérées des laboureurs de son pays, et par celle que le père de Galien fit expressément pour s'en convaincre, suffit, avec celle des fleurs de la li-
* Voyez Matthiole, sur Dioscoride , liy. iv, page 43a.
naire, et des feuilles de plusieurs végétaux, pour nous prouver que les rapports élëmentaires des plantes ne sont que les rapports secondaires, et que les rapports animaux ou humains sont les principaux/ Ainsi la nature a placé le caractère
'^ .L^orge ne dégénère pas en avoine, et Tavoine ne se change pas en orge ; mais la culture peut modifier les formes de ces graminées , au point de les rendre presque méconnaissables. Pour se faire une idée de la puissance de Thomme sur les productions végétales , il suffit de comparer les espèces de plantes qui croissent spontanément dans les champs , avec les mêmes espèces cultivées dans les jardins. Par exemple , n^est-ce pas du petit oeillet des chartreux , qui tapisse les rochers sauvages, qu'est sortie la tige primitive des magnifiques œillets de nos fleuristes ? La rose , appelée vulgairement aux cent feuilles, ne doit-elle pas également son origine à Thumble églantier (^rosa canina. Liv.). Les cinq pétales de cette fleur àt% buissons se sont multipliés , et la culture a fini par donner à la rose ses nombreux pétales , ses couleurs éclatantes , et jusqu'à ses parfiims. Il ne &ut donc pas s'étonner si les anciens ont pu croire à des transformations de végétaux, lorque nous en opérons nous-mêmes de si extraordinaires. Quant aux modifications que les céréales doivent éprouver par la culture , Buffon a très-bien remarqué que le blé, tel qu'il est, n'est point un don de la nature ; mais le grand, Tntile finit des recherches et des travaux de l'homme. « Nulle part, sur la terre , dit-il, on s n'a trouvé du blé sauvage, et cVst évidemment une herbe » perfectionnée par nos soins. » Malgré cette assertion, on peut croire que tantôt cette plante est perfectionnée par la culture, et que tantôt elle reprend sa forme primitive , lorsqu'elle est abandonnée. Bruce dit avoir vu, près des sources du Nil, l'avoine dans »on état naturel : sa hauteur était déplus du double de la nôtre ,
d^une plante, non-seulement dans la forme da fruit, mais dans la substance de ce même fruit Je présume de là, qu^ayant fait, en général, de la substance farineuse, la base de la vie humaine, elle Fa répandue dans tous les sites, sur diverses espèces de graminées; qu^ensuite, voulant y ajouter des modifications relatives à quel* ques humeurs de notre tempérament, ou à quelque influence de la saison ou du climat, elle en a fait d^autres combinaisons, qu^elle a placées dans les plantes légumineuses, comme les pois et les fèves, que les Romains comprenaient au rang des blés; qu'enfin, elle en a formé d'une autre sorte, qu'elle a mises dans les fruits des arbres, comme les châtaignes, ou dans les. racines, comme les patates et les pommes de terre. Ces convenances de substance avec chaque climat sont si certaines, que, par tout pays, le fruit qui y est le plus commun est le meilleur et le plus sain. Je présume encore qu'elle a suivi le même plan par rapport aux plantes médicinales , et qu'ayant reniais il n'en donne pas la description complète. Quant à moi, je suis convaincu que toute la vigueur de la plante était jlans sa tige , et que Tépi et les grains étaient beaucoup moins fournis que ceux de Favoine cultiyée. Telle est l'espèce d^auoine Jolie qu'on trouve au bord des chemins, et dont les grains n'ont aucune substance. C'est sans doute de ces différentes modifi- «:ations que Pline, Galien et Matthiole ont voulu parler, et c'est au moins à ces faits que s'arrête la vérité. (Note de l' Éditeur.)
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pandu, sur plusieurs familles de végétaux, des vertus relatives à notre sang, à' nos nerfs, à nos humeurs , elle les a modifiées dans chaque pays , suivant les maladies que le climat y engendre , et les a mises en opposition avec les caractères particuliers de ces mêmes maladies. Cest, ce me semble, pour avoir néglige cçs observations, qu'il s'est élevé tant de doutes et de disputes sur les vertus des plantes. Tel simple qui remédie à un mal dans un pays, l'augmente quelquefois dans un autre. Le quinquina, qui est l'écorce d'une es^ pèce de manglier d'eau douce du Mexique , guérit les fièvres de l'Amérique , d'une espèce particulière aux lieux humides et chauds, et échoue souvent contre celles de l'Europe. Chaque remède est modifié dans chaque lieu, comme chaque mal. Je ne pousserai pas plus loin cette réflexion, qui me ferait sortir de mon sujet; mais si les médecins y faisaient l'attention qu'elle mérite, ils étudieraient mieux les plantes de leur pays, et ils ne leur préféreraient pas, comme ils font la plupart, celles des pays étrangers, qu'ils sont obligés de modifier de mille manières, pour leur donner, au hasard, des convenances avec les maladies locales. Ce qu'il y a de certain, c'est que, quand la nature a déterminé une certaine saveur dans quelque végétal, elle la répète par toute la terre, avec des modifications qui â'empéchent pas cependant de reconnsdtre sa vertu principale. Ainsi, ayant
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mis le cochléaria, ce puissant antiscorbutiqne, jusque sur les rivages brumeux du Spitzberg, elle eu a répété la saveur et les qualités dans le cresson de nos ruisseaux , dans le cresson alënois de nos jardins, dans la capucine, qui est uit cresson des rivières du Pérou , enfin dans le» graines même du papayer, qui vient aux lieux humides, dans les îles Antilles. On retrouve pareillement la saveur, Todeur et les qualités de noire ail , dans des bois, des écorces et des mousses de rAmérique. *^
Ces considérations me persuadent que les caractères élémentaires des plantes, et leur entière configuration, ne sont que des ifnoyens secondaires, et que leur caractère principal tient aux besoins de rhomme. Ainsi , pour établir, dans les plantes, un ordre simple et agréable, au lieu de parcourir successivement leurs harmonies élémentaires, végétales, animales et humaines, il faudrait renverser cet ordre, sans toutefois Faltérer, et partir d'abord des plantes qui présentent à rhomme ses premiers besoins, passer de là aux usages qu'en tirent les animaux, et s'arrêter aux sites qui en déterminent les variétés.
Cette marche est d'autant plus aisée à suivre, que le premier point du départ est fixé par l'odorat et le goût. Les témoignages de ces deux sens ne sont pas à mépriser; car ils nous servent à décider les qualités intimes des plantes , bien mieux
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que les décompositions de la chimie. Us peuvent s^ëtendre à tout le règne végétal, d^autant qu'il n^y a pas un seul genre de plante, différencié en ombelle, en rose, en papilionacée, etc., qui n^offre à rhomme im aliment dans quelque partie du globe. I^esoudiet d^thiopie porte, à sa racine, des bulbes qui ont le goût d'amandes. Celui qu^on appelle en Italie Trasi , en produit qui ont la saveur des châtaignes. * Nous avons trouvé , en Amérique , la pomme de terre dans la classe des solanum,qui sont des poisons. C'est un jasmin de r Arabie qui nous donne le café. L'églantier ne produit chez nous que des baies pour les oiseaux; mais celui de la terre d'Icsso, qui y croît entre les rochers et les coquillages des bords de la mfiTj porte des calices si gros et si nourrissants, qu^ik servent d'aliment, une partie de l'année, aux habitants de ces rivages.** Les fougères de nos coteaux sont stériles; cependant, dans TAmérique septentrionale , il en croît une espèce appelée Filix baccifera , qui est chargée de baies fort bonnes à manger. *** L* arbre même des îles Moluques, appelé Libbipar les habitants, et Palmiersagou par les voyageurs, n'est qu'une fougère, au jugement de nos botanistes. Cette fougère ren-
* Voyet le catalogue du Jardin des Plantes de Bologne , par Hyacinthe Ambrosino.
** Voyex la Collection des Voyages deThëvenot.
♦♦♦ Vovcx le P. Cliarlevoix, Histoire de ta NouvcUe-Fraw;c.
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&rme dans son tronc le sagou, substance plus légère et plus délicate que le riz. Enfin il y a jusqu^à certaines espèces de fucus, que les Chinois mangent avec délices, entre autres ceux qui conn posent les nids d^une espèce d^hirondelle.*
En disposant donc dans cet ordre les plantes qui portent la subsistance principale de rhomme, comme les graminées, on aurait d'abord , pour notre pays , lé froment des terres fortes , le aé^ gle des sables, l'orge des rochers, FaToine des lieux humides, le blé sarrasin des collines pfaivieuses ; et pour les autres climats et expositions, le panic, le mil, le millet, le rasas j la foHeavoine du Canada , le riz de l'Asie , dont quelques espèces viennent dans les lieux secs ^ etc....
Il serait encore utile de déterminer, sur la terre, des lieux auxquels on pourrait rapporter Toriginc de chaque plante comestible. Ce quf
* Cette hirondelle est la salangane (^Jùrundo esculenta. Lath. ). Les auteurs diffèrent d^opinions sur la matière dont le nid de la salangane lest composé. Les uns prétendent que cVst une éciune de mer ; les autres croient y reconnaître le suc d'un arbre appelé calambouc ou le frai d^une espèce de poisson , et cette dernière opinion nous semble la plus problable. C'était au moins celle de M. Poivre qui avait vu les mers qui sVtendent , depuis Java jusqu'à ta Cochinchine , couvertes de rogut ou frai de poisson , dont il constata Tidentité avec la matière du nid des salanganes. Selon Macartney, on trouve ces nids dans de profondes cavernes qui sont aux pieds des montagnes de rtle de Java. ( Note de l'Éditeur. )
j'ai à dire à ce sujet n^est qu^une conjecture^ mais elle me paraît bien vraisemblable. Je pense donc que la nature a mis, dans des iles, les espèces des plantes les plus belles et les plus convenables aux besoins de Thomme. Premièrement, les îles sont plus favorables aux développements élémentaires des plantes, que Tintérieur des continents ; car il n^y en a point qui ne jouisse des influences de tous les éléments, ayant autour d^elle les vents et la mer, et souvent, dans son intérieur, des plaines, des sables, des lacs, des rochers et des montagnes. Une île est un petit monde en abrégé. Secondement, leur température particulière est si variée , qu^on en trouve dans tous les points principaux de longitude et de latitude, quoiqu'il y en ait un nombre considérable q/û nous soient encore inconnues, entre autres dans la mer du Sud. Eufm , Tcxpérience prouve qu^il n'y a pas un seul arbre fruitier, en Eu< rope, qui ne devienne plus beau dans quelqu'une des îles qui sont sur ses côtes , que dans le continent. J'ai parlé de la beauté des châtaigniers de la Corse et de la Sicile ; mais Pline , qui nous a conservé l'origine des arbres fruitiers qui étaient de son temps en Italie , nous apprend que la plupart avaient été apportés des îles de l'Archipel. Le noyer venait de la Sardaigne ; la vigne, le figuier, l'olivier, et beaucoup d'autres arbres fruitiers, étaient originaires des autres îles de la Mé-t
diteirance. 11 observe même que rdivier, ainsi | que plusieurs autres plantes, ne réussit que dans le voisinage de la mer. Tous les voyageun modernes confirment ces observatious. Tave^ nier, qui avait traversé tant de fois FAsie^dit qu^on ne voit plus d'oliviers au-delà d'Alep. Un anonyme imglais, que j'ai déjà cité avec éloge, assure que nulle part, dans le coutineul, on ne trouve des figuiers, des vignes, des mûriers, ainsi que plusieurs autres arbres fruitiers, qui soient comparables on grandeur et en production à ceux de rArchipel , iiialgré la négligence de ses infortunés cultivateui^s. Je pourrais y joindre beaucoup d'autres végétaux, qui ne viennent que dans ces lies, et qui fournissent au commerce de r£urope, des gommes, des mannes et des teintures. Lv poininior, si commun en France, n^y donne, nulle pari, des fruits aussi beaux et dVspcces aussi variées (pie sur les rivages de la Nonnandie, sous rhaleine dos vonls marilimes de Touest. Je ne douto pas que le fruit qui fut le prix de la beauté, n ait aussi, comme Nénus, quelque ile favori Uî.
Si nous portons nos remarques jusque dans la ^ zone torride , nous verrons que ce n'est ni de TAsio, ni de l'Afrique que se tirent le girofle, la iiuiscado, la raiinelle, le poivre de la meilleure c|ualilé, le benjoin, le sandal, le sagou, etc.; mais des lies Moluques, ou de celles qui sont dans leurs
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mets. Le cocotier ne vient dans toute sa beauté, qu^anx îles Maldives. Il y a même, dans les archipels de ces mers, quantité d'arbres fruitiers décrits par Dampier, qui ne sont pas encore transplantés dans l'ancien continent, tels que Tarbre à grappes. Le double coco ne se trouve qu'aux ilesSéchelles. Les îles, nouvellement découvertes de la mer du Sud, telles que celle de Taïti, nous ont présenté des arbres inconnus, comme le fruit à pain, et le mûrier, dont Técorce sert à faire des étoffes. On en peut dire autant des productions végétales des îles de F Amérique, par rapport à leur continent.
Je pourrais étendre ces obsen^atîons jusqu'aux oiseaux et aux quadrupèdes même, qui sont plus beaux et d'espèces plus variées dans les îles , que partout ailleurs. Les éléphants les plus estimés en Asie, sont ceux de File de Ceylan. Les Indiens leur croient quelque chose de divin ; qui plus est, ils prétendent que les autres éléphants reconnaissent cette supériorité. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils sont beaucoup phis chers en Asie que tous les autres. Enfin, les voyageurs les plus dignes de foi, et qui ont le mieux observé, comme l'anglais Dampier, le père Du Tertre et quelques autres, disent qu'il n'y a pas un rescif dans les mers comprises entre les tropiques , qui ne soit distingué par quelque sorte d'oiseau, de crabe , de tortue, ou de poisson, qui ne se trouve 2. 3o
aulle part ailleurs, ni d'espèces si variées, ni en si grande abondance. Je présume que la nature a ainsi distribué ses principaux bienfaits dans les îles , pour inviter les hommes à y passer, et à parcourir la terre. Ce ne sont que des conjectures; mais U est rare qu^elles nous trompent, quand on les fonde sur Tintelligence et la bonté de son auteur.
On pourrait donc rapporter la plus belle espèce de blé , qui est le froment, à la Sicile , où Ton prétend en effet qu^il fut trouvé pour la première fois. La fable a immortalisé cette découverte, en y plaçant les amours de Cérès; ainsi que la naissance de Bacchus dans File de Naxos, à cause de la beauté de ses vignes. Ce qu'il y a de certain , c'est que le blé n est indigène qu'en Sicile , si toutefois il s'y repcrpétuc encore de lui-même y comme l'assuraient les anciens. Après avoir déterminé de la même manière, les autiTS convenances humaines des graminées avec différents sites de la terre, on chercherait les graminées qui ont des rapports marqués avec nos animaux domestiques, comme le bœuf, le cheval, la brebis, le chien. On les caractériserait par les noms de ces animaux. Nous aurions des gramen bovùium, eqiunwn, winum, caiiinum. On distinguerait ensuite les espèces de chacun de ces gem-es, par les noms des différents lieux où ces animaux les retrouvent,
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Bur les borda des fleuves, dans les rochers, sur les sables, dans les montagnes; de sorte qu^en y ajoutant les cpithètes, JUwiatile^ saoca» tUe^ arenosum, montanum, on suppléerait avec deux mots à toutes les longues phrases de noire botanique. On répartirait de môme les autres graminées aux divers quadrupèdes de nos fo* rets , comme aux cerfs , aux lièvres , aux sangliers, etc. Ces premières déterminations demanderaient quelques expériences à faire sur les goûts des animaux , mais elles seraient fort instructives et très- amusantes. £Hes ne seraient pas cruelles, comme la plupart de celles de notre physique moderne, qui les écorche vifs, les empoisonne ou les étouffe, pour connaître leul* naturel. Elles ne s'occuperaient que de leurs appétits, et non de leurs convulsions. Au reste , il y a déjà beaucoup de ces plantes préférées, qui sont connues de nos bergers. Un d'eux m'a montré, aux envii*ons de Paris, une graminée qui engraisse plus les brebis en quinze jours, que les autres espèces ne pourraient le faire en deux mois. Aussi , dès qu'elles Taperçoivent , elles y courent avec la plus grande avidité. J'en ai été témoin. Je ne veux pas dire toutefois que chatiue espèce d'animal borne son appétit à une seule espèce de mets. 11 suffit seulement, pour élablir Tordre que je propa«ie, que chacune d'elles donne , dans chaque genre de
plante , la préférence à une espèce ; et c'est ee que Texpéricnce confirme.
La grande classe des graminées étant ainsi distribuée aux hommes et aux animaux, les autres plantes présenteraient encore plus de facilité dans leurs répartitions , parce qu^elles sont bien moins nombreuses. Dans les quinze cent cinquante espèces de plantes reconnues par Sébas^ tien Le Vaillant, aux environs de Paris, il y a plus de cent familles , parmi lesquelles celle des graminées comprend, pour sa part, quatre-vingtcinq espèces, sans compter vingt-six variétés, et nos différentes sortes de blés. Elle est la plus nombreuse après celle des champignons qui en a cent dix, et celle des mousses qui en a quatrevingt-six. Ainsi, aulieu des classes systématiquesde notre botanique , qui n'expliquent point les usages de la plupart des parties végétales, qui confondent souvent les plantes les plus disparates, et qui séparent celles qui sont du même genre , nous aurions un ordre simple , facile , agréable et d'une étendue iiifmie , qui passant de Fhomme aux animaux , aux végétaux et aux éléments , nous montrerait les plantes qui servent à notre usage et à ceux des êtres sensibles, rendrait à chacune d'elles ses relations élémentaires, à chaque site de la terre sa beauté végétale , et remplirait le cœur humain d'admiration et de reconnaissance. Ce plan paraît d'autant plus conforme à celui de la
nature, qu^il est entièrement compris dans la bénédiction queson Auteur donna à nos prciniers parents , lorsqu^il leur dit *: i< Je vous ai dotmé » toutes les herbes qui portent leurs graines sur A la terre , et tous les arbres qui renferment en » eux-mêmes leurs semences , chacun selon son » espèce , afin qu'ils vous servent de nourriture ; » et à tous les animaux de la terre , à tous les » oiseaux du ciel , à tout ce qui se remue sur la A terre , et qui est vivant et animé , afin qu^ils » aient de quoi se nourrir. »
Cette bénédiction ne s^est pas bornée pour rhomme à quelque espèce primordiale dans chaque genre. Elle s'est étendue à tout le règne végétal , qui se convertit pour lui en aliments , par le moyen des animaux domestiques. Linnaeus leur a présenté les huit à neuf cents plantes que produit la Suède, et il a remarqué que la vache en mange deux cent quatre-vingt-six ; la chèvre , quatre cent cinquante - huit ; la brebis , quatre cent dix-^sept ; le cheval , deux cent soixante-dixhuit ; le porc , cent sept. Le premier animal n'en refuse que cent quatre-vingt-quatre , le second quatre-vingt-douze , le troisième cent douze , le quatrième deux cent sept, le cinquième cenL quatre-vingt-dix. Il ne comprend dans ces énumérations que les plantes que ces animaux man*
^ Genèse, cliap* I, } 39 et 3o»
gent avec aridité , et celles qn^ils rejettent avec obstiiiation. Les antres leur sont indiffërentes; ils dtf' mangent au besoin, et même avec plaisir lors<iu'clles sont tendres. Il n^y en a aucune de perdue. Celles qui sont rebutées des uns font les délices des antres. Les plus acres, et même les plus vénéneuses , servent à en engraisser quelques-uns. La chèvre broute les renoncules dos prés qui sont si poivrées , le tithymale et la ciguë. Le porc dévore la prélc et la jusquiame. Il n^a point admis à ces épreuves Tânc , qui ne vit point en Suède , ni le renne qui Vy remplace si avantageusement dans les parties du nord , ni les autres animaux domestiques , comme le canard, Voie, la poule, le pigeon, le chat et le chien. Tous ces animaux réunis , semblent destinés à tourner à notre profit tout ce qui végète, par leurs appétits universels , et surtout par cet instinct inexplicable de domesticité qui les attache à nous , sans qu'on ait pu en rendre susceptibles, ni le cerf qui est si timide, ni même les petits oiseaux qui cherchent à vivre sous notre protection , tels que Thirondelle , qui fait son nid dans nos maisons. La nature n'a /lonné Tinstinct de sociabilité humaine qu^à ceux dont les services pouvaient être utiles à l'homme en tout temps , et elles les a configurés d'une manière admirable pour les différents sites du règne végétal. Je ne parle pas du chameau des
Arabes, qui peut rester plusieurs jours sans boire ^ en traversant les sables brûlants du Zara ; ni du renne des Lapons , dont le pied très-fendu peut s'appuyer et courir sur la surface des neiges ; ni du rhinocéros des Siamois et des Péguaxis , qui , aTec les plis de sa peau qu'il gonfle à volonté, peut se dégager des terrains marécageux du Siriam ; ni de Téléphant d'Asie, dont le pied divisé en cinq ergots, est si sûr dans les montagnes escarpées de la zone torride ; ni du lamas du Pérou , qui gravit avec ses pieds ergotes les âpres rochers des Cordillères. Chaque site extraordinaire nourrit pour Thomme un serviteur commode. Mais sans sortir de nos hameaux , le cheval solipèdc pait dans les plaines , la vache pesante au fond des vallées , la brebis légère sur la croupe des collines, la chèvre grimpante sur les flancs dés rochers; le porc, armé d'un groin, fouille les racines des marais ; Foie et le canard mangent les herbes fluviatiles ; la poule ramasse tout ce qui se perd dans les champs ; l'abeille aux quatre ailes butine les poussières des fleurs ; et le pigeon rapide va glaner les semences qui se perdent dans les rochers inaccessibles. Tous ces animaux, après avoir occupé pendant le jouf les différents sites de la végétation, reviennent le soir à l'habitation de l'homme , avec des bêlements , des murmures et des cris de joie , en lui rapportant les doux tributs des plantes chan-*
fiées , par une métamorphose inconcevable , en miel , en lait , en beurre , en œufe et en crème. J'aime à me représenter ces premiers temps du monde , où les hommes voyageaient sur la terre avec leurs troupeaux , en mettant à contribution tout le règne végétal. Le soleil les invitait à s'avancer jusqu'aux extrémités du nord , avec le printemps qui le devance , et à en revenir avec l'automne qui le suit. Son cours annuel dans les cieux, semble réglé sur les pas de l'homme sur la terre. Pendant que cet astre s'avance du tropique du Capricorne à celui du Cancer y un voyageur parti de la zone torride, à pied, peut arriver sur les bords de la Mer-Glaciale , et revenir ensuite dans la zone tempérée , lorsque le soleil retourne sur ses pas, en faisant tout au plus quatre à cinq lieues par jour , sans éprouver dans sa route, ni les chaleurs de Fêlé, ni les frimas de l'hiver. C'est en se réglant sur le cours annuel du soleil , que voyagent encore quelques hordes tartai'es. Quel spectacle dut offrir la terre à ses premiers habitants, lorsque tout y était à sa place, et qu elle n'avait point encore été dégradée par les travaux imprudents ou par les fureurs de Thomme ! Je suppose qu'ils partirent de l'Inde, le berceau du genre humain , pour s'avancer au nord. Us traversèrent d'abord les hautes montagnes de Bember , toujours couvertes de neige, qui entourent, comme un rempart, l'heureuse contrée de Cache-
mire , et qui la séparent du royaume brûlant de Lahor. ^ Elles se prësentèrent à eux comme d'immenses amphithéâtres de verdure j qui portaient, du côté du midi , tous les végétaux de Flnde , et du côté du nord, tous ceux de TEurope. Ils descendirent dans le vaste bassin qu'elles renferment, et ils y virent une partie des arbres fruitiers qui devaient enrichir un jour nos vergers. Les abricotiers de la Médie et les pêchers de la Perse , bordaient , de leurs rameaux fleuris , les lacs et les ruisseaux d'eau vive qui Tarrosent. En sortant des vallées toujours vertes de Cachemire , ils pénétrèrent bientôt dans les forêts de l'Europe , et se reposèrent sous les feuillages des grands hêtres et des ormes touffus , qui n'avaient ombragé que les amours des oiseaux , et qu'aucun poëte n'avait encore chantés. Us traversèrent les vastes prai* ries qu'arrose Vlrtis, semblables à des mers de verdure , et diversifiées çà et là de longs tapis de lis jaunes, de lisières de ginsengs, et de touffes de rhubarbes aux larges feuillages : en suivant ses bords, ils s'eirfonccrent dans les forêts du nord, sous les majestueux rameaux des sapins , et sous les ombrages mobiles des bouleaux. Que de riantes vallées s'ouvrirent à eux le long des fleuves, et les invitèrent à s'écarter de leur route, en leur promettant encore de plus doux objets ! Que
* Yoyes Bernier , Description da Mogol.
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de coteaux cmaill^A de fleurs inconnues , et cdlh ronnos d'arbres antiques et vénérables , les ( gagèrent a ne pas aller plus loin ! Pan'^enus sor |li les bords de la Mer-Glaciale ^ un nouvel ordre de choses s^ofïrit à eux. Il n^y avait plus de nuit ; le |; soleil tournait autour de Thorizon , et dés brumei éparses dans les airs répétaient, sur difTérenti plans , sa lumière en arcs-<;n-ciel de pourpre, et en éblouissantes parélies. Mais, si la magnilicence était redoublée dans les cieux , la désola» tion était sur la teiTe. L'Océan était hérissé de glaces flottantes , qui apparaissaient à lliorixon comme des tours et comme des cités en ruine ; et on ne voyait sur le continent, pour bocages, que quelques arbrisseaux déformés par les venta , et pour prairies, que des rochers couverts de mous^ ses. Sans doute périrent \h les troupeaux qui les avaient accompagnés ; mais la nature y avait en* core pourvu aux besoins des hommes. Ces rivages étaient formés de lits épais de charbon de terre.* Les mers fourmillaient de poissons , et les lacs d^oiseaux. 11 fallait , parmi les animaux , des aides et des domestiques : le renne parut au milieu des mousses : il offrit à ces familles errantes, les services du cheval dans sa légèreté', la toison de la brebis dans sa fourrure; et en leur montrant, comme la vache , ses quatre mamelles avec un
* Voyagi» en Sibérie , du professeur GmeKn.
nourrisson, il sembla leur dire quHl était 4cstiné, comme elle, à partager son fadt avec des mères surchargées d^eufants.
Mais la partie de. la terre qui dut attirer les premiers regards des hommes , dut être Torient. lié lieu de Thorizon où se lève le soleil y fixa sans doute toute leur attention, dans un temps où au* cun de nos systèmes n^avait encore déterminé leurs opinions. En voyant Tastrc de la lumière se lever, chaque jour, du même côté, ils durent se persuader qu'il avait U une demeure fixe, et qu'il en avait une autre aux lieux où il allait se coucher. Ces imaginations, confirmées par le témoignage de leurs yeux , furent sans doute naturelles à des bommes sans expérience , qui avaient tenté d'élever une tour jusqu'au ciel, et qui, au milieu même des siècles éclairés , crurent comme un point de religion , que le soleil était tradné dans im char par des chevaux , et qu'il allait se reposer tous les soirs dans les bras de Thétis. Je présume quMls se déterminèrent plutôt à le chercher du cAtéde Torient que de l'occident, danslapersua«* sien qu'ils abrégeraient beaucoup leur chemin en allant au-devant de lui. Ce fut , je pense , cette opinion qui laissa long-temps l'occident désert , sous les mêmes latitudes où l'orient fut peuplé , et qui entassa d'abord les hommes vers la partie orientale de notre continent , où s'est formé le premier et le plus nombreux empire du monde ,
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qui est celui de la Chine. Ce qui me cônfiime encore que les premiers hommes qui s^avancèrent vers l'orient, étaient occupés de cette recherche, et se hâtaient d'arriver à leur but, c'est qu^étant partis de Tlnde , le berceau du genre humain, comme les fondateurs des autres nations, ils ne peuplèrent point , comme ceux-ci , la terre de proche en proche , ainsi que la Perse , la Grèce , ritalie et les Gaules Font été successivement do côté de Foccident; mais laissant désertes les vastes et fertiles contrées de Siam , de la Cochinchine et du Tonquin , qui sont encore aujourd'hui k demi barbares et inhabitées, ils ne s'arrêtèrent qu'à l'Océan oriental , et ils donnèrent aux îles qu'ils apercevaient au loin, et où ils n'eurent pas de long-temps l'industrie d'abordei: , le nom de Gepuen , dont nous avons fait le nom de Japon , et qui signifie , en chinois , naissance du soleil.
Le père Kircher * assure que lorsque les premiers jésuites mathématiciens arrivèrent à la Chine , et y réformèrent le calendrier , les Chinois croyaient que le soleil et la lune n'étaient pas plus grands qu'on les voyait ; qu'ils entraient, en se couchant, dans un antre profond, d'où ils ressortaient le matin à leur lever ; et que la terre, enfin , était une superficie plane et unie. Ces idées, nées du premier témoignage des sens , ont cte'
* Voyez la Chine illustrée , cbap. ix.
conununes à tous les hommes. Tacite, qui a écrit rUiBtoire avec tant de jugement, n'a pas dédaigné, dans celle de la Germanie , de rapporter les tra- . ditions des peuples occidentaux, qui affirmaient que vers le nord-ouest était le lieu où se couchait le soleil , et qu^on entendait le bruit qu'il faisait quand il se plongeait dans les flots.
Ce fut donc du côté de Torient que Tastre de la lumière attira d'abord la curiosité des hommes. D y eut aussi des peuples qui se dirigèrent vers ce point de la terre , en partant de la pointe la plus méridionale de Flude. Ceux-ci s'avancèrent le long de la presqu*île de Malaca ; et , familiarisés avec la mer qu'ils côtoyaient, ils prirent le parti de profiter des commodités réunies que les deux éléments présentent aux voyageurs , en majriguant d'îles en îles. Ib parcoururent ainsi ce grand baudrier d'îles que la nature a jeté dans la zone torride, comnie un pont entremêlé de canaux pour faciliter la communication des deux mondes. Quand ils étaient contrariés par les tempêtes ou par les vents, ib tiraient leurs barques sur quelque rivage , semaient des grains sur la terre , les récoltaient , et attendaient , pour se rembarquer , des temps ou des saisons plus favorables. C'est ainsi que voyageaient les premiers navigateurs , et que les Phéniciens , envoyés par Nécus , roi d'Egypte , firent le tour de l'Afrique en trois ans, en partant de la Mer-Rouge, et re-